LIVRE QUATRIÈME
vaincu ; cela est si vrai, que ce n'est qu'à partir des empereurs que les peuples de la Gaule, sans oesse remaniés et reformés, perdirent leur libre autonomie que César même leur avait laissée.
Bien loin de se plier volontiers au système unitaire, le génie de ces peuples y répugne violem-: ment. Ils l'ont démontré par leur constante et opiniâtre résistance aux efforts qui ont été faitscpntro leurs libertés nationales, provinciales et communales. Lisez l'histoire de l'Italie, de l'Espagne, de la Franco même, et surtout de cette partie où l'élément latin a été mêlé le plus fortement, je veux dire la France méridionale : vous y verrez l'attachement de tous ces peuples à leurs indépendances provinciales, à leurs républiques municipales, à leurs fueros et à leurs communes.
Les faits ici, la tradition, les passions môme, parlent un langage qu'il est impossible de ne pas entendre.
La Gaule, confédérée au temps des Césars, sjest perpétuée presque pareille à elle-même dans le nom et dans l'étendue des petits pays qui correspondent presque exactement aux anciennes tribus gauloises. La centralisation romaine était, d'ailleurs, dans le principe, un peu adoucie par le titre d'alités donné aux peuples fidèles, les privilèges de citoyens accordés aux individus, et le jtis italicum qui faisait de quelques cités de véritables villes libres ; elle augmenta avec les empereurs, et c'est à partir de leur règne qu'elle s'incarne en toute une classe d'hom-
mes et devienien celle-ci une tradition politique qui, de jour en jour, s'accentuera jusqu'à devenir cet odieux système dont nous souffrons aujourd'hui.
Ce n'est point de la République romaine, c'est de la corruption césarienne qu'est sortie cette fatalité .contagieuse de notre race; ce n'est p^-s à dire que la Rome républicaine ne soit pas responsable de l'Empire par où elle a fini : elle le contenait, sans doute, puisqu'il est sorti d'elle ; elle le contenait en partie ; mais le césarisme n'est point purement romain : il est la revanche du monde vaincu contre Rome, la défaite du génie latin.
L'Italie, champ de bataille de toutes les nations et de toutes les races, passage de toutes les incursions qui l'ensanglantèrent tumultaairement, ne pouvait concilier en son sein toutes. ces tribus inconstantes et impatientes, qui ne s'étaient pas plutôt assises qu'elles étaient enlevées par une nouvelle invasion. Ces luttes continuelles, implacables, entre des peuples différents, préparèrent, dans celui qui devait un jour les dominer et les pacifier, un effroyable appétit d'empire et de tyrannie.
Ce sont les voisins intraitables dont elle eut à se défendre et qu'elle dut soumettre pour exister,qui firent de la bourgade latine une nichée d'oiseaux de proie.* Toute la philosophie de l'histoire romaine est résumée dans le nom même do Rome : Roma, la Force. Ce nom mystérieux dont elle se décore dès son berceau, contient la raison de sa fin et le principe qu'elle imposera au monde. Tous les peuples qu'elle a frap-