‹ Le fédéraliste (commentaire de la constitution des États-Unis) recueil d'articles écrits en faveur de la nouvelle constitution telle qu'elle à été adoptéeChapitre 63 sur 103 · PRÉTENDU DANGER COURU · texte numérisé non relu

PRÉTENDU DANGER COURU

mêlent tant d'amertume aux bienfaits de la liberté, et contre ces 6hil)lissoments militaires qui finissent toujours par en empoisonner la source; si, en un mot, l'Union est essentielle au bonheur du peuple d'Amérique, n'estil pas absurde d'opposer comme une objection à un gouvernement, sans lequel le but de l'Union ne peut pas être atteint, qu'un gouvernement semblable peut diminuer Timportance des gouvernements des Etats particuliers ? La Révolution américaine a donc été accomplie, la Confédération américaine a donc été formée, le sang précieux de milliers d'atomes a donc été versé, et tant de millions si péniblement acquis ont donc été dépensés non point pour assurer au peuple d'Amérique la paix, la liberté et la sécurité, mais pour faire jouir les gouvernements des Etats, certains établissements locaux d une certaine étendue de pouvoir, de certaines dignités et de certains attributs de la souveraineté? Nous avons entendu, dans l'ancien monde, la doctrine impie que le peuple était fait pour les rois et non les rois pour le peuple. Est-ce la même doctrine que l'on veut faire revivre dans le Nouveau Monde sous une autre forme — à savoir que le bonheur véritable du peuple doit être sacrifié aux intérêts d'institutions politiques d'une forme différente? Les politiciens se sont trop pressés de croire que nous oubHerions que le bien public, le bonheur réel du grand corps du peuple doit être le premier objet de nos efforts, et qu'aucune forme de gouvernement, quelle qu'elle soit, n'a de valeur que lorsqu'elle peut être capable d'atteindre ce but Si le plan de la Convention devait nuire à la prospérité générale, mon vote serait : Rejetons le plan. Si l'Union elle-même était incompatible avec le bonheur du peuple, je dirais : Détruisons l'Union. Et, de même, si la souveraineté des Etats ne peut ctre conciliée avec le

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bonheur du peuple, la voix de tout bon citoyen doit être que la première soit sacrifiée au second. Dans quelle mesure ce sacrifice est nécessaire, c'est ce que nous avons montré. Jusqu'à quel point la partie non sacrifiée est en danger, c'est la question qu'il nous faut examiner.

Dans le cours de ces articles, il a été présenté des considérations importantes qui ne permettent pas de croire que l'exercice du gouvernement fédéral deviendra jamais falal aux gouvernements des Etats. Plus j'y réfléchis, plus je suis persuadé que l'équilibre sera rompu par la prépondérance des derniers plutôt que par celle du premier.

Nous avons vu, dans tous les exemples de Confédérations anciennes et modernes, les membres tendre, très fortement et continuellement, à dépouiller le gouvernement général de son autorité, et ce dernier tout à fait impuissant à se défendre contre les empiétements. Il est vrai que, dans la plupart de ces exemples, le système de gouvernements a été si différent de celui qui est soumis à notre examen, que cela affaiblit considérablement toute induction qu'on })Ourrait tirer du sort des unes an sort de Tautre ; cependant, comme les Etais, dans la Constitution proposée, conserveront une portion très considérable de souveraineté active, il ne faut pas complètement écarter l'induction. Dans la ligue Achéenne, il est probable que l'autorité fédérale avait nn degré et une forme de pouvoir qui lui donnait une ressemblance considérable avec le gouvernement établi par la Convention. La Confédération Lycienne, d'après ce qui nous a été transmis de ses principes et de sa forme, doit avoir présenté une analogie encore plus grande avec la Constitution proposée. Cependant, l'histoire ne nous apprend pas qu'aucune des deux ait jamais dégénéré ou tendu à dégénérer en un gou-

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vernement unitaire. Au contraire, nous savons que la ruine de l'une d'elles fut causée par l'impuissance où fui l'autorité fédérale de prévenir les dissensions, et, en lin de compte, la désunion des autorités subordonnées. Ces faits sont d'autant plus dignes de notre attention ([iie les causes extérieures, qui unissaient les parties conslitnnntes de ces Confédératious, étaient beaucoup plus nombreuses et beaucoup plus puissantes que cliez nous ; et, qu'ainsi, des liens moins puissants auraient suffi à unir les membres à l'autorité centrale et aux autres membres.

Dans le système féodal, nous avons vu un autre exemple de la même tendance. Bien qu'il n'y eût, en aucun cas, de sympalbie véritable entre les seigneurs locaux et le peuj)]e; bien qu'il existât quelquefois do la sympathie entre le souverain général et le peuple, il arrivait d'ordinaire que, dans les tentatives d'empiétements, c'étaient les seigneurs locaux qui l'emportaient. Si des dangers extérieurs n'eussent rendu l'harmonie et la subordination nécessaires, si, en particulier, les seigneurs locaux eussent possédé l'affection du peuple, les grands Royaumes de l'Europe seraient aujourd'hui partagés entre autant de princes indépendants, qu'il y avait anciennement de barons feudataires.

Les gouvernements des Etats auront l'avantage sur le gouvernement général, si nous les comparons quant à leur dépendance immédiate récipr^oque, quant au degré d'influence personnelle qu'ils posséderont, quant à leurs pouvoirs respectifs, (iriant à l'affection et à l'appui proljable du peuple, quant à la volonté et aux moyens de résister aux mesures de l'autorité rivale et d'en arrêter l'effet.

Les gouvernements des Etats peuvent être regardés comme parties constituantes et essentielles du gouvernement fédéral, tandis que celui-ci n'est nul-

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