‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 43 sur 78 · LA VOLONTE · texte numérisé non relu

LA VOLONTE

Etre en présence d'une volonté, c'est être en face d'une force, d'une puissance, car le vieil adage a raison : « Vouloir c'est pouvoir. » On le dit, on le répète, on le croit théoriquement, mais le plus grand nombre prouve-t-il qu'il possède bien à lui ce pouvoir? en use-t-il ? l'augmentet-il par des combats et des victoires ? Jamais on n'a tant parlé des miracles de la volonté, et jamais peut-être on n'a enregistré plus de défaillances ; il semble que la volonté soit reléguée dans le seul domaine de la science, qui s'en est emparée pour s'en faire un puissant auxiliaire : — Dormez, je veux que vous dormiez, dira le médecin à l'infortuné qui passait de longues nuits sans sommeil. — Et le malade, donnant sa volonté à celui qui va en user pour le guérir,

dormira. — Le mourant retardera sa dernière heure par la volonté' qu'il aura de vivre pour attendre le retour d'un être cher. — La suggestion, l'auto-suggestion sont des miracles de la volonté, et pourtant, je le re'pète, l'affaissement des caractères est presque un fait caractéristique de notre temps. Faut-il en chercher les causes dans ces philosophies modernes, qui sont un fatalisme renouvelé ou déguisé, et qui se glissent comme un poison dans tant d'enseignements ? Dans les cas d'irresponsabilité proclamés si hautement en face des plus grands crimes pour les absoudre? Dans l'instinct, si souvent invoqué comme une loi qui domine les autres, et excuse d'oublier les plus sacrées?

Les causes ? Elles sont multiples; elles agissent sur nous le plus souvent sans que nous nous en doutions, et nous ne songeons point à leur attribuer comme conséquences tant de faits devant lesquels nous nous posons des points d'interrogation.

Ce jeune homme qui s'était fait remarquer par de brillantes études, dont on avait dit maintes fois qu'il ferait son chemin, arriverait à une haute situation ; cette jeune fille remplie de qualités charmantes, douée d'un cœur généreux, qui devait, selon toute apparence, deve-

nir une femme accomplie, on les retrouve dix ans plus lard. Que sont-ils devenus? Rien. Ils grossissent le troupeau de la médiocrité. Ils auraient dû agir, réagir, lutter contre le courant. La volonté leur a manqué pour faire produire à de grandes facultés, à un fonds riche de promesses, les fruits qu'on était en droit de leur demander. Le jeune homme, facile aux entraînements, a suivi la pente du plaisir. Il s'est laissé gouverner par quelques camarades bien moins intelligents que lui. La jeune fille, au lieu de s'élever, de dominer un milieu qui lui était inférieur moralement, l'a subi par faiblesse ; elle pouvait créer autour d'elle une atmosphère, elle s'est contentée de respirer un air affadi sans rien faire pour le renouveler. Tout cela, manque d'énergie. Sans elle, les plus beaux dons sont inutiles ; ce qui fait la valeur, l'être moral, c'est la volonté, qui choisit, se détermine, et met en mouvement toutes les autres facultés, les emploie, les agrandit, les élargit. C'est moins l'intelligence qui fait l'homme, que l'usage qu'il fait de son intelligence ; combien d'êtres remarquables ne sont devenus que des misérables !

Puis donc que la volonté doit jouer en nous un rôle prépondérant, il faut faire son éducation comme on s'applique à faire celle de l'in-

telligence ; celle-ci, nul n'a l'idée de la négliger ; tout est mis en œuvre pour arriver à la développer^ à la poussera son maximum, sans qu'on songe à porter toujours dans les moyens, nous l'avons vu, une très grande sagesse. Et il ne faut pas plus tarder à s'occuper de cette éducation de la volonté que de celle de l'intelligence, car elle commence au berceau, selon le mot répété sans cesse. L'enfant ne manifeste-t-il passes vouloirs, qui sont d'abord des instincts et des caprices, aussitôt qu'il donne des signes de connaissance ?

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