ÉCONOMIE DANS LE GOUVERNEMENT
santé du Nord. Ceci lui donnerait les plus grandes chances d'éviter de devenir les Flandres de TAmé" rique. Mais quelle que puisse être la résolution de la Pennsylvanie, si la Confédération du Nord renferme New-Jersey, il n'y a pas d'apparence qu'il puisse se former plus d'une Confédération au Sud de cet Etat.
Il est tout à fait évident que les treize Etats réunis seront plus capables de soutenir un gouvernement national, que s'ils sont divisés en deux, trois groupes, ou en un nombre quelconque de groupes. Cette considération doit contribuer à écarter l'objection faite contre le plan proposé et relative à la dépense. Cette objection, toutefois, lorsqu'on l'examine de près, paraît reposer sur un principe faux.
Si, sans compter la pluralité des listes civiles, nous faisons attention au nombre d'individus nécessairement employés à garder les communications par terre entre les différentes Confédérations contre les tentatives de contrebande, et que l'état des finances rendra un jour nécessaires; si nous songeons aussi aux iustitutions militaires, qui, comme nous l'avons moutré, résulteraient inévitablement des jalousies et des conflits qui s'élèveraient entre les nations différentes que formeraient les Etats, nous serons convaincus qu'une séparation ne serait pas moins contraire à l'économie qu'à la tranquillité du commerce, aux finances et à la liberté de tous.
PrBi.iis.
Du Neiv-York Packet, 30 septembre 1787
LE FÉDÉRALISTE, No XIV
(madison)
Au peuple de l'Etat de NeiC'York :
Nous avons vu la nécessité de l'Union, comme notre rempart contre les dangers de l'extérieur, comme le moyen de conserver la paix au milieu de nous, de défendre notre commerce et tous nos intérêts communs, comme le seul procédé pour rendre inutiles ces institutions militaires qui ont ruiné la liberté dans l'ancien monde, enfin comme le remède efficace contre les malheurs des fac lions, qui ont été funestes aux autres gouvernements populaires et dont nous avons déjà ressenti nous-mêmes les symptômes alarmants. 11 ne nous reste, dans cette partie de nos recherches, qu'à nous occuper d'une objection tirée de la grande étendue de pays que l'Union embrasse. Quelques observations à cet égard seront d'autant moins inutiles, que les adversaires de la nouvelle Constitution s'appuient sur le préjugé trop accrédité, relatif à l'éten-
due qui convient au gouvernement républicain, et ont cherché à masquer, par des difficultés imaginaires, l'absence réelle d'objections sérieuses qu'ils n'ont pu réussir à trouver.
L'erreur de ceux qui croient que le gouvernement républicain ne peut exister que dans un territoire borné, a déjà été développée et réfutée dans des articles précédents. Je me contenterai de remarquer ici qu'elle semble devoir son origine et ses progrès à ce que l'on confond toujours une république avec une démocratie, et à ce qu'on applique à la première des objections tirées de la nature de la seconde. Nous avons déjà marqué la différence qui existe entre ces deux formes de gouvernement. Dans une démocratie, le peuple s'assemble et gouverne luimême ; dans une république, il s'assemble et gouverne par des représentants et des agents. Par suite, une démocratie doit être bornée à un petit espace. Une république peut embrasser un grand pays.
A cette source accidentelle d'erreur, on peut ajouter l'artitice de quelques auteurs célèbres, dont les écrits ont puissamment contribué à former les opinions politiques modernes. Sujets de monarchies absolues ou tempérées, ils ont cherché à en rehausser les avantages ou à en pallier les inconvénients, en opposant les vices et les défauts du gouvernement républicain, et en prenant pour exemples de ce dernier les turbulentes démocraties de l'ancienne Grèce et de l'Italie moderne. Au moyen d'une équivoque dans les termes, il ne leur a pas été difficile de transporter à la république des observations uniquement applicables à la démocratie ; en particulier, ils n'ont pas manqué de faire observer que la république ne peut jamais être établie que chez un peuple peu nombreux, vivant sur un territoire borné.
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Leur mauvaise foi a d'autant moins été découverte que les gouvernements populaires de l'anti- ([uité étaient des gouvernemonts démocratiques, et que dans l'Europe moderne, à laquelle nous devons l'important principe de la représentation, on n'a point vu d'exemple d'un gouvernement qui fût à la fois entièrement populaire et fondé entièrement sur le principe de la représentation. Si l'Europe a la gloire d'avoir découvert cet étonnant mécanisme de gouvernement, dont l'action peut concentrer la volonté du plus grand corps politique, et diriger sa force vers le but qu'exige l'intérêt public, l'Amérique peut réclamer le mérite d'avoir fait de cette découverte la base de Républiques sans mélange et qui s'étendent sur de vastes territoires. Nous n'avons qu'un malheur à déplorer: c'est qu'une partie de ses citoyens cherchent à la priver de l'avantage d'en développer toute l'efficacité en adoptant le vaste système d'Union aujourd'hui soumis à son examen.
