‹ Le fédéraliste (commentaire de la constitution des États-Unis) recueil d'articles écrits en faveur de la nouvelle constitution telle qu'elle à été adoptéeChapitre 39 sur 103 · CONTRE LES FACTIONS ET LES INSURRECTIONS · texte numérisé non relu

CONTRE LES FACTIONS ET LES INSURRECTIONS

genres de propriétés, semble exiger la plus exacte impartialité. Et cependant, il n'est peut-être pas une fonction législative qui donne aux membres du parti dominant plus de tentations et plus d'occasions de violer les règles de la justice. Chaque shilling dont ils surchargent le fardeau de la minorité, est un shilling épargné à leur propre poche. En vain dirait-on que les hommes d'Etat habiles sauront accorder ces intérêts opposés et les faire tous contribuer au bien public. Les hommes d'Etat habiles ne sont pas toujours au gouvernail. Dans bien des cas, il n'est pas possible de réaliser cet accord sans faire entrer en ligne de compte des considérations indirectes et éloignées qui l'emporteront sûrement sur l'intérêt immédiat qui fait agir un parti au mépris des droits d'autrui et de l'intérêt général.

Nous sommes donc forcés de reconnaître qu'on ne peut prévenir les causes de factions ; et qu'il n'est d'autre remède que de chercher à en corriger les effets.

Quand une faction ne forme pas une majorité, le remède existe dans le principe du gouvernement républicain qui permet à la majorité de renverser ses sinistres projets par un vote régulier. La faction peut embarrasser l'administration, elle peut ébranler la société ; mais elle est incapable d'exécuter ses violences et de les cacher sous les formes de la Constitution. Quand une faction comprend la majorité, la forme du gouvernement populaire peut lui fournir les moyens de sacrifier à sa passion ou à ses intérêts dominants le bien public ainsi que les droits des autres citoyens. Défendre le bien public et les droits individuels contre le danger d'une telle faction, et en même temps présen'er l'esprit et la forme du gouvernement populaire, tel doit être le principal objet de nos recherches ; j'ajouterai que

ri UTILITÉ DE l/UNlON

c'est la condition essentielle qui peut seule délivrer cette forme de gouvernement du mépris où elle est si longtemps restée, et lui assurer Testime et l'adoption du genre humain.

Quels sont les moyens d'atteindre ce but? Il n'y en a évidemment que deux. On doit ou bien empêcher Texistence simultanée des mêmes passions, des mêmes intérêts dans la majorité ; ou bien, si les hommes qui la composent sont déjà unis par cette identité de passions et d'intéi'êts, on doit se servir de leur nombre et de leur situation locale, pour les empêcher de combiner et de réaliser des plans d'oppression. Si vous laissez aux passions l'occasion, n^ vous flattez pas de leur opposer avec succès les secours de la religion et de la morale. Il sont sans effet contre les violences et les injustices des individus, et perdent leur efficacité en proportion du nombre des hommes assemblés sur lesquels ils agissent, c'est-à-dire en proportion des causes qui rendent leur efficacité plus nécessaire.

De tout ceci, il faut conclure qu'une démocratie pure, je veux dire une société composée d'un petit nombre de citoyens qui s'assemblent et se gouvernent eux-mêmes, ne comporte aucun remède contre les méfaits des factions. La majorité aura, presque dans tous les cas, des passions et des intérêts communs, la communication et l'accord résulteront nécessairement de la forme même du gouvernement; il n'y a rien qui puisse réprimer le désir de sacrifier le parti le plus faible ou un individu sans défense. Aussi, les démocraties de ce genre ont-elles toujours offert le spectacle du trouble et des dissensions ; elles ont toujours été incompatibles avec la sûreté personnelle et le maintien des droits de propriété ; elles ont eu, en général, une existence éphémère et une mort violente. Les théoriciens politiques qui ont défendu

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