‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 20 sur 78 · LA PERSONNALITE CHEZ LES EDUCATRICES · texte numérisé non relu

LA PERSONNALITE CHEZ LES EDUCATRICES

L'autre jour, je causais avec une petite fille qui, dans sa naïveté, me révélait sans s'en douter un des grands travers de l'éducation, celui qui consiste, de la part des parents ou des maîtres, à apporter dans la répression ou la réprimande, non pas la notion exacte de la justice^ mais la note très fantaisiste de leurs impressions personnelles.

« Maman ne me gronde jamais quand je <^ travaille mal, » disait-elle. « Elle est très

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«bonne; elle ne gronde que quand je déchire « mes robes ou que je casse quelque chose. »

Hélas ! il y a dans ces mots inconscients la révélation d'un système d'éducation vraiment étrange, mais qui n'est que trop pratiqué de nos jours. On ne reprend pas l'enfant pour ce qui est vraiment mal, pour ce qui provient d'un défaut, d'un germe mauvais ; on n'essaie pas de corriger en lui ce qui lui fait tort à lui-même ; — mais on crie, on tonne, on punit, quand une maladresse involontaire ou une négligence excusable nous ont atteintes nous-mêmes dans nos habitudes, notre propriété, notre tranquillité.

Que l'enfant néglige ses obligations, on ne dit rien ; la paresse, l'absence du sentiment du devoir auront à leur gré raison de cette jeune âme. Qu'il désobéisse, on se tait encore, surtout si l'on n'est pas directement en cause, et l'orgueil, la révolte raidiront cette nature, qui reste si peu de temps malléable. Nous excuserons les colères, nous feindrons d'ignorer les mensonges. C'est si ennuyeux de gronder! Mais en revanche, une petite main étourdie briset-elle une porcelaine à laquelle nous tenons, une tache paraît-elle sur le vêtement mignon qui flattait notre vanité maternelle, la mémoire enfantine fait-elle défaut dans la récitation d'une

fable ou rexécution d'un morceau de piano dont notre amour-propre croyait être satisfait, nous perdons toute mesure, nous accumulons les reproches,, nous prononçons le grand mot de me'chanceté, confondant ainsi les idées de l'enfant, faussant la notion du bien et du mal dans sa conscience. En effet, de cette singulière éducation, il semble résulter que c'est une peccadille de se laisser aller à tous ses mauvais instincts, mais que la maladresse et l'étourderie sont des crimes dignes de tous les châtiments.

Ce résultat est fâcheux ; mais il en est un autre. Il viendra une heure où, sans peutêtre bien définir ces questions^ l'enfant comprendra que vous êtes indifférente à la grande question du bien et du mal, jusqu'au moment où ses défauts ou ses travers vous atteignent personnellement. Il sentira que sa mère n'est point impartiale. Et, du jour où il aura rencontré chez vous la personnalité, c'en sera fait, et à jamais, de votre influence. L'enfance peut admettre la sévérité, à la condition qu'elle soit juste et qu'elle tende à son propre bien. Mais dès qu'il aura constaté que c'est le dommage ou l'ennui qui vous est causé que vous poursuivez si âprement, l'idée de justice dé-

posée en son âme sera profondément froissée, et par là même tout conseil, toute direction, tout châtiment se trouveront frappés de stérilité. Sachez donc éclairer toutes choses de la lumière vraie, du jour de la raison, de la justice ; que chaque fait ait son influence réelle et non convenue^ sa valeur vraie, et non pas exagérée, dénaturée par la passion ou l'égoïsme. Agir autrement serait déformer Tâme de l'enfant. Que, dès ses premières années, il voie tout mesuré à la grande règle divine qu'il comprend vite être plus haute que tout caprice humain ; qu'il sache bien qu'on le reprend, non parce que ses défauts affectent les nerfs de sa mère, mais parce que sa mère obéit, en les réprimant, à la loi dont Dieu lui-même lui a confié l'enseignement.

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