‹ Le fédéraliste (commentaire de la constitution des États-Unis) recueil d'articles écrits en faveur de la nouvelle constitution telle qu'elle à été adoptéeChapitre 43 sur 103 · POUR LES FINANCES · texte numérisé non relu

POUR LES FINANCES

passent cette proportion (1). Il semble que, dans ce pays, rien n'empêcherait qu'ils fussent portés au moins au triple de leur quotité actuelle. Le seul article des liqueurs spiritueuses, sous une réglementation fédérale, peut donner un revenu considérable. A en juger par l'importation qui s'en fait dans le seul Etat de New- York, la quantité totale importée dans les Etats-Unis peut être estimée à quatre millions de gallons, ce qui, à un shilling par gallon, donnerait 200.000 livres (5.000.000 francs). Cet article pourrait bien supporter ce tarif, et si cette taxe réussissait à en diminuer la consommation, ce résultat serait également favorable à l'agriculture, à l'économie, à la morale et à la santé publique. 11 n'est peut-être aucun autre objet sur lequel la nation ait porté l'extravagance aussi loin que sur les liqueurs.

Qu'arrivera-t-il si nous ne pouvons nous assurer cette ressource dans toute son étendue? Une nation ne peut exister longtemps sans revenus. Privée de cet appui essentiel, il faut qu'elle renonce à son indépendance, et se voie réduite à la condition subalterne de province. C'est là une extrémité à laquelle aucun gouvernement ne voudra se résoudre. 11 faut donc, en tout état de choses, avoir un revenu. Dans ce pays, si l'on ne peut tirer du commerce la plus grande partie des impôts, il faudra que la terre en supporte le poids oppressif. Nous avons déjà dit que les excises, dans leur véritable signification, sont trop peu en harmonie avec les sentiments du peuple, pour qu'on puisse taire un grand usage de ce mode d'imposition; et même dans les Etats uniquement adonnés à l'agriculture, les objets sur lesquels peut

(1) Si mes souvenirs sont exacts, ils s'élèvent à 20 0/0. — Pc-

BLIUS.

94 UTILITÉ DE l'union POUR LES FINANCES

porter l'excise ne sont pas assez nombreux pour fournir par ce moyen une somme très considérable. Les propriétés mobilières (comme nous l'avons déjà remarqué), par suite de la difficulté qu'il y a à les atteindre, ne peuvent être soumises à des contributions élevées, si ce n'est par des taxes sur les consommations. Dans les cités populeuses, la taxation de la propriété mobilière n'aurait vraisemblablement d'autre effet que d'opprimer les individus, sans grand profit pourTEtat; mais en dehors de ces villes, la propriété mobilière échapperait, en grande partie, aux yeux et aux mains du percepteur. Comme il faudra cependant parer d'une manière ou d'une autre aux besoins de l'Etat, le défaut d'autres ressources fera tomber presque tout le poids des dépenses publiques sur les propriétaires fonciers. Et comme, d'autre part, le gouvernement ne pourra jamais se procurer des secours proportionnés à ses besoins sans que toutes les sources de revenu lui soient ouvertes, les finances de la communauté, au milieu de ces embarras, ne pourront lui assurer ni considération, ni sécurité. Ainsi, nous n'aurons pas même la consolation d'avoir un Trésor public pour nous dédommager de l'oppression exercée sur cette classe estimable de citoyens adonnés à la culture du sol. Les malheurs publics et privés marcheront ensemble avec un funeste accord ; ils s'uniront pour nous apprendre à déplorer la folie des conseils qui tendent à nous désunir.

PUBLIUS

Pour le Journal Indépendant .

LE FÉDÉRALISTE, No XIII

(Hamilton)

Au Peuple de l'Etat de New-York.

Gomme question connexe à celle du revenu, nous pouvons nous occuper justement de celle de l'économie. L'argent épargné sur un objet peut être utilement employé à un autre usage, et ce sera autant de moins à tirer de la poche du peuple.

