IMAGINATION 2O
former le jugement, consolider la raison. Alors, on ne verra plus de ces exubérances qui, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, entraînent les femmes dans toutes sortes d'exagérations. Il I faut montrer aux jeunes filles la vérité intrinsèque des choses, leur faire par conséquent comprendre que cette vérité ne gît pas dans leur manière de voir et de sentir, et qu'il est indispensable de la reconnaître et de s'y conformer. Enfin, on doit les accoutumer à se défier de cette faculté brillante, charmante, je le répète, mais qui peut devenir dangereuse parce qu'elle agit également sur le jugement et la sensibilité. Quand on a un excès d'imagination, il faut faire comme ces personnes qui ont une balance un peu fausse: elles rétablissent tout d'abord l'équilibre au moyen d'un poids convenu. Habituons nos filles, en ce cas, à faire dans toutes leurs impressions la part de leur imagination, et à arriver à la vérité par la mesure et la possession d'elles-mêmes. Autrement, non seulement leur jugement serait faussé et leur conduite mal dirigée, mais encore elles seraient profondément malheureuses, car chez la plupart des gens, une imagination désordonnée, au lieu d'accroître les joies, les trouble et augmente les peines ; elle en crée même d'ima-
ginaires, sa palette a plus de noir que de rose. Qu'elle reste donc dépendante des autres facultés, c'est le seul mo3'en d'assurer l'équilibre moral. Ainsi comprise, elle concourra à l'agrément de la vie, donnera du charme à Tesprit, et ôtera à la raison son âpreté.
Pas de cœm*.
Que ce soit à tort ou à raison, n'accusez pas facilement un enfant de manquer de cœur. Ou vous risquez d'étouffer le peu qu'il en a, ou vous paralysez ses bons sentiments. De toutes façons, vous froissez, vous fermez... quand vous n'éveillez pas de mauvais sentiments.
« Je n'ai pas de cœur ! » se dit l'enfant, blessée au vif par cette parole. Et pour s'en venger, elle cherchera à vous atteindre à l'endroit sensible, en vous donnant raison, cette fois^ en vous prouvant par un acte quelconque qu'elle n'a pas de cœur.
Ce doute, jeté sur ce qu'il y a de meilleur en elle, la décourage, tue sa confiance, arrête les élans de sa tendresse : «Je n'ai pas decœur, on ne me croira pas ! » Et c'est un découragement,, une désespérance qui la prend ; à quoi bon essayer ?
« Enfant sans cœur. . . » Que j'ai entendu de pa-
rents lancer ce mot à la légère, pour une e'tourderie, une faute qui était celle de l'âge ! Et que j'en ai vu, de ces petites âmes froissées, où la rancune s'amassait, et qui ne voulaient plus tenter un effort pour se vaincre et être bonnes ! L'autre jour encore, j'essayais d'encourager l'une d'elles ; je la raisonnais doucement, la prenant par les sentiments, cherchant la corde sensible, quand elle leva tout à coup sur moi ses yeux sombres, et d'une voix brusque : « Pourquoi me dites«vous cela, puisque je n'ai pas de cœur ? Je n'ai pas de cœur ! » répéta-t-elle, éclatant en sanglots.
Pauvre mignonne ! je l'aurais embrassée, de la voir ainsi étouffer à la seule pensée de n'avoir pas de cœur. Je lui prouvai par des raisonnements très simples qu'elle en avait, au contraire, et même beaucoup, et j'obtins les plus généreuses résolutions.
« Toi, tu as du cœur! » Voilà ce qu'il faut dire à l'enfant. « Toi, qui as du cœur, comment as tu pu agir ainsi ? — Toi, qui as du cœur, lu n'hésiteras pas à faire ceci ou cela, tu comprendras, etc. »
Et l'enfant ne voudra pas faire tomber la bonne opinion qu'on a d'elle, faire mentir sa réputation ; elle tiendra à honneur de la maintenir intacte sur ce point.