LECTURES
Ce n'est pas assez de préserver les jeunes filles des mauvaises lectures : il faut leur en inspirer rhorreur, et baser les motifs de votre sévérité à cet égard. Un mauvais livre est un mauvais conseiller, une mauvaise compagnie, et l'on peut en dire ce que l'on répète pour les mauvaises fréquentations : « Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es. »
2° Les lectures futiles. Je n'appellerai pas telles celles qui sont une distraction, une diversion à un travail sérieux. J'ai vu des hommes graves s'amuser aux Mémoires d'un âne, et rire de tout leur cœur en lisant le Général Dourakine ou V Histoire de Gribouille. L'esprit a besoin de détente, la lecture qui la donne n'est pas futile. J'appelle de ce nom celle qui n'apporte rien, ni à l'intelligence, ni au cœur, ne laisse aucune bonne pensée, ne suscite pas une réflexion sérieuse. Et combien est-il de livres qui ne donnent rien, ne provoquent rien! C'est le vide, la frivolité. Le temps donné à une telle lecture est absolument perdu, et il est si précieux, il peut être si utilement employé, que c'est un peu un crime de le gaspiller ainsi.
3" Les bons livres. Un bon livre ? Un livre par excellence serait celui qui aurait le cachet du vrai, du beau et du bien. Le vrai^ comment
le reconnaître ? Tout ce qui est contraire aux enseignements de l'Evangile, aux principes du Décalogue, aux doctrines de l'Eglise, s'écarte du vrai.
Le beau, le vrai beau, et c'est en même temps le bien, c'est celui qui joint aux nobles et grandes pensées le style qui leur convient ; il laisse dans l'âme une impression profonde, élève les sentiments. Joubert a dit que « plus une parole ressemble à une pensée, une pensée à une âme, une âme à Dieu, plus tout cela est beau. » Appliquez cela au livre pour mesurer sa beauté.
Habituez de bonne heure les Jeunes filles aux lectures sérieuses; autrement, si le pli n'en est pris un peu tôt, on le donnera difficilement plus tard. Graduez ces lectures selon le genre d'esprit de l'enfant ; mais j'ai remarqué cent fois combien, tout jeunes, il s s'intéressent aux lectures sérieuses. Pour s'en rendre compte il suffit de faire devant eux, pas pour eux, sans exiger leur attention par conséquent, une lecture sur quelque sujet que ce soit. S'ils sont cinq, il 3^ en aura trois au moins qui écouteront.
J'ai dit : pas pour eux, parce que très souvent les enfants pensent que ce qui les intéresse ne saurait nous intéresser, et ils ne prêtent attention aux choses que dans la mesure