‹ Le fédéralismeChapitre 96 sur 160 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le génie des races latines est anti-unitaire. — L'unité est caesarienne, non latine. — Les races latines irresponsables de l'empire des Cœsars. — Caesarisme du catholicisme. — L'idée politique de Constantin. — Formation de la Bourgeoisie en pleine décadence impériale. — Unitsg^isme de la Royauté. — Indissoluble union de l'Eglise et de la Bourgeoisie. — Les légistes. — Le catholicisme religion d'Etat.

Nous sommes des Latins : l'histoire et la philologie le prouvent indiscutablement, et je vous assure que je n'ai pas envie de protester contre la conquête romaine qui, en déposant le même idéal dans des peuples jusqu'alors hostiles, a préparé leur prochaine fédération. Je pense que cette conquête a, d'ailleurs, été fort aidée en cette œuvre par les affinités naturelles qu'une origine commune, quoique oubliée, avait laissées subsister entre les variétés q\ii composent aujourd'hui la race latine. Je crois cjue si Rome a séduit si vite à son idée les peuples tiransalpins, c'est que le fonds des anciennes popula-

tions italiennes qu'elle a absorbées dans sa fortune, était le même que celui des populations des Gaules et de l'Espagne; leur génie n'a subi si aisément l'autorité du sien que parce qu'il s'y est reconnu et s'y est admiré. Cela explique mieux que le bonheur des armes romaines, mieux que l'habile politique de la République, leur prompte conversion à la civilisation latine. Les réels bienfaits de cette grande civilisation, la nécessité pour Rome d'agrandir son empire sans cesse par la guerre pour le maintenir en paix, ont été* les deux excuses et les deux fatalités qui ]'ont forcée à cette centralisation, constamment accrue, qui se personnifie enfin dans l'autorité divinisée des Césars.

L'idée et le système de la centralisation sont la création logique de l'esprit de conquête. 11 était rationnel que la nécessité d'effacer dans le même asservissement l'indocilité naturelle des peuples vaincus, suggérât aux peuples conquérants un régime qui, par la force, réunit, dans une unité factice et toute matérielle, les éléments hostiles de leur empire toujours près de se défaire et de se désagréger. Lti gloire d'avoir porté ce système à sa perfection appartient aux Romains, sans doute, mais moins aux . Romains de la République qu'aux Romains de Tenipire, dont le génie était tout mêlé de génie étranger, oriental et déjà barbare. Cette conception he se d«»vcloppe que par la fatalité des circonstances où c«^ peuple se trouve engagé par sa prodigieuse fortune. et le retour contre lui-même du monde qu'il avait

Page 1