‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 37 sur 78 · EDUCATION DE LA SENSIBILITE · texte numérisé non relu

EDUCATION DE LA SENSIBILITE

mais également fermées aux peines d'autrui, et insensibles à toutes les grandes et saines impressions.

11 faut le dire, ce sont là, toutefois, des exceptions. La tendance générale des parents, tendance probablement inconsciente, est de développer outre mesure chez leurs filles la faculté de sentir. Toutes petites, on excite, souvent à faux, leurs rires ou leurs larmes; on les nourrit de chimères; on s amuse même à les faire pleurer. Plus tard, on se fait gloire de leur impressionnabilité^ et au lieu de lutter contre ce qu'elle a d'exagéré, on la ménage jusqu'à favoriser l'égoïsme.

Nous avons dit que la névrose provient le plus souvent du surmenage ; c'est très vrai ; mais souvent aussi elle résulte de la surexcitation de la sensibilité, des impressions trop vives poursuivies et aimées, des sentiments trop développés, mal compris, exagérés.

Le plus fréquemment, la sensibililé mal comprise dégénère en sensiblerie.

Le type tristement réussi de la sensiblerie nous est retracé par les femmes du xviii^ siècle.

C'était l'époque où Jean-Jacques Rousseau, qui mettait ses enfants à l'iiospice, s'attendrissait sur l'allaitement maternel, et où en développant d'une manière incontestable le goût de la nature, il forçait la note, aisément exagérée, d'ailleurs, par les esprits faussés qui l'entouraient. La sensibilité devint une mode, une passion, une fureur ; on se dispensait d'être sensée, mais avant tout on était sensible. Ces femmes, qui foulaient aux pieds les lois les plus sacrées, qui ne croyaient ni à Dieu, ni au fo3^er, qui trahissaient leurs amies et abandonnaient moralement leurs enfants... après les avoir nourris, — ces femmes avaient des attendrissements niais, des faiblesses sottes; leur goût littéraire même leur faisait défaut quand il s'agissait de se m.on\\: q.ï sensible. La postérité a fait justice de cette exagération ; elle a chansonné \q.s femmes sensibles, et créé pour elles le mot plus juste de sensiblerie.

Cependant, si l'on nose plus se parer de l'étiquette, on se fait gloire de la chose. Certaines femmes trouvent une jouissance morbide dans le développement de leur faculté de sentir; elles l'excitent, y puisent je ne sais quel contentement d'elles-mêmes, et arrivent à accroître l'intensité de leurs impressions, ce qui est, le plus

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