De même que les limites naturelles d'une démocratie doivent être fixées à la distance du point central qui permettra aux citoyens les plus éloignés (le s'assembler aussi souvent que leurs fonctions publiques l'exigent, et qu'elle ne doit pas en embrasser un plus grand nombre ; de même, les limites naturelles d'une République sont à une distance du centre, qui permette aux représentants du peuple de s'assembler aussi souvent que cela peut être nécessaire pour l'administration des affaires publiques. Qui dira que les limites des Etats-Unis excèdent cette distance? Ce n'est point ceux qui se rappelleront que le rivage de l'Océan Atlantique forme leur principale longueur ; que, durant l'espace de treize ans, les représentants des Etats ont été presque continuellement assemblés, et que les membres des Etats les plus éloignés ne se sont pas absentés plus sou-
vent que les membres des Etats voisins du Congrès.
Pour nous faire une idée plus juste sur cet important sujet, songeons aux dimensions actuelles de l'Union. Les limites fixées par le traité de paix sont: du côté de TEst, TOcéan Atlantique ; au Sud, le 31<* de latitude ; à l'Ouest, le Mississipi ; et au Nord une ligne irrégulière qui court tantôt au delà du 45" et parfois presqu'au 42°. La rive méridionale du lac Erié est au-dessous de cette latitude. La distance entre le 31° et le 45° est de 973 milles ordinaires ; du 31° au 42°, elle est de 764 milles et demi. Si nous prenons un terme moyen, nous avons uiie distance de 868 milles trois quarts. La distance moyenne entre l'Océan Atlantique et le Mississipi ne doit pas excéder 750 milles. En comparant cette étendue à celles des différents pays de l'Europe, il est aisé de prouver qu'elle est compatible avec l'établissement de notre système. Elle n'est guère plus grande que l'Allemagne, où il y a continuellement assemblée une Diète qui repî^sente l'Empire tout entier ; elle n'est guère plus grande que la Pologne, avant son dernier démembrement, où il y avait aussi une Diète investie du pouvoir suprême. Laissant la France et l'Espagne, nous trouvons que, dans la Grande-Bretagne, inférieure en étendue, les représentants de l'extrémité septentrionale de l'île ont, pour se rendre au Conseil national, autant de chemin à faire que ceux qui viendront des parties les plus éloignées de l'Union.
Quelque favorable que ce point de vue paraisse à notre sujet, il nous reste à présenter quelques observations qui pourront le placer sous un jour plus satisfaisant encore.
En premier lieu, il faut observer que le gouvernement général ne doit pas être investi de la plénitude
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des pouvoirs législatif et exécutif. Sa compétence est limitée à un certain nombre d'objets qui intéressent tous les membres de la République, mais qui ne pourront être touchés par les dispositions d'aucun d'entr eux. Les gouvernements subordonnés des Etats qui auront pour mission de veiller à tous les objets pour lesquels des règlements différents peuvent être faits, conserveront leur autorité et leur activité lé.yitimes. Si le plan de la Convention était d'abolir les gouvernements des Etats particuliers, l'objection de ses adversaires pourrait avoir quelque fondement. Encore serait-il facile de prouver que, s'ils étaient abolis, le gouvernement général serait forcé, dans l'intérêt de sa propre conservation, de les réintégrer dans les fonctions qui leur conviennent.
Une seconde observation à faire, c'est que l'objet immédiat de la Constitution fédérale est d'alîermir l'Union des treize Etats primitifs — nous savons que la chose est possible — et d'y joindre tous les autres Etats qui pourraient se former dans leur propre sein ou dans leur voisinage, — ce qui, nous le savons, est également possible. Quant aux arrangements nécessaires, relativement à ces angles et portions de notre territoire, situés sur la frontière du Nord-Ouest, il faut les laisser à ceux que des découvertes ultérieures et l'expérience mettront plus à même de les faire avec succès.
Observons, en troisième lieu, que le commerce sera facilité, dans le territoire de l'Union, par de nouveaux progrès. Les routes seront partout raccourcies et entretenues avec plus de soin ; les commodités pour les voyageurs seront multipliées et perfectionnées : une navigation intérieure s'ouvrira dans la partie de l'Est et bientôt dans toute l'étendue des Etats-Unis. Les communications entre les districts de l'Ouest et ceux de l'Atlantique et entre leurs dif-
férentes parties, seront rendues de plus en plus faciles par ces nombreux canaux dont la bienfaisance de la nature a arrosé notre pays, dont la réunion et le perfectionnement exigent si peu d'art.
11 est une quatrième considération plus importante encore; il n'est presqu'aucun des Etats qui n'ait encore une de ses frontières exposée aux attaques de l'extérieur, et qui ne trouve dans l'intérêt de sa sécurité un motif pour acheter, par quelques sacrifices, les avantages de la protection générale. Ainsi les Etats qui sont situés à la plus grande distance du centre de l'Union, et qui, par là, ressentent le moins l'heureuse influence de ses bienfaits, sont en même temps limitrophes avec des nations étrangères et, par suite, peuvent, dans des occasions particulières, avoir un plus grand besoin de sa force et de ses ressources. 11 peut être incommode, pour la Géorgie ou pour les Etats qui forment nos limites à l'Ouest ou au Nord-Est, d'envoyer leurs représentants au chef-lieu du gouvernement, mais il leur serait plus dur encore de combattre seuls l'invasion d'un ennemi, ou même de supporter seuls la dépense totale qu'entraînent les précautions nécessitées par la menace d'un danger permanent. Si, par conséquentjils tirent à quelques égards, de l'existence de l'Union, moins d'avantages que les Etats les moins éloignés, ils en tirent, à d'autres égards, de plus grands; et ainsi se maintient entre eux un juste équilibre.
