‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 18 sur 78 · RESPECT · texte numérisé non relu

RESPECT

Le mot respect, vespectus, vient de respicei^e, regarder. C'est donc un regard, que le respect, le regard révérencieux de l'esprit et du cœur. « La considération du divin dans les êtres », voilà une belle définition du respect de Mgr Baunard. Mais regarder ainsi, il faut s'élever haut pour remonter à la source. Il faut, pour

nous résumer, apprendre aux enfants que l'autorité découle directement de Dieu; les autres raisons ne viennent qu'après celle-là; et, loin ' de leur enlever l'importance qu'elles ont en | elles-mêmes, elle les appuie. Mais ceux qu'ils doivent respecter, regarder, ont le devoir de les aider d'abord en leur montrant le divin qui est en eux, puis en ajoutant à l'autorité, au principe, les qualités qui le renforcent, en leur facilitant, en un mot, ce devoirfondamental de toute éducation.

Envers les parents.

Les enfants se posent volontiers en égaux de leurs parents quand ils ne prétendent pas les dominer ou les morigéner. Mais toute question comporte forcément plus d'une face, et quelque incontestable que soient les torts de ceux qui manquent au respect, il est peut-être aussi d'autres torts, moins graves, je le veux bien, mais réels, de la part de ceux à qui on le refuse.

Certes, je le répète, il existe pour les parents un droitsolennel au respect, un droit qu'ils tiennent de Dieu même. Par cela seul qu'on est un père,

une mère, on a le devoir d'exiger le respect. Mais il est rare, surtout à notre époque, qu'on ait inculqué aux enfants un attachement assez vif aux principes pour qu'ils pratiquent le respect pour lui-même, parce qu'il est dans Tordre, parce qu'il est un devoir. Nos enfants prétendent s'appuyer sur des personnalités, et raisonner le respect qu'ils nous rendent. Si nous ne visons pas à le leur inspirer, ils s'en dispenseront plus aisément qu'autrefois. Or, plus qu'autrefois aussi, les parents et les maîtres se dispensent des qualités qui, en plus des principes, commandent et attirent le respect.

Ces qualités sont diverses. D'abord, il faut de toute nécessité être juste. L'injustice révolte, et appelle la désobéissance aussi bien que l'insolence. Il ne faut pas avoir deux poids et deux mesures ; il faut être égale, ne pas tolérer aujourd'hui ce qu'on défendra demain, ne pas reprendre violemment, par humeur, ce qu'on laissera passer à un autre moment, par excès d'indulgence ou de faiblesse. Il ne faut pas refuser d'entendre la défense de ceux qu'on accuse, ne pas croire trop vite le mal qu'on nous dit d'eux.

De l'esprit de justice découlent beaucoup de vertus, entre autres l'abnégation. Un caractère

égoïste OU seulement personnel, attaché outre mesure à ses idées, ne sera jamais juste, parce qu'il pèsera de tout son poids du côté où il croit voir son intérêt ou ses opinions. Si l'on est personnel ou entêté, ou obstiné dans ses jugements, on n'inspirera pas le respect, qui, pour être complet^ entraîne un certain genre de confiance ou de foi.

La familiarité outrée est encore un obstacle au respect. Sans tenir les enfants à distance, il ne faut pas oublier sa situation vis-à-vis d'eux. La familiarité détruit l'habitude de l'obéissance et enlève peu à peu jusqu'à la faculté de commander. Le défaut opposé (la raideur et la sévérité), n'inspire pas davantage le respect : il produit seulement la crainte. Enfin, le caprice, l'humeur, la mobilité, sont pour les enfants des raisons, mauvaises, il est vrai, mais en apparence plausibles, pour se dispenser du respect.

Envers les maîtres.

Certes, il y a à notre époque une tendance fatale à l'indépendance, à la révolte; un souffle

mauvais passe dans l'air et ébranle le respect dans les jeunes âmes. Mais n'est-ce pas aux mères qu'il appartient d'atténuer ce souffle, si elles ne peuvent tout à fait l'empêcher d'arriver jusqu'à leur foyer? Ne sont-elles pas pour quelque chose dans la tendance qu'elles déplorent, et ne s'étonnent-elles pas un peu naïvement de voir croître une plante dont leurs propres mains ont semé la graine?

Vous vous plaignez de ce que vos enfants manquent envers leurs professeurs de respect et d'obéissance. Mais n'avez-vous pas à vous reprocher d'avoir critiqué ces maîtres devant ceux mêmes que vous leur confiez? Cent fois j'ai entendu des parents blâmer devant leurs enfants la méthode d'instruction, la direction, la sévérité, l'injustice des professeurs, donner raison aux élèves contre les maîtres, et leur dire même carrément qu' « il faut en prendre et en laisser ». Combien de mères ne résistent pas à la tentation de rire des ridicules, des manières, des gaucheries dont peuvent être affligés institutrices ou professeurs?

De deux choses l'une : ou ceux-ci ne méritent pas votre confiance, et alors il faut les changer, ou ils la justifient, et alors vous devez donner à vos enfants l'exemple des sentiments

qu'ils doivent témoigner à ceux qui les instruisent, vous gardant d'ébranler non seulement leur autorité par une critique, mais même leur prestige par une raillerie.

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