Si les Etats sont unis sous un seul gouvernement, il n'y aura à payer qu'une seule liste civile nationale ; s'ils sont divisés en plusieurs Confédérations, ii faudra pourvoir à autant de listes civiles, et chacune d'entre elles, quant aux principaux départements, sera aussi étendue que celle qui serait nécessaire pour le gouvernement du corps entier. La séparation complète des Etats en treize souverainetés isolées, est un projet trop extravagant, trop plein de dangers pour avoir des partisans nombreux. Les idées des hommes qui escomptent le démembrement de l'Empire sont généralement fixées à trois Confédérations ;

96 AVANTAGE DE l' UN ION

la première formée des quatre Etats du Xord ; la seconde des quatre Etats du Centre, la troisième des cinq Etats du Sud. Il est peu probable qu'il y en eût un plus grand nombre. D'après cette distribution, chaque Confédération occuperait un territoire plus étendu que celui du royaume de Grande-Bretagne. Aucun liomnie éclairé ne pensera que les affaires d'une semblable Confédération puissent être bien administrées par un gouvernement moins complet dans ses organes et dans ses institutions que celui qui a été proposé par la Convention. Quand les dimensions d'un Etat atteignent une certaine étendue, il a besoin delà même énergie dans son gouvernement et des mêmes formes d'administration qu'un Etat beaucoup plus vaste. Cette idée ne comporte pas une démonstration précise, parce qu'il n'est point de règle avec laquelle on puisse mesurer le degré de pouvoir civil nécessaire au gouvernement d'un nombre donné d'individus ; mais si nous considérons que nie de Grande-Bretagne, égale en grandeur à chacune des Confédérations proposées, contient environ huit millions d'habitants, si nous réfléchissons sur le degré d'autorité nécessaire pour diriger vers le bien public les passions d'une société si étendue, nous ne verrons pas de raison de douter qu'un pouvoir égal serait suffisant pour accomplir la môme tache dans une société infiniment plus nombreuse. Le pouvoir civil, quand il est bien organisé, peut étendre sa force à de très grandes distances ; il peut, en quelque sorte, se reproduire, dans chaque partie d'un grand Empire, par une organisation judicieuse des institutions qui lui sont subordonnées.

On peut raisonnablement supposer que chacune des Confédérations que l'on formerait entre les Etats aurait besoin d'un gouvernement aussi complet que

RELATIVEMENT A l'ÉCONOMIE DANS LE GOUVERNEMENT 97

le gouvernement unique que l'on nous propose, et cette idée est fortifiée par une autre supposition plus vraisemblable que celle que nous présente Talternative entre trois Confédérations ou une Union générale. Si nous considérons attentivement la position géographique, les intérêts commerciaux, les habitudes et les préjugés des différents Etats, nous serons amenés à conclure qu'en cas de désunion ils se l'allieront naturellement sous deux gouvernements. I^es quatre Etats de TEst s'uniront certainement, et cela pour toutes les causes qui forment entre les nations les liens d'une sympathie et d'un attachement mutuels. New-York, situé comme il l'est, n'aura pas l'imprudence d'opposer une existence faible et sans défense au poids de cette Confédération. Il y a plusieurs autres raisons évidentes qui l'y feront accéder avec facilité. New-Jersey est un trop petit Etat pour penser à maintenir son indépendance en opposition à cette combinaison encore plus puissante, et nul obstacle ne s'opposera à son admission. La Pennsylvanie même aurait de puissants motifs pour se joindre à la ligne du Nord, l^n commerce extérieur actif sur ses propres vaisseaux, voilà sa véritable politique et telles sont bien les opinions et les dispositions de ses citoyens. Les Etats plus au Sud, à raison de dilTérentes circonstances, ne se croiront pas aussi intéressés à encourager la navigation. Ils préféreront un système qui donnerait à toutes les nations une liberté illimitée de transporter aussi bien que d'acheter leurs produits. La Pennsylvanie n'ira pas confondre, par une alliance^ ses intérêts avec des intérêts si contraires à sa politique, (^omme, dans tous les cas, elle sera nécessairement frontière, elle croira qu'il importe à sa sécurité qu'elle soit tournée vers la Confédération moins forte du Sud plutôt que vers la Confédération plus puis-

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