Je vous soumtes ces considérations, mes chers concitoyens, bien certain que le bon sens, qui a si souvent marqué vos décisions, leur assurera le poids et l'influence qu'elles méritent, et que vous ne vous laisserez pas entraîner, par des difficultés formidables en apparence et qui reposent sur une erreur trop répandue, dans le labyrinthe ténébreux et plein
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de périls, où les partisans de la désunion cherchent à vous perdre. N'écoutez pas la voix perfide qui vous dit que les peuples de l'Amérique, unis comme ils le sont par tant de liens d'affection, ne peuvent plus vivre ensemble comme membres de la même famille, ne peuvent plus rester les gardiens mutuels de leur bonheur commun ; qu'ils ne peuvent plus être les concitoyens d'un grand, respectable et florissant Empire 1 N'écoutez pas la voix imprudente qui vous dit que la forme du gouvernement soumise à votre examen est une nouveauté dans le monde politique ; qu'elle n'avait jamais encore trouvé place dans les théories des plus extravagants novateurs ; que c'est une folle tentative dont l'exécution est impossible. Non, mes concitoyens ! Fermez vos oreilles à ce langage impie, fermez vos cœurs au poison qu'il renferme! Le sang fraternel qui coule dans les veines des citoyens de l'Amérique, le sang qu'ils ont versé et confondu pour la défense de leurs droits sacrés, sanctifie leur Union et excite l'horreur, à l'idée de les voir devenir étrangers, rivaux, ennemis. S'il faut fuir les nouveautés, croyez-moi, la plus alarmante de toutes les nouveautés, le plus fou de tous les projets, la plus extravagante de toutes les tentatives, c'est ce déchirement qu'on ose vous proposer comme le moyen de maintenir votre liberté et de vous mener au bonheur. Mais pourquoi faudrait-il rejeter le plan d'une grande République, uniquement parce qu'elle renferme des idées nouvelles? N'est-ce pas la gloire du peuple de l'Amérique d'avoir su, sans manquer au respect qu'on doit aux opinions des temps anciens et des autres nations, empêcher une vénération aveugle pour l'antiquité, pour l'habitude ou pour des mots, d'écarter les conseils de son propre bon sens, la connaissance de sa situation personnelle, et
iOO OBJECTIONS TIRÉES DE l'ÉTENDUE DU TERRITOIRE
les leçons de sa propre expérience ? C'est à cet esprit indépendant que notre postérité devra la jouissance, et le monde l'exemple de ces innovations nombreuses en faveur des droits privés et du bonheur public, dont l'Amérique aura été le théâtre. Sans la démarche hardie des chefs d'une révolution qui n'a pas de précédent dans l'histoire, sans l'établissement d'un gouvernement qui ne copiait aucun modèle connu, le peuple de l'Amérique aurait été rangé aujourd'hui parmi les tristes victimes de conseils malfaisants, ou gémirait du moins sous le poids de ces institutions qui ont détruit les libertés du reste du monde. Heureusement pour l'Amérique, he-ireusement, j'ose le croire, pour le genre humain tout entier, les chefs de la Révolution ont suivi une nouvelle et plus noble carrière. Ils ont accompli une révolution qui n'a point d'égale dans les annales des sociétés humaines. Ils ont fondé des gouvernements qui n'ont point de modèles sur la surface du globe. Ils ont formé le plan d'une grande Confédération, qu'il appartient à leurs successeurs de perfectionner et de perpétuer. Si leur ouvrage contient des imperfections, nous devons nous étonner de n'en pas trouver davantage. S'ils se sont surtout trompés dans la structure de l'Union, c'est que c'était la partie la plus difficile de leur ouvrage ; c'est l'œuvre qui a été reprise à nouveau par l'acte de votre Convention, et c'est sur cet acte que vous avez maintenant à délibérer et à prononcer.
Publics.
Pour le Journal Indépendant.
LE FÉDÉRALISTE, No XV
(hamilton)
Alt peuple de VElat de Neie-York :
Dans le cours des articles précédents, je me suis efforcé, mes chers concitoyens, d'exposer à vos yeux, sous le jour le plus clair et le plus convaincant, l'importance de l'Union pour votre sûreté et votre prospérité politiques. Je suis entré dans le détail des dangers de tous genres auxquels vous seriez exposés, si vous laissiez rompre ou dissoudre par l'ambition, l'avarice, la jalousie ou des conseils perfides, ce lien sacré qui unit le peuple de l'Amérique. Dans la suite des recherches où je me propose de vous accompagner, les vérités dont je veux vous convaincre recevront une confirmation nouvelle de faits et de raisonnements nouveaux. Si la route qu'il vous faut suivre encore vous paraît quelquefois ennuyeuse et fatigante, vous vous souviendrez que l'objet de vos recherches est le plus important qui puisse exciter l'attention d'un peuple libre ; que le
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champ que vous avez à parcourir est vaste par luimême, et que les dilTicultés du voyage ont nécessairement été augmentées par les labyrinthes dont l'art des sophistes a embarrassé le chemin. Ce sera mon désir d'écarter les obstacles opposés à votre marche avec toute la brièveté possible, sans sacrifier l'utilité à la précipitation.
