PARTI PRIS
Un des points les plus importants, en éducation, c'est n'avoir pas de parti pris, arrêté d'avance^ de systèmes que l'on soit décidé à appliquer bon gré mal gré, sans tenir compte des natures, du caractère, des circonstances.
Au point de vue physique, il 3^ a des tempéraments à ménager, et d'autres auxquels les ménagements sont contraires. Et ce n'est pas une des moindres difficultés de l'hygiène maternelle de savoir distinguer si la santé de l'enfant ne peut supporter le froid, la chaleur, la fatigue dans telles ou telles conditions, ou si, au contraire, un certain mépris des précautions doit l'endurcir contre certains maux et le fortifier.
On ne peut traiter les faibles et les délicats comme les forts. En voici un que le changement de température enrhume, qu'une légère
ELEVER LES ENl'ANTS I33
fatigue enfièvre ; allez-vous l'exposer au froid sans précautions, le laisser marcher ou courir comme celui que rien n'atteint, qui a besoin de dépenser ses forces? En principe, le grand air, les exercices sont bons; eh bien ! par des soins intelligents, avec une sage gradation, préparez l'enfant délicat à les supporter sans danger.
Il en est du tempérament moral comme du tempérament physique. Il est rare qu'une mère de famille puisse élever de la même manière des enfants se trouvant cependant dans les mêmes conditions extérieures, et exposés aux mêmes influences, A des natures qui demandent à être ménagées, il faut, tout en les élevant soigneusement, doser la répression, et l'envelopper de certains ménagements. Vous pouvez déplorer qu'une de vos filles soit nerveuse, impressionnable ; mais si vous voulez réagir par un traitement que j'appellerai homéopathique, vous donnez, sous prétexte de réaction, des secousses qui ébranlent le système nerveux pour toujours. Donnons ici un exemple. Une enfant a, je suppose, la terreur des ténèbres; c'est une faiblesse, vous voulez l'en guérir, vous avez raison. Mais pour cela, allez-vous la forcer à aller toute seule dans une chambre noire ? Ce moyen peut tout simplement la faire tomber en épi-
Le feininiMuc 8
îepsie^ étant trop violent pour son tempérament. Au lieu de la brusquer, prenez-la par la main, allez avec elle dans les ténèbres, répétez souvent la même chose, et graduellement, envo3^ez-la chercher tel objet qu'elle désire, d'abord dans une chambre voisine, puis, plus loin. En V habituant au lieu de la forcer, vous arriverez à un résultat plus certain.
Tel caractère se cabre devant une punition humiliante, devant une parole trop sévère; sachez prévenir la révolte et la violence. Tel autre, très défiant et timide, non seulement reconnaît aisément ses torts, mais est disposé à s'en trouver d'imaginaires, et à se croire incapable de bien faire ; un reproche trop vif, un blâme trop caractérisé lui ôtera l'énergie, le découragera ; sa santé morale est délicate : évitez les heurts et les douches froides.
Un autre est sensible à Texcès : un rien peut vous ôter sa confiance; sachez être douce, Tenvelopper d'affection.
Je recommande ces réflexions aux mères et aux institutrices. Bien qu'on ne doive pas ménager les enfants quant au fond, il faut savoir se plier, dans la forme, à leurs divers caractères, consulter le degré de leur force morale, et proportionner la réprimande, la punition, ou l'eftbrt
LLEVER LES EXTAXTS I35
exigé, à la capacité qui est en eux pour agir ou pour subir.
Mais par contre, quand il s'agit de natures droites, énergiques, en mesure de soutenir la vérité, assez loyales pour accueillir un bon conseil, d'où qu'il vienne, assez désireuses de leur perfectionnement pour profiter de tout ce qui le procure, les ménagements sont moins nécessaires, et l'on peut goûter la joie de leur faire du bien sans s'astreindre aux mêmes précautions que pour les tempéraments mièvres.