‹ Le fédéraliste (commentaire de la constitution des États-Unis) recueil d'articles écrits en faveur de la nouvelle constitution telle qu'elle à été adoptéeChapitre 28 sur 103 · INTRODUCTION GENERALE S · texte numérisé non relu

INTRODUCTION GENERALE S

peut les en faire soupçonner. Reconnaissons de bonne foi que ceux-là même peuvent être guidés par des intentions pures ; reconnaissons qu'une grande partie des oppositions qu'on a vu et qu'on verra naître, tient à des motifs innocents, sinon respectables ; ce sont les erreurs d'esprits loyaux égarés par des défiances et par des craintes préconçues. Tant de causes puissantes concourent à fausser le jugement, que nous avons vu des hommes sages et vertueux adopter aussi souvent l'erreur que la vérité, sur les questions les plus importantes pour la société.

Cette observation serait bien faite pour inspirer de la modération à ces hommes toujours parfaitement convaincus, en toute discussion, de l'infaillibilité de leur opinion. Un autre motif de circonspection, c'est cp^ie nous ne sommes pas toujours sûrs que ceux qui plaident pour la vérité, soient guidés par des motifs plus purs que leurs adversaires. L'ambition, l'avarice, l'animosité personnelle, l'esprit de parti et d'autres motifs aussi peu louables peuvent agir sur les défenseurs de la bonne cause, comme sur ses ennemis. Indépendamment de ces motifs de modération, rien n'est plus absurde que l'esprit d'intolérance qui a, dans tous les temps, caractérisé les partis politiques. En politique comme en religion, on ne fait point de prosélytes par le fer et par le feu. Dans l'une et dans l'autre, on guérit rarement de l'hérésie par la persécution.

Quelque justes que ces sentiments doivent paraître à des esprits impartiaux, nous n'avons déjà que trop d'indices qu'il arrivera ici ce qui est arrivé dans toutes les grandes discussions nationales. Le torrent de l'animosité et des passions malfaisantes n'aura plus de digue. A en juger par la conduite des partis opposés, il est facile de conclure

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qu'ils irespèrent faire triompher leur opiuion et augmenter le nombre de leurs prosélytes, que par la violence de leurs déclamations et par l'amertume de leurs invectives. Vn zèle éclairé pour l'énergie et l'efficacité du gouvernement sera stigmatisé comme l'efTet d'un esprit passionné pour le despotisme et hostile aux principes de la liberté.

Un souci troj) scrupuleux des droits du peuple, qui est plus communément un défaut de l'esprit que du cœur, sera représenté comme une comédie, un pur artifice, l'amorce classique pour gagner une grande po[)ularité aux dépens du bien public. On oubliera d'un côté que la jalousie est inséparable de l'amour, et que le noble enthousiasme de la liberté est trop facilement souillé par une étroite et minutieuse défiance ; d'autre part, on oubliera également que la vigueur du gouvernement est essentielle au maintien de la liberté ; que, dans l'opinion d'un esprit sain et éclairé, leurs intérêts ne peuvent jamais être séparés; qu'une dangereuse ambition se cache plus souvent sous le spécieux prétexte du zèle pour les droits de peuple, que sous l'apparence peu séduisante du zèle pour la force du gouvernement. L'histoire nous apprend que la première de ces deux routes a, bien plus souvent que l'autre, conduit au despotisme, et que les hommes qui ont détruit la liberté des Républiques ont, pour la plupart, commencé leur carrière en faisant au peuple une cour obséquieuse ; ils ont débuté démagogues, ils ont fini tyrans.

Par ces observations, j'ai désiré vous mettre, mes concitoyens, en garde contre toutes les tentatives que, de part ou d'autre, on pourrait faire pour iniluencer A'otre décision, dans une question si importante pour votre bonheur, par d'autres impressions que celles qui résultent de l'évidence de la vérité.

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