‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 44 sur 78 · LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LA CONSCIENCE

La première chose à faire est d'éveiller la conscience, de la former, de la diriger. Si la conscience est atrophiée, si le bien, le mal ne sont pas nettement déterminés, la volonté ne sait où se porter, il n'y a pas de choix ; or> choisir, c'est tout le gouvernement de la vie. — Ceci est le bien ; je le sais, je le choisis, je veux l'atteindre. Ceci est le mal ; je n'en veux pas, je fuis l'occasion. Voilà du même coup la cons-

cience qui a parlé, la liberté qui a choisi, la volonté qui se met en mouvement.

Former la conscience ! Que de consciences frelatées, falsifiées, erronées, hésitantes, par suite d'une mauvaise éducation , d'un manque de principes! On pèche par la base aussi; n'a-t-on jamais plus entendu parler d'irresponsabilité. On abuse du mot. Hélas ! peut-être n'est-ce pas un abus : le mot n'accuse qu'un mal trop réel. On est plus ou moins irresponsable selon le degré de connaissance du principe. Des principes, on en a si peu ! On les ignore si bien ! Entendon parler de l'oubli d'un devoir, de la violation d'un droit, d'une indélicatesse : il est irresponsable, dit aussitôt quelqu'un, une voix charitable, peut-être, voulant à tout prix excuser. Quelle excuse ! plus terrible que le mal dont on pourrait être dûment coupable. Si on l'ignore, il est sans remède. Excuse trop vraie, cependant, montrant bien que l'édifice pèche par la base : affaiblissement de la conscience par l'absence de principes connus, affirmés.

L'enfant aura la conscience de ceux qui l'entourent ; quelle droiture, quelle délicatesse doivent donc posséder ceux qui ont la tâche sacrée d'élever 1 Nous naissons avec des inclinations au bien et au mal ; il n'est pas plus vrai

que nous soyons tout bon que tout mauvais, comme l'a dit Rousseau, qui prétend aussi que la civilisation nous déprave. La civilisation, ou pour mieux dire la famille, le milieu ou nous vivons, développe les heureuses dispositions ou le mal qui est en nous, selon que l'atmosphère que nous respirons est pure ou viciée.

Il faut qu'autour de lui l'enfant sente l'horreur du mal. Flétrissez-le énergiquement, montrez-lui la répulsion qu'il vous inspire ; provoquez-la chez lui, amenez-le à en être touché, indigné lui-même. De même louez le bien sans restriction; admirez largement, hautement. Un auteur a écrit que « louer modérément est un signe de médiocrité ; » je le crois : n'est-ce pas une preuve qu'on ne sait pas sentir vivement ce qui est bien et beau ?

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