‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 17 sur 78 · DEFAUTS QUE L AGE CORRIGE · texte numérisé non relu

DEFAUTS QUE L AGE CORRIGE

J'entendais Pautre jour une jeune mère énoncer une théorie assez en faveur de nos jours. Elle déclarait qu'on ne peut toujours gronder ou reprendre les enfants (ce qui est vrai), et elle établissait une distinction entre les défauts qui peuvent grandir et subsister, l'âge venant, et ceux que les années doivent nécessairement supprimer. Ainsi, elle admettait qu'on reprenne la gourmandise, la colère, la paresse, mais prétendait négliger l'absence de politesse, létourderie, le manque de soin, le défaut d'attention pour les autres, la turbulence excessive, etc.

Exemple : fermons les yeux si Bébé, même en visite, touche indiscrètement aux livres, aux bibelots, grimpe sur les sièges, interrompt la conversation.* C'est de son âge, dit

mon amie. Quand elle sera grande, elle n'aura pas l'idée de déranger les bibelots ou de mettre les pieds sur un fauteuil. » Oui, mais quand elle sera grande, comme elle n'aura pas appris à avoir soin du bien d'autrui, ni à éviter ce qui ennuie ou gêne les autres, elle sera une parfaite égoïste.

Notez que j'admets en partie la théorie, c'està-dire que je pense, moi aussi, qu'il faut parfois, de peur de faire prendre l'autorité en horreur, fermer les yeux sur certaines petites choses, ne tirant pas à conséquence et faites sans mauvaise intention. Mais comme ces petites choses tiennent à une mauvaise racine, il faut extirper cette racine qui, avec le temps, ne produirait plus de peccadilles, mais des résultats bien plus graves. L'enfant qui n'aura jamais appris à se contraindre, à se gêner pour les autres, ne causera pas plus tard le désordre matériel que vous lui passez si aisément ; mais elle n'imposera pas de frein aux fantaisies autrement fâcheuses qui éclosent dans sa tête indomptée.

Ce qu'il faut, donc, ce n'est pas gronder sans cesse, mais c'est inspirer en toutes circonstances le respect d'autrui. Point n'est besoin d'un long sermon: un mot affectueux dit en passant, une remarque faite à propos, agiront bien mieux sur

ELEVER LES ENFANTS llj

l'esprit et le cœur d'un enfant. Ce qui ennuie et fatigue ces petits êtres, c'est de s'entendre gronder sans cesse^ c'est de trouver chez les parents un fonds d'acrimonie et d'impatience.

En un mot, ne considérez pas tant les fautes des enfants que la racine dont elles proviennent, le mobile qui les inspire. En fermant quelquefois les yeux sur les manifestations, surveillez ce mobile, combattez-le. Et de tous les germes mauvais, l'égoïsme est le plus terrible, parce qu'il étouffe tout ce qui est bon dans le caractère, et dessèche tout ce que le cœur pourrait donner.

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