INTRODUCTION LV
comme on le fit en France, — construire un système d'après un plan pre'conçu et d'après des raisonnements a priori. Ils ont examiné un à un les divers problèmes constitutionnels et les défauts nombreux des articles de Confédération ; et c'est exclusivement pour des raisons d'utilité pratique qu'ils ont adopté leurs solutions, fortement inspirées, d'ailleurs, des solutions anglaises. La Constitution contient une série de compromis entre les grands Etats et les petits Etats, entre les propriétaires d'esclaves et les puritains du Xord, entre ceux qui voulaient l'ordre et la force pour écarter l'ennemi extérieur et ceux qui craignaient de confier à ur. gouvernement central cette force dont, à l'exemple des Stuarts, il pourrait abuser pojr ruiner les libertés politiques, entre ceux qui voulaient mettre fin à l'anarchie qu'avaient entraînée les articles de Confédération et ceux qui préféraient cette anarchie au despotisme dont le gouvernement constitutionnel, croyaient-ils, devait être l'avènement.
C'est, sans doute, l'absence de l'esprit de système qui a assuré la durée et la vigueur à une Constitution qui fut arrachée avec peine, à la fin du xviii^ siècle, aux treize Etats de l'Amérique, qui fait aujourd'hui l'orgueil des quarante cinq Etats de l'Union et que Gladstone, dans un moment d'enthousiasme, déclarait — non sans exagération d'ailleurs (1) — « l'œuvre la plus admirable qui soit jamais sortie du cerveau humain (2) ».
Gaston Jèze
Professeur agrégé à la Faculté de Droit de l'Université de Lille.
(1) Il suffit pour s'en convaincre de lire: 1° le beau livre de M. Bryce, La République américaine, 4 vol. 1900-1901 (édition française de la collection Boucard et Jèze) ; 2° la remarquable étude de M. W. Wilson, le Gouvernement congressionnel, 1 vol., 1901 édition française Boucard et Jèze).
(2) « The american Constitution is the most wonderfui work ever struckoffat agiven time by the brain and purpose of raan ». Lettre à M. John A. Kasson.
Pour le Journal Indépendant,
LE FÉDÉRALISTE, No I
(ir.v:\iiLTON)
Au peuple dr V Elal de New-York :
Après une épreuve non équivoque de rinefficacité du gouvernement fédératif aujourd'hui existant, vous êtes appelés à délibérer sur une nouvelle Constitution pour les Etats-Unis d'Amérique.
Exposer le sujet, c'est dire son importance. Il s'agit de l'existence de l'Union, de la sûreté et de la prospérité des Etats qui la composent, du sort d'un Empire, à quelques égards le plus intéressant qui existe dans l'univers. On l'a remarqué souvent, il semblait réservé au peuple de ce pays de décider, par sa conduite et son exemple, cette importante question, si les sociétés liumaines sont capables do se donner un bon gouvernement par réflexion et par choix, ou si elles sont condamnées à jamais à, recevoir leurs Constitutions politiques du ;hasard et de la force. Si cette observation est juste, la crise
LE FÉUÉRALISTE 1
- INTRODUCTION CENERÂLE
(|ao nous traversons peut être regardée commel'époque à laquelle ce problème sera résolu ; un mauvais choix, dans les mesures que nous avons à prendre, deviendrait un malheur général pour l'humanité. La philanthropie s'unit au patriotisme pour augmenter l'inquiétude avec laquelle les hommes sages et vertueux attendent l'événement. Heureux si notre choix est dirigé par une appréciation judicieuse de nos véritables intérêts, libre et dégagé de toutes considérations étrangères au bien public ! Mais c'est là une chose que Ton doit désirer ardemment sans y compter sérieusement. Le plan soumis à notre délibération froisse trop d'intérêts particuliers, touche à trop d'institutions locales pour que, dans la discussion, on ne présente une foule de motifs qui lui sont étrangers, de vues, de passions et de préjugés peu favorables à la découverte de la vérité.
Parmi les plus formidables obstacles que la nouvelle Constitution doit rencontrer, on peut compter rintérêt d'une certaine classe d'habitants, dans chaque Etal, à s'opposer à tout changement qui pourrait entraîner une diminution du pouvoir, du bénéfice et des avantages attachés aux fonctions qu'ils tiennent des institutions actuelles. On doit craindre encore l'ambition perverse d'une autre classe d'hommes, qui veulent, pour s'agrandir, profiter des troubles de leur pays, et qui se flattent d'obtenir plus, pour leur élévation personnelle, de la division de l'Empire en quelques confédérations particulières^ que de son union sous un seul gouvernement.
Je n'ai pas toutefois l'intention d'insister sur le* observations de cette nature. Je n'ignore pas qu'il serait injuste d'attribuer sans distinction à des vues intéressées ou ambitieuses, l'opposition de certains personnages, pour le seul motif i[ue leur situation