‹ Le fédéralismeChapitre 90 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

f odératiori plus vaste qui, à son tour, enveloppe, de ses évolutions ascendantes, la force centrale d'un autre soleil ; enfin, — car il faut bien que la pensée et la parole humaines s'arrêtent devant cette infinie hiérarchie de constellations, — enfin, dis-je, si les vibrations de toutes ces sphères groupées en mélodieuses constellations qui se confondent et s'évanouissent dans l'ineffable retentissement des constellations supérieures, si cette harmonie remplit cet infini que nous ne pouvons connaître ni méconnaître, et dont elle est la parole encore inouïe et mystérieuse ; qui nous empêche de supposer que le monde moral et intelligent, le monde humain, est pareil dans ses lois et dans sa fin? et qu'un jour viendra où toutes les humanités, éparses sur ces sphères, se fédéraliseront dans la conscience de leur universelle solidarité, qui est la grande harmonie humanitaire ?*

« — Cela, mon cher, dit Nabrigas, est affaire de poésie ; et non de politique. Ne croyez pas que je parle ainsi par dédain. Je méprise autant que vous ces prétendus politiciens qui ne voient rien au-delà '' du moment présent, et défendent aux désirs et aux aspirations de l'homme de franchir les limites étroites où ils prétendent l'enfermer. Je ne professe point ce dogmatisme aussi stupide qu'intolérant qui se récrie et se scandalise de l'audace de toutes les visions, je dirais volontiers de toutes les prophéties du sentiment et de l'imagination. — Eh caspitellol je trouve, au contraire, que l'on n'est pas assez hardi et qu'on ne tente pas, avec la franchise suffisante,

toutes ces aventures morales et intellectuelles qui mènent ou préparent à la découverte de mondes nouveaux! — Mais, enfin, nous ne devons nous occuper ici que de choses immédiates, je veux dire réalisables non point dans la minute ni dans Theure, mais dans le siècle. Notre ami Doulouzargues demandait moins que vous ; je Tai rabroué. Donc, passons sur toutes ces questions. L'humanité est encore trop enfant pour se connaître, je ne dirai point dans les mondes, mais môme sur la terre. Croyez-vous bonnement que les races aient fini de se combattre et de s'exterminer? Que non pas ! — Sans compter celles qui s'éteignent d'une mort lente ou violente, parmi celles qui certainement vont survivre, quelle est celle qui l'emportera? Après bien des combats et des ruines, seront-elles assez sages pour se distribuer le globe et vivre fraternellement, dans le travail de l'art, de la science et de l'industrie ? — Prenons la plus avancée, la plus civilisée, la plus humaine, la nôtre, la race indo-européenne. Oh en est-elle? Pouvons-nous prédire quand elle s'entendra enfin dans ses diverses variétés? Jureriez- vous qu'un de ces jours elle ne va pas se ruer sur elle-même, enragée de se détruire et de s'exterminer? Et si cette bataille suprême a jamais lieu, consentiriez-vous généreusement, par charité envers le reste des hommes, à l'abolition ou à l'asservissement de la variété dont vous faites partie ? Ce serait une singulière charité, d'ailleurs! — Il y en a pounant qui l'entendent ainsi! Il y a de grands théoriciens, de fameux philosophes

Page 1