CONTRE LES FACTIONS ET LES INSURRECTIONS
cette sorte de gouvernement, ont faussement supposé qu'en réduisant les hommes à une égalité parfaite dans leurs droits politiques, on pourrait aussi établir l'égalité et l'identité dans leurs possessions, leurs opinions et leurs passions.
Une République, j'entends par là un gouvernement dans lequel l'idée de représentation existe, offre un point de vue différent, et promet le remède que nous cherchons. Examinons les rapports sous lesquels la République diffère d'une démocratie pure ; nous comprendrons ainsi, à la fois, la nature du remède proposé et refticacité qu'il doit retirer de l'Union.
La Démocratie et la République diffèrent en deux points essentiels : i° la délégation du gouvernement, dans la République, à un petit nombre de citoyens élus par le peuple; 2° le plus grand nombre de citoyens et la plus vaste étendue de pays sur lesquels la République peut s'étendre.
L'efï'et de la première différence est d'épurer et d'élargir l'esprit public, en le faisant passer dans un milieu formé par un corps choisi de citoyens, dont la sagesse saura distinguer le véritable intérêt de leur patrie, et qui, par leur patriotisme et leur amour de la justice, seront moins disposés à sacrifier cet intérêt à des considérations momentanées ou partiales. Sous un tel gouvernement, il sera possible que la voix publique, exprimée par les représentants du peuple, soit plus d'accord avec le bien public, que si elle était exprimée par le peuple lui-même assemblé pour cet objet. D'un autre côté, l'effet peut être contraire. Des hommes d'un caractère factieux, imbus de pré-» jugés locaux ou animés de projets sinistres, peuvent, par l'intrigue, la corruption et autres moyens, obtenir d'abord les suffrages du peuple et trahir ensuite ses intérêts. Il s'agit donc de savoir si les républiques, petites ou grandes, sont plus favorables à l'élec-
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tion des meilleurs défenseurs du bien publie. La question est décidée nettement en faveur de la dernière sokition par deux considérations frappantes.
En premier lieu, il faut remarquer que, quelcjue peu étendue que soit la République, les représentants doivent atteindre un certain nombre pour être à l'abri des intrigues de quelques individus, et que, quelqu'étendue que puisse être la République, les représentants ne doivent pas dépasser un certain nombre, pour éviter la confusion inséparable de la multitude.
Dès lors, le nombre des représentants, dans les deux cas, n'étant pas proportionnel au nombre des constituants, mais étant proportionnellement plus grand dans les petites Républiques, il en résulte que si les talents et les vertus sont distribués également dans les grandes et dans les petites Républiques, les premières présenteront un plus grand choix et, par suite, plus de chances pour un bon choix.
En second lieu, comme chaque représentant sera choisi par un plus grand nombi-e de citoyens dans une grande République que dans une petite, il sera plus difficile à des candidats sans mérite d'employer avec succès les manœuvres coupables qui influent trop souvent sur les élections ; les suffrages du peuple étant plus libres tomberont plus vraisemblablement sur des hommes d'un mérite reconnu et d'un caractère généralement estimé.
Il faut avouer qu'ici, comme dans bien d'autres circonstances, il est un milieu dont on ne peut s'écarter sans tomber dans des inconvénients. Si vous augmentez trop le nombre des électeurs, les représentants qu'ils nommeront seront trop peu au courant des circonstances locales et des intérêts secondaires. Si vous le diminuez à l'excès, ils en seront trop occupés et deviendront incapables de reconnaître l'inté-