Suivant le plan que j'ai tracé pour la discussion du sujet, le premier point qui s'olTre à l'examen est « l'insuffisance de la Confédération actuelle pour le maintien de l'Union '). On demandera peut-être à quoi sert d'accumuler les raisonnements et les preuves à l'appui d'une proposition sur laquelle il ne s'élève ni contestation, ni doute, qui se trouve d'accord avec les sentiments et les opinions des hommes de toutes les classes, et ({ui, en substance, est admise par les adversaires de l.-i nouvelle Constitution aussi bien que par ses parlisans? Il faut reconnaître, en effet, que quelque divisés qu'ils puissent être à d'autres égards, ils semblent en général s'accorder pour reconnaître qu'il y a des défauts essentiels dans notre système national, et qu'il faut faire quel({ue chose pour nous soustraire à l'anarchie qui nous menace. Les faits qui appuient cette opinion ne sont plus des objets de spéculation. Ils se sont fait partout sentir au peuple, et ont fini par arracher, à ceux dont la mauvaise politique est la principale cause de nos malheurs, l'aveu forcé des défauts qui existent dans le plan de notre gouvernement fédéral, et qui, depuis longtemps, avaient été aperçus et déplorés par les partisans éclairés de l'Union.
On peut dire avec raison que nous sommes parvenus presque jusqu'au dernier degré d'humiliation nationale. De tout ce qui peut blesser l'orgueil d'une nation indépendante ou dégrader son caractère, il
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n'est presque rien dont nous n'ayons fait l'expérience. Y a-t-il des engagements à l'exécution desquels nous étions tenus par tous les liens respectés parmi les hommes? Ils sont violés continuellement et sans pudeur. Avons-nous contracté des dettes envers les citoyens étrangers et envers nos propres concitoyens à une époque de péril imminent pour la conservation de notre existence politique? Le paiement n'en est encore assuré par aucun gage satisfaisant. Une puissance étrangère possède-t-elle des territoires considérables et des postes importants ({ui, par des stipulations expresses, devraient, depuis longtemps, nous avoir été rendus? Ils sont toujours retenus, au mépris de nos intérêts et de nos droits. Sommes-nous en état de nous montrer sensibles aux attaques et de les repousser? Nous n'avons ni troupes, ni trésor, ni gouvernement (1). Sommesnous même en situation de nous plaindre avec dignité? Il faudrait commencer par écarter les justes reproches d'infidélité qu'on pourrait nous adresser relativement au même traité. Sommes-nous autorisés par la nature et par les traités à participer librement à la navigation du Mississipi? L'Espagne nous le défend. Le crédit public est-il une ressource indispensable dans les temps de danger public ? Nous semblons avoir abandonné sa cause comme désespérée et sans remède. Le commerce est-il important pour la prospérité d'une nation? Le nôtre <'st au dernier degré de dépérissement, La considération des puissances étrangères est-elle une sauvegarde contre leurs usurpations ? La faiblesse même de notre gouvernement ne leur permet pas de traiter avec nous. Nos ambassadeurs au dehors sont les vains simulacres d'une sonveraineté imaginaire.
(i) I" Je parle pour l'Union. » — Publius.
Une diininulion éiioi'iue oi peu naturelle dans le prix des terres est-elle un symptôme certain de la détresse nationale? Le prix des terres cultivées est, dans la plus grande partie du pays, au-dessous du taux où devrait naturellement le réduire la vente des terres incultes, et ne peut être parfaitement expliqué que par le défaut de confiance publique et privée, si généralement répandu dans toutes les classes et dont l'effet direct est de diminuer la valeur des propriétés de toute espèce. Le crédit privé est il l'ami et le patron de l'industrie? Ce procédé le plus utile de prêter et d'emprunter est réduit aujourd'hui dans ies limites les plus étroites, bie.i plus par la défiance que par la rareté de l'argent. Pour abréger une énumération de détails dont le résultat ne serait ni instructif ni agréable, on peut demander d'une manière générale quel est le symptôme de dépérissement national, de pauvreté et d'anéantissement dont puisse se plaindre une communauté aussi visiblement que nous favorisée par la nature, et qui ne soit pas au nombre de nos infortunes publiques?
Telle est la triste situation où nous ont réduits ces mêmes maximes, ces mêmes conseils par les- ([uels on s'efforce aujourd'hui de nous détourner d'adopter la Constitution proposée ; non content de nous avoir conduits au bord de l'abîme, on veut nous y précipiter. Mais aujourd'hui, mes chers concitoyens, frappés de tous les motifs qui doivent agir sur un peuple éclairt^ faisons une opposition ferme pour notre sûreté, notre tranquillité, notre dignité, notre réputation. Rompons enfin le charme fatal qui nous a trop longtemps entraîné loin du bonheur et de la prospérité.
