CONSÉQUENCES DE LA LUTTE ENTRE LES ÉTATS
tout entier est placé entre les mains du Peuple, de ses Représentants et Délégués ; ce sont des conclusions solides, tirées de la marche iiaturelle et nécessaire des choses humaines.
Peut-être objectera-t-on, i)Our([Li(.i rtHiiblissement d'armées permanentes n'a-t-il pas suivi les dissensions qui ont agité si souvent les anciennes Bépubliques de la Grèce? On peut faire à cette question différentes réponses, également satisfaisantes. Les habitudes industrieuses des nations d'aujourd'hui, absorbées dans des occupations lucratives, consacrant leurs efforts aux progrès de l'agriculture et du commerce, sont incompatibles avec la condition d'un peuple de soldats, qui était la condition véritable du peuple de ces républiques. Les sources de revenus si prodigieusement multipliés par l'abondance de l'or et de l'argent et par les progrès de l'industrie, la science des finances, née dans les siècles modernes, combinés avec les mœurs des nations, ont produit dans le système de la guerre une révolution complète et ont rendu les armées disciplinées indépendantes du corps des citoyens, la suite nécessaire des hostilités fréquentes.
Il y a aussi une grande différence entre les établissements militaires dans un pays rarement exposé par sa situation aux guerres intérieures, et dans un pays qui y est toujours sujet et qui les redoute toujours. Les gouvernants du premier n'ont point de prétexte plausible, même s'ils en ont le désir, pour tenir sur pied les armées nombreuses qui sont nécessaires au dernier.
Ces armées étant, dans le premier cas. rarement mises en mouvement pour la défense intérieure, le peuple ne court aucun danger d'être soumis à une subordination militaire. Les lois ne s'accoutument pointa fléchir en faveur des exigences militaires;
COA'SEQUENCES DE LA LUTTE ENTRE LES ETATS rV.)
l'état civil conserve toute sa vigueur sans être jamais altéré ni corrompu par les principes ou les tendances de l'état militaire. La médiocrité de l'armée rend sa force inégale à celle du reste de la communauté, et les citoyens, qui ne sont pas habitués à demander leur protection au pouvoir militaire, ni à se soumettre à ses abus, n'aiment ni ne craignent les soldats ; ils les considèrent dans un esprit de tolérance inquiète pour un mal nécessaire ; ils sont prêts à résister à une puissance qu'ils croient pouvoir être exercée au préjudice de leurs droits. Dans ces conditions, l'armée peut prêter au magistrat un concours utile pour réprimer une faction peu redoutable, un attroupement accidentel ou une insurrection ; elle est incapable d'assurer le triomphe de ses usurpations contre les efîorts unis de la plus grande partie du peuple.
Dans un pays tel que celui que nous avons indiqué le dernier, il arrivera tout le contraire. La menace perpétuelle du danger forcera le Gouvernement à être toujours prêt à le repousser ; il lui faudra des armées assez nombreuses, pour une défense immédiate. La nécessité continuelle de ses services rehausse l'importance du soldat et dégrade en proportion la condition du citoyen. L'état militaire s'élève au-dessus du civil ; les habitants des territoires qui sont souvent le théâtre de la guerre, se trouvent nécessairement exposés à de fréquentes violations de leurs droits, ce qui contribue à affaiblir en eux le sentiment de leurs droits ; insensiblement le peuple est amené à voir dans les soldats, non seulement des protecteurs, mais encore des supérieurs. De là à les considérer comme des maîtres, la transition n'est ni longue, ni difficile ; mais il est très difficile de déterminer un peuple ainsi disposé à rési^t'r avec courage et efficacité à des
50 CONSÉQUENCES DE LA l.UTTl': ENTRE LES ÉTATS
usurpations appuyées par le poLivoii- niililaire. Le Gouvernement de la Grande-Bretagne est dans la ])remièpe de ces situations. Sa position insulaire, sa marine puissante, en la mettant dans une large mesure à l'abri d'une invasion étrangère, la dispense de la nécessité d'entretenir dans le royaume une armée nombreuse. Tout ce qu'il lui faut, c'est une force sLiffisante pour se défendre contre une descente soudaine jusqu'à ce (|ue la milice ait eu le temps de se rallier et do s'incorporer. Aucun motif de politique nationale n'a exigé, et l'opinion publique n'aurait toléré dans son établissement domestique une plus grande quantité de troupes. Il n'y a eu depuis longtemps que peu de place à l'inll uence des autres causes que nous avons énumérées comme les conséquences d'une guerre intérieure. C'est à une situation si heureuse qu'elle doit en grande partie la conservation de la liberté dont elle jouit aujourd'hui, en dépit de la vénalité et de la corruption qui y régnent. Si, au contraire, l'Angleterre eût été située sur le continent et forcée, en raison de sa position, à proportionner ses établissements militaires à ceux des autres grandes puissances de l'Europe, elle serait probablement aujourd'hui, comme elles, la victime (^ pouvoir absolu d'un seul homme. Il est possible, quoique peu vraisemblable, que le peuple de cette île soit asservi par d'autres causes ; mais il ne peut l'être par les entreprises d'une armée aussi peu considérable que celle qui est entretenue dans l'intérieur de ce royaume.
Si nous sommes assez sages pour maintenir l'Union, nous pourrons jouir pendant des siècles (l'un avantage semblable à celui d'uue situation insulaire. L'Europe est à une grande distance de nous. Les colonies qu'elle a près de nous ne seront pas, de longtemps, en étal de nous donner de sérieuses in-