‹ Le fédéralismeChapitre 98 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

pés de ce glaive, Tont gardé dans leur blessure : û est temps de l'en arracher.

Plus tard, la barbarie et TOrient ont envahi la ville éternelle de mercenaires et de prétoriens de toutes nations et de toutes races, lesquels sont les véritables auteurs de l'Empire. Ne l'oublions pas ! Ne nous laissons pas outrager en permettant qu'on accole l'épithète de latine à une corruption qui fut la folie du monde entier. L'Empire n'était romain que de nom, il ne l'était plus de génie : c'est là un fait que nous avons laissé trop (Jans l'ombre, à l'avantage des races ennemies qui reprochent à la latine ce long crime césarien dont elles furent plus coupables que celle-ci.

C'est pourquoi autorisez-moi à distinguer, pour la clarté de mon idée, les peuples romains de cette cohue de peuples effrénés qui firent la populace de l'Empire; je ne confonds point la tradition romaine ou latine avec la tradition césarienne : je me réclame de l'une — car elle fait notre unité morale — autant que je repousse l'autre avec indignation.

L'accroissement simultané des conquêtes et de la centralisation, et de tous les vices, de toutes les folies, de toutes les misères qui en sont la conséquence, petit à petit, déformèrent la République jusqu'à en faire ce monstre impérial dont l'image vague et fantastique hante encore les ténèbres malsai- TiGS de certaines âmes. Cette décadence, toute retentissante des invasions barbares qui s'y précipitent, ost le chaos originaire où s'est formé le monde

moderne. 11 faut r,emonLer jusque-là pour comprendre et expliquer les peuples actuels, leurs développements historiques, leurs idées et leurs passions, et les aberrations. même qui les ont troublés et affolés. C'est au plus profond du cloaque de l'Empire que nagent, alourdies de vase, les racines do ces théories qui, grandissant à travers les siècles, ont empoisonné, des haleines de leurs fleurs et des semences de leurs fruits, l'air et la lumière de tant de générations.

Je veux dire que c'est dans le génie' des Césars qu'il faut chercher cette idée d'unité qui, dès lors, s'est définie et affirmée par la formation simultanée du catholicisme et de l'empire. Le catholicisme est tout entier l'œuvre des tyrans, nullement celle du christianisme, de la plèbe qui s'est élancée dans les bras du Crucifié, vers la joie de la paix et de VégaliU* promises. Le catholicisme n'est pas autre chose que la forme de la pensée césarienne, imposée au peuple, divinement, sous l'autorité de la révélation divine.

Proudhon a vraiment tort, et gravement, lorsque, dans sa préface des Contradictions économiques, il reproche à Qiiinet, presque comme une forfaiture envers la démocratie, de se préoccuper de la religion comme d'une affaire sérieuse et positive. C'est là une des erreurs de cet extraordinaire esprit, si profond et parfois si léger, et qui n'eut d'égale à la puissance de ses vertus que la puissance de &l'^ fautes. Lui qui, par une opération quasi thaumaturgique, faisait du couple humain l'indivisible symbole.

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