Il est vrai, comme nous l'avons déjà observé, que des faits, trop évidents pour être contestés, ont pro-
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duit une sorte d'assentiment général à la proposition abstraite qu'il existe des défauts essentiels dans notre système national ; mais l'utilité de cet aveu, de la part des anciens ennemis des mesures fédérales, est détruite par leur opposition opiniâtre à un remède fondé sur les seuls principes qui puissent lui donner quelque chance de succès. En même temps qu'ils reconnaissent que le gouvernement des Etats-Unis est dépourvu d'énergie, ils ne veulent pas qu'on lui confère les pouvoirs nécessaires pour lui procurer cette énergie. Ils semblent aussi vouloir des choses contradictoires et inconciliables : augmenter l'autorité fédérale sans diminuer l'autorité des Etats ; proclamer la souveraineté de l'Union et l'indépendance absolue deses membres. Enfin, ils semblent conserver un attachement aveugle pour ce monstre politique, imperium in imperio. Cet état d'esprit rend nécessaire de développer les principaux défauts de la Confédération, afin de montrer que les maux dont nous souffrons ne tiennent pas à de petites imperfections de détail,, mais à des erreurs fondamentales dans la structure de l'édifice, erreurs qui ne peuvent être corrigées que par un changement total dans ses premiers principes et dans ses plus importants piliers. Le grand vice, le vice radical de la Confédération existante, c'est le principe de la législation pour les Etats ou les gouvernements, en leur capacité de corps ou de collectivités, distinctes des individus qui les composent. Quoiqu'on n'ait pas étendu ce principe à tous les pouvoirs délégués à l'Union, cependant il gouverne et dirige ceux dont dépend l'efficacité de tout le reste. Sauf la règle de la répartition, les Etats-Unis ont un pouvoir illimité de faire des réquisitions en hommes et en argent; mais ils ne peuvent s'en procurer par des règlements qui s'appliquent à tous les citoyens
de l'Amérique considérés individaellement. Il en résalte que, quoiqu'on théorie leurs décisions sur ces objets soient des lois constitutionnellement oJDligatoires pour les membres de l'Union, elles ne sont, en fait, que de simples recommandations que les Etats peuvent observer ou négliger à leur gré.
Un exemple frappant de la bizarrerie de l'esprit humain, c'est qu'après les avertissements que nous avons reçus de l'expérience à cet égard, il se trouve encore des hommes qui reprochent à la nouvelle Constitution de s'écarter d'un principe qui a été reconnu comme le vice radical de l'ancienne Gonstilution et qui est essentiellement incompatible avf:'c ridée de gouvernement; d'un principe, enfin, qui, s'il était admis, substituerait la force violente et sanguinaire des armes à la paisible autorité des magistrats.
11 n'y a rien d'absurde ni d'impraticable dans l'idée d'une ligue ou d'une alliance entre des nations indépendantes, pour des objets exactement fixés dans un traité qui détermine tous les détails de temps, de lieu, de circonstances, de quantités ; qui ne laissent rien à la discrétion des parties pour l'avenir et s'en remettent à leur bonne foi pour son exécution. Des conventions de ce genre existent entre toutes les nations civilisées ; elles sont sujettes aux vicissitudes ordinaires de la paix et de la guerre, d'observation et d'infidélité, suivant les intérêts ouïes passions des puissances contractantes. Vers le commencement du présent siècle, l'Europe fut saisie d'une fureur épidémique pour cette espèce de traités, dont les hommes politiques du temps attendaient avec conviction des avantages qui ne se réalisèrent jamais. Dans le dessein d'établir l'équilibre des pouvoirs et la paix dans cette partie du monde, toutes les ressources de la diplomatie furent épuisées; de triples et de
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quadruples alliances furent formées ; mais elles furent rompues presqu'aussitot formées ; elles apprirent à l'humanité, par un triste mais utile exemple, le peu de confiance qu'on doit avoir dans des traités qui n'ont d'autre sanction que les obligations de la bonne foi, et qui opposent des considérations générales de paix et de justice à l'influence d'un intérêt ou d'une passion actuelle.
Si les Etats particuliers, dans ce pays, sont disposés à établir entre eux de semblables rapports et à abandonner l'idée d'une siipérintendance générale discréliounaire, la combinaison sera, il est vrai, funeste et attirera sur nous tous les maux dont nous avons fait rénumération dans la première partie; mais elle aura, du moins, le mérite d'être logique et praticable. Abandonnant toute idée de gouvernement fédératif, elle formerait entre nous une simple alliance offensive et défensive; elle nous disposerait à devenir alternativement amis et ennemis, comme nous l'ordonneraient nos jalousies et nos rivalités mutuelles, entretenues par les intrigues des nations étrangères.
Mais si nous ne voulons pas nous placer dans cette situatioQ périlleuse, si nous adhérons encore au projet d'un gouvernement national, ou (ce qui est la même chose) d'un pouvoir supérieur sous la direction d'un Conseil commun, il faut nous résoudre à faire entrer dans notre comljinaison les principes qui peuvent être considérés comme formant la différence essentielle entre une ligue et un gouvernement ; il nous faut faire porter l'autorité de l'Union sur la personne des citoyens — les seuls objets véritables du gouvernement.
