EDUCATION DE LA SENSIBILITE I
peut être expliquée que par la différence de leurs natures. La sensibilité est une des forces de la femme, nous l'avons dit, d'abord parce qu'elle est comme une divination, un avertisseur, un instinct souvent très sûr et en tout cas très subtil, et que par elle, la femme arrive souvent au même résultat que l"homme atteint soit par ses passions, soit par l'exercice de son jugement.
La sensibilité produit également chez la femme une manière d'être essentiellement conforme au rôle qu'elle doit remplir. La vivacité de ses attraits et de ses répugnances peut et doit, si elle est réglée, influer très heureusement sur ses idées et ses affections. Elle est destinée à vivre surtout par le cœur, possédant dans son cœur le mobile et le moteur qui doivent la faire agir et conduire les autres ; tout ce qui l'impressionne vivement peut donc contribuer à sa mission et accroître le genre d'influence qu'elle doit exercer.
La sensibilité donne aux affections quelque chose de primesautier dont rien n'égale le charme. Elle produit la compassion, cette qualité si essentiellement féminine, la sympathie, qui fait siennes les émotions d'autrui. Elle peut nous aider à vivre de la vie des autres, en nous faisant ressentir ce qui les touche.
Mais il y a deux écueils à éviter dans l'éducation de la sensibilité : l'excès de discipline, qui tend à la raideur et à la dureté, et l'excès de l'impressionnabilité, qui amène, selon les cas, la névrose ou la sensiblerie.
En temps que faculté, on ne peut évidemment détruire la sensibilité ; mais certaines éducations rigides en réfrènent tellement les manifestations, que la volonté les étouffe au moment même où elles se produisent. Dans le but de rendre le jugement indépendant, on détruit alors cet instinct qui est un don de nature, et sous prétexte de former des femmes fortes, on leur ôte le charme, la grâce, même la sympathie et la pitié dans une certaine mesure, sans parler de l'élan, qu'on rabaisse ou détruit.
J'ai connu des parents qui, de peur de développer la sensibilité chez leurs filles, arrêtaient jusquà l'expression si naturelle de leur tendresse, qui leur défendaient de se plaindre jamais, et refusaient d'écouter le récit de leurs petits chagrins, qui visaient à faire des femmes non pas fortes, mais raides, capables, peut-être, de supporter sans broncher les chocs de la vie.