POUR LES FINANCES
d'argent de l'Europe. Et pourtant, à raison de l'absence del'influence vivifiante du commerce, leur souverain n'en tire que de faibles revenus. Il a été plusieurs fois réduit à demander à d'autres nations des secours pécuniaires pour la défense de sesintéréts les plus essentiels, et il est incapable de soutenir, avec ses propres ressources, une guerre longue ou continue.
Mais ce n'est pas sous ce seul aspect de la question que l'Union favorisera la prospérité des finances. Il est d'autres points de vue sous lesquels son influence apparaîtra plus immédiate et plus décisive. Il est certain, d'après l'état du pays, d'après les babitudesdu peuple, et d'après l'expérience que nous en avons faite, qu'il est impossible de lever des sommes considérables au moyen d'impôts directs. Les lois fiscales ont eu beau être multipliées ; on a eu beau essayer de nouvelles méthodes de recouvrement ; l'attente du public a constamment été trompée, et les Trésors des Etats sont toujours restés vides. Le système populaire d'administration, inhérent à la nature du gouvernement populaire, joint à la rareté réelle du numéraire occasionné par l'état de langueur et d'interruption du commerce, a jusqu'ici fait échouer toutes les tentatives pour l'accroissement des impôts, et a fini par convaincre les difîérentes législatures de la folie qu'il y avait à les renouveler.
Tous ceux qui savent ce qui se passe dans les autres pays n'en seront pas surpris. L'Angleterre, nation opulente, qui, par la supériorité de ses richesses, serait plus en état de les percevoir par la force de son gouvernement que l'Amérique, tire cependant la plus grande partie du revenu national de taxes indirectes, de droits d'entrée et d'excisés. Les droits sur les articles importés forment une grande partie de ces dernières taxes.
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En Amérique, il est évident que nos revenus devront, pendant longtemps, être tirés principalement do droits de cette nature. Dans plusieurs de ses parties, les excises doivent être renfermés dans des limites étroites. Le génie de ce peuple s'accordera difficilement avec le caractère inquisitorial et arbitraire des lois sur l'excise. D'un autre côté, les poches des fermiers fourniront avec peine quelques faibles secours, si on veut les soumettre à la forme mal venue des impôts sur leurs maisons et sur leurs terres. Quant à la propriété mobilière, c'est un fonds trop précaire et trop invisible pour qu'on puisse l'atteindre autrement que par l'action insensible des taxes sur les consommations.
Si ces remarques ont quelque fondement, l'état de choses qui nous permettra le mieux de perfectionner et d'étendre une ressource si précieuse, doit être le plus favorable à notre prospérité politique. On ne peut pas sérieusement douter que cet état de choses ne suppose une union générale. Autant elle favorisera les intérêts du commerce, autant elle doit tendre à accroître les revenus à retirer de cette source. En contribuant à rendre plus simples et plus efficaces les règlements sur la perception des droits, elle doit servir à rendre le même taux d'impôts plus productif et h. donner au gouvernement le. pouvoir d'augmenter ce taux, sans nuire au commerce.
La situation relative de ces Etats, le nombre de rivières dont leurs territoires sont arrosés, et de baies que la mer forme sur leurs côtes ; la facilité des communications en tous sens ; l'affinité de la langue et des manières ; les liens d'amitié qui résultent d'un commerce habituel ; toutes ces circonstances concourraient à faciliter la contrebande entre les Etats, et donneraient les moyens d'échapper aux
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règlements sur le commerce. Les Etnts particuliers ou les Confédérations séparées, animés d'une jaloasio mutuelle, seraient obligés, pour empêcher les tentatives de ce genre de commerce, d'établir de faibles droits. La nature de nos gouvernements ne nous permettrait pas de longtemps d'user de ces précautions rigoureuses, à l'aide desquelles les nations européennes gardent toutes les issues dans leurs pays respectifs, soit par terre, soit par mer ; et qui, même là, n'opposent parfois que d'impuissants obstacles aux stratagèmes hardis de la cupidité.
En France, il y a une armée de patrouilles, comme on les appelle, constamment occupées à faire respecter les lois fiscales par les contre])andiers. M. Necker évalue le nombre de ces patrouilles à vingt mille environ. Cela nous prouve l'immense difficulté qu'il y aà empêcher ce genre de trafic dans les pays où il y a des communications terrestres, et met en pleine lumière les inconvénients qui accompagneraient la perception de droits dans ce pays, si les Etats, par leur désunion, se trouvaient entre eux dans les mêmes rapports qui existent entre la France et ses voisins. Les pouvoirs arbitraires et vexatoires dont les patrouilles sont néces?airement armées, seraient intolérables dans un pays libre.
Si, au contraire, tous les Etats sont unis sous un seul gouvernement, il n'y aura à garder, pour la plus grande partie de notre commerce, qu'une seule côte, la cote de l'Atlantique. Les vaisseaux arrivant des pays étrangers avec des cargaisons précieuses, s'exposeraient rarement aux dangers très grands et très réels que leur feraient courir leurs tentatives pour débarquer leurs marchandises avant d'entrer au port. Ils auraient à redouter à la fois les dangers de la côte et celui d'être découverts après ou avant
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leur arrivée aux lieux de leur destination définitive. Il suffirait d'un degré ordinaire de vigilance pour prévenir la fraude des droits du fisc. Un petit nombre de vaisseaux armés, habilement placés à l'entrée de nos ports, pourront, à peu de frais, veiller avec succès à l'exécution des lois. Et comme le gouvernement aurait partout le même intérêt à en prévenir la violation, en combinant ses mesures dans tous les Etats, il aurait de puissants moyens de les rendre efficaces. Ici encore, nous conserverions par l'Union un avantage que la nature nous offre, et que nous perdrions par la séparation. Les Elats- Unis sont à une grande distance de l'Europe et de tous les pays étrangers avec lesquels ils pourraient avoir des rapports de commerce étendus. Le voyage entre ces pays et le nôtre ne peut se faire, comme entre l'Angleterre et la France, en quelques heures ou en unes.^ule nuit. C'est un grand motif de protection contre la contrebande directe avec les pays étrangers ; mais une contrebande détournée avec l'un des Etats, à l'aide d'un autre Etat, serait sûre et facile. Avec un peu de discernement, il est aisé de sentir la difîérence qu'il y a entre une importation directe du dehors, et une importation indirecte par l'entremise d'un Etat voisin, par petits paquets, en profitant des moments et des occasions favorables, et avec les facilités qu'y ajouterait la communication par la voie de terre.
11 est donc évident qu'un gouvernement national pourrait, à bien moins de frais, porter les droits sur les importations à un taux beaucoup plus fort que les Etats séparés ou des Confédérations partielles. Jusqu'ici, je crois qu'on peut affirmer en toute confiance que ces droits n'ont pas dépassé, dans aucun des Etats, en moyenne 3 0/0, En France, ils sont évalués environ à 15 0/0, et en Angleterre ils dé-