L'idée de gouvernement implique le pouvoir de faire des lois. 11 est essentiel à l'idée de loi, qu'il y ait une sanction ; en d'autres termes, qu'il y ait une peine, un châtiment pour le cas de désobéissance. S'il
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n'y a point de peine altacliée à la désobéissance, les résolutions, les ordres, décorés du nom de lois, ne seront autre chose que des avis ou des recommandations. Cette peine, quelle qu'elle puisse être, ne peut être infligée que do deux manières : par le ministère de Tribunaux et de juges, ou par le pouvoir militaire, par la force coercitive des tribunaux ou par la contrainte des armes. La première méthode ne peut s'appliquer évidemment qu'à des individus ; il faut, de toute nécessité, employer la seconde contre des Corps politiques, des Communautés, des [^]tats. Il est évident qu'il n'y a pas de décision de tribunal qui puisse les forcer, en dernier ressort, à l'observation des lois. On peut prononcer des sentences contre eux pour la violation de leur devoir; mais ces sen- , tences ne peuvent être mises à exécution que par l'épée. Dans une association où l'autorité générale appartient aux groupements de communautés qui la composent, toute violation des lois doit entraîner un état de guerre ; et l'exécution militaire devient le seul instrument qui puisse assurer l'obéissance. Un tel état de choses ne mérite certainement pas le nom de gouvernement ; un homme sage ne doit pas lui contîer son bonheur.
Il fut un temps où l'on nous disait que nous n'avions pas à craindre de voir les Etats violer les règlements faits par l'autorité fédérale ; que le sentiment de l'intérêt commun présiderait à la conduite des difTérents membres et assurerait l'obéissance complète aux réquisitions constitutionnelles de l'Union. Ce langage nous paraîtrait aujourd'hui extravagant, comme nous le paraîtra un jour tout ce que nous entendons dire aux gens du même parti, lorsque nous aurons reçu de nouvelles leçons du meilleur oracle de la sagesse, de l'expérience Ce langage dévoilait une profonde ignorance des causes qui déterminent
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la conduite des hommes, et un entier oubli des motifs qui ont fait, à l'origine, établir le pouvoir civil. Pourquoi a-t-on jamais établi un gouvernement? Parce que les passions des hommes n'obéissent pas toujours sans contrainte aux principes delà raison et de la justice. Est-il prouvé que les groupes d'hommes agissent avec plus de droiture et de désintéressement que les individus ? Ceux qui ont observé la conduite du genre humain ont toujours pensé le contraire ; et leur opinion est fondée sur des misons évidentes. La crainte de compromettre sa réputation a une influence moins active, quand la honte d'une mauvaise action doit être partagée entre un certain nombre de personnes, que lorsqu'elle doit retomber sur une seule. L'esprit de faction, dont le poison infecte si souvent les délibérations de tous les groupements humains, entraînera souvent les personnes qui les composent dans des fautes et dans des excès dont elles rougiraient si elles agissaient isolément.
En outre, il y a, dans la nature du pouvoir souverain, une impatience de la surveillance, qui dispose ceux qui sont investis de ce pouvoir, avoir d'un mauvais œil toute tentative faite pour restreindre ou diriger leurs opérations. De cet esprit, il résulte que, dans toutes les associations politiques qui, pour un intérêt commun, réunissent plusieurs souverainetés particulières, on trouve dans ces corps inférieurs et sul)ordonnés une tendance excentrique dont le perpétuel effort sera de les écarter du centre commun. Il n'est pas difficile de rendre compte de cette tendance. Elle prend sa source dans l'amour du pouvoir. Un pouvoir contrôlé ou restreint est presque toujours le rival et l'ennemi du pouvoir qui le contrôle ou le restreint. Cette simple proposition nous apprend combien peu nous avons de raisons d'espérer que les personnes chargées d'administrer les affaires des membres par-
ticuliers d'une Confédération soient toujours prêts à exéculor, do bonne volonté et avec une vue désintéressée pour le bien public, les résolutions et les décrets de l'autorité générale. Il faut on chercher la cause dans la constitution de la nature humaine.
Si donc les mesures de la Confédération ne peuvent être exécutées sans l'intervention des administrations particulières, il est peu d'espoir ([u'elles soient exécutées jamais. Les gouvernants des différents membres de la Confédération, que constitutionnellement ils en aient ou non le droit, essaieront toujours déjuger eux-mêmes de l'utilité de ces résolutions. Ils compareront la chose qui leur sera proposée ou ordonnée à leurs intérêts ou à leurs prétentions actuelles ; ils considéreront les avantages ou les inconvénients du moment, dont son adoption pourra être suivie. Yoilà ce qui arrivera ; ils le feront dans un esprit de recherche intéressée et soupçonneuse, sans cette connaissance des circonstances nationales et des raisons d'Etat, qui est essentielle pour porter un jugement sain ; ils le front avec une prédilection marquée pour des considérations locales, qui ne peut manquer de les égarer dans leur décision. La même marche sera suivie par tous les membres dont le Corps est formé, et l'exécution des plans, formés par les Conseils de la communauté, llottera au gré des opinions peu éclairées et prévenues de chacune des parties de la Confédération. Les personnes qui consulteront la marche des assemblées populaires, et qui ont vu combien il est souvent difficile, lorsque la présence d'un danger extérieur ne leur en fait pas sentir la nécessité, de les accfH'der sur les points les plus essentiels, concevront aisément l'impossibilité de déterminer un certain nombre d'assemblées de ce genre, délibérant dans des lieux et dans des temps différents et sous
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des impressions diverses, à coopérer longtemps vers le même but avec des vues uniformes.
