PREFACE XVII
La première, c'était l'Empire d'Allemagne où les princes et villes libres qui le composaient, quoique se prétendant souverains et l'étant en principe (1), voyaient cependant au-dessus d'eux une autorité supérieure, la Diète de l'Empire et surtout la Chambre impériale, à qui l'on pouvait appeler de leurs jugements, « laquelle, establie par les Estats de l'Empire, a puissance de confirmer ou d'infirmer les sentences des princes et des villes : et comment pourroit-on casser leurs jugements s'ils estoient souverains (2) ». Les auteurs du Fédéraliste ont certainement utilisé l'exemple de l'Empire, surtout, comme on le verra plus loin, en ce qui concerne le pouvoir judiciaire. Cependant on ne le comptait point anciennement parmi les Confédérations d'Etats. On le considérait généralement comme une monarchie féodale, d'un genre particulier ; presque seulBodin, qui ne voulait admettre que la monarchie absolue, lui refusait ce titre et y voyait un Etat aristocratique, l'aristocratie consistant dans les princes et villes libres qui figuraient à la Diète (3). Il est vrai que Montesquieu avait classé l'Empire parmi les républiques fédératives (4) ; mais parmi celles
(1) Le Fédéraliste, p. 144.
(2) BoDiN, Les six livres de la République, édit. Genève, 1629, L. I, ch. IX, p. 216.:
(3i Les six livres de la République, 1. II, ch. iv, pages 320 et s. I. H. ch. v,p. 301 ; 1. II, ch. i, p. 261.
(i) Esprit des lois, 1. IX, ch. i : « C'est par là que la Hollande, l'Allemagne, les villes suisses sont regardées en Europe comme des Képubliques perpétuelles. » Cf. Rodin, p. 326 : « En quoy plusieurs s'abusent qui fout autant de Républiques comme il y a de princes et de villes impériales. Nous avons montré ci-dessus le contraire. »