Dans notre cas, le concours de treize volontés souveraines est requis, d'après la Confédération, pour déterminer l'exécution de toutes les résolutions importantes qui émanent de l'Union. 11 est arrivé ce qu'on avait prévu. Les résolutions de l'Union n'ont pas été exécutées ; les fautes des Etats les ont amenés pas à pas à l'extrémité qui a fini par arrêter tous les rouages du gouvernement national, et les tiennent dans une immobilité effrayante. A présent, le Congrès est à peine en état de conserveries formes de l'administration, jusqu'au moment oi^i les Etats seront convenus de mettre quelque chose de réel à la place du fantôme actuel de gouvernement fédératif. Les choses n'en sont pas venues tout d'un coup à cette extrémité désespérée. Les causes dont j'ai parlé ont produit tout d'abord quelques différences dans l'exécution par les Etats particuliers des réquisitions du Congrès. Les fautes plus graves de quelques Etats ont fourni le prétexte de l'exemple et la séduction de l'intérêt aux Etats qui s'étaient acquittés de leur devoir, ou qui s'en étaient le moins écartés. Pourquoi ferions-nous plus que ceux qui se sont embarqués avec nous dans le même voyage politique? Pourquoi porterions-nou^ plus que notre part du fardeau couimun? Telles furent les suggestions auxquelles l'égoïsme des hommes ne sut pas résister; et que les observateurs qui en prévoyaient les conséquences les plus éloignées ne purent combattre sans hésitation. Chaque Etat cédant à la voix persuasive de l'intérêt immédiat ou de l'utilité du moment, a successivement retiré son appui, au point que l'édifice frêle et vacillant semble aujourd'hui prêt à s'écrouler sur nos têtes et à nous ensevelir sous ses ruines. Publtus.
Dn Neic-York Packet, mardi, i drcembre 1787 .
LE FÉDÉRALISTE, N^ xvi
(Hamilton)
Au peuple de VEiat de Aeio-York :
Le résultat auquel tend le principe de légiférer pour les Etats ou pour les communautés en leur capacité politique n'est pas seulement prouvé par notre expérience personnelle; il est attesté également par l'exemple de tous les autres gouvernements du genre fédéra tif sur lesquels nous avons quelques renseignements ; et cette tendance est en raison directe de l'influence de ce principe dans ces systèmes. Les conlirmations de ce fait mériteraient un examen sérieux et particulier. Je me contenterai d'observer simplement ici que, de toutes les Confédérations de l'antiquité dont l'histoire nous a été conservée, la ligue Lycienne et la ligue Achéenne, si l'on en peut juger par les traces qui nous en restent, paraissent avoir été à peu près libres des entraves de ce faux principe; ce sont aussi celles qui ont le mieux mérité et le plus généralement obtenu les suffrages élogieux des écrivains politiques.
Ce dang-ereux principe peut, véritablement et expressément, être appelé le père de l'Anarchie. On a vu que la désobéissance parmi les membres de l'Union en est la suite naturelle et nécessaire, et que, dès qu'elle se manifeste, le seul remède constitutionnel est la force ; et que l'effet immédiat de l'emploi de la force est la guerre civile.
Il reste à rechercher comment un si odieux moyen de gouvernement pourrait atteindre, parmi nous, le but auquel il serait destiné. Si le goavernement na tional n'avait pas constamment à sa disposition une grande armée, ou bien il ne pourrait pas employer la force, ou s'il le pouvait, il en résulterait une guerre entre les différentes parties de la Confédération, à raison des infractions commises à une alliance dans laquelle le parti le plus puissant l'emporterait, soit qu'il défendit l'autorité générale, soit qu'il la méconnût. Il arriverait rarement que la désobéissance à réprimer existerait chez un seul membre, et s'il existait plusieurs membres qui eussent négligé leurs devoirs, l'identité de leur situation les engagerait à s'unir pour leur défense commune. Indépendamment de ce motif de sympathie, si un Etat considérable et puissant s'élevait comme agresseur, il aurait vraisemblablement assez de poids sur ses voisins, pour entraîner quelques-uns d'entre eux et les associera sa cause. On trouverait aisément les prétextes spécieux du danger couru par la liberté commune ; on inventerait sans peine des excuses plausibles pour justifier la désobéissance d'un parti, pour faire naître les appréhensions, exciter les passions et se concilier la bienveillance des Etats mêmes qui n'auraient à se reprocher aucune violation, aucune omission de leurs devoirs. Cet effet est d'autant plus vraisemblable, que les manquements des membres les plus considérables de l'Union auraient le plus souvent
pour cause les desseins ambitieux de leurs gouvernants et le désir d'écarter tout contrôle extérieur sur leurs plans d'agrandissement personnel ; pour y réussir plus sûrement, ils auraient soin de se concerter à l'avance avec les notables dirigeants des Etats voisins. S'ils ne trouvaient pas d'associés dans l'intérieur, ils invoqueraient le secours des Puissances étrangères, toujours disposées à fomenter la discorde dans une Confédération, dont l'union parfaite serait si redoutable pour elles. Quand l'épée est une fois tirée, les passions des hommes ne connaissent plus les bornes de la modération. Les conseils de l'orgueil blessé, les instigation^ du ressentiment irrité, pourraient porter les Etats menacés par les armes de l'Union à toutes les extrémités qui leur offriraient le moyen de venger l'affront ou d'éviter la honte d'une soumission. La première guerre de ce genre finirait probablement par la dissolution de l'Union,
On peut considérer ceci comme la mort violente de la Confédération. Sa mort plus naturelle est celle que nous sommes sur le point de lui voir éprouver, si le système fédéral n'est pas promptement renou- A'elé sous une forme plus substantielle. 11 n'est pas probable, si l'on considère le génie de ce pays, que les Etats soumis se déterminent souvent à soutenir Tautorité de l'Union par une guerre contre les Etats rebelles. Ils seraient bien plus disposés à prendre le parti plus doux de se placer dans la même situation que les Etats délinquants en suivant leur exemple. Et le crime de tous assurerait ainsi l'impunité de tous. Notre expérience passée a mis en pleine lumière l'action de cet état d'esprit. En fait, il y aurait une difficulté insurmontable à fixer avec certitude le moment où il conviendrait d'employer la force. Sur l'article delà contribution pécuniaire, qui serait la source
POUR LE MAINTIEN DE l'UNION 12i
la plus féconde de contraventions, il serait souvent impossible de décider si elles sont l'effet de la mauvaise volonté ou d'une impossibilité. Le prétexte de la dernière de ces causes serait toujours invoqué : Et il arriverait bien rarement f[ue la fraude serait découverte avec une évidence suffisante pour justifier les moyens rigoureux de contrainte. Il est facile de voir que ce problème seul, aussi souvent qu'il se présenterait, ouvrirait un vaste champ pour l'exécution des projets factieux, pour la partialité et pour l'oppression, à !;< majorité qui dominerait dans le Conseil national.
Il ne semble pas difficile de montrer que les Etats ne doivent pas adopter un gouvernement national, qui ne pourrait agir qu'à l'aide d'une grande armée continuellement sur pied pour exécuter les réquisitions ordinaires ou les décrets du gouvernement. FA c'est pourtant l'inévitable alternative où se trouvent réduits ceux qui lui refusent le pouvoir d'agir sur les individus. Un tel système, s'il était praticable, dégénérerait aussitôt en despotisme militaire ; mais iî est à tous égards impraticable. Les ressources de l'Union ne suffiraient pas à l'entretien d'une armée assez considérable pour retenir les plus grands Etats dans les limites de leur devoir ; et on ne lui fournirait pas les moyens de former une armée dès le début. Quiconque considère la population et la force de plusieurs de ces Etats dans le moment actuel, et prévoit ce qu'ils peuvent devenir même dans l'espace d'an demi-siècle, rejettera, comme une folle vision, tout plan qui tiendrait à régler leurs mouvements par des lois qui agiraient sur eux en tant que collectivités, et qui seraient exécutées par une contrainte dirigée contre eux en la même capacité. Un projet de ce genre n'est guère moins fantastique que l'esprit qui estattribué aux fameux héros et demi-dieux de l'antiquité.
Dans ces Confédérations mêmes qui ont été composées de membres plus petits que quelques-uns de nos comtés, le principe de légiférer pour des Etats souverains, avec l'appui de la contrainte militaire, est toujours resté sans elïets. On a rarement tenté d'employer la force, si ce n'est contre les plus faibles membres de la Confédération ; et, très souvent, les tentatives pour réprimer les résistances et la désobéissance ont été le signal de guerres sanglantes dans lesquelles une moitié de la Confédération a déployé ses étendards contre l'autre.
Le résultat de ces observations, pour un esprit intelligent, est certainement celui-ci : s'il est possible, à quelque prix que ce soit, de former un gouvernement fédératif capable de régler les intérêts communs et de maintenir la tranquillité générale, il doit être fondé, relativement aux objets confiés à ses soins, sur le principe contraire à celui que soutiennent les adversaires de la Constitution proposée. Il doit avoir une action directe sur la personne des citoyens. Il ne doit pas avoir besoin de législations intermédiaires; mais il doit lui-même avoir le pouvoir d'employer les armes, à l'aide desquelles les magistrats ordinaires exécutent leurs propres décisions. La majesté de l'autorité nationale doit se manifester par le moyen des cours de justice. Le gouvernement de l'Union doit, comme celui de chaque Etat, être en mesure de correspondre directement avec les espérances et les craintes des individus, et intéressera sa défense les passions qui ont l'influence la plus puissante sur le cœur humain. Il doit, enfin, pour l'exercice des pouvoirs qui lui sont confiés, posséder tous les moyens et être autorisé à employer toutes les méthodes que possèdent et qu'emploient les gouvernements des Etats particuliers.
On objectera peut-être à ce raisonnement que, si