L ENTHOUSIASME
Pour donner à la volonté tout son élan, l'enthousiasme est nécessaire : l'enthousiasme qui produit de grandes choses, fait les grands artistes, les grands hommes, les grands saints. L'enthousiasme suppose toujours la foi en quelqu'un, en quelque chose, et ceux-là seuls qui
croient atteignent au but. Il y a aujourd'hui une sorte de philosophie qui court les rues, une indifférence faite de scepticisme et de laisser-aller, un « je m'en moque » qui est bien la disposition la plus malheureuse que l'on puisse déplorer, car elle est faite pour tuer, annihiler les ressorts de la volonté. En avez-vous rencontré, de ces disciples du ((. je m'en moque », qui aient fait quelque chose de bon?... Et puis, on a trouvé vulgaire d'avoir de l'admiration, de l'élan. Il y a toute une école en littérature, en histoire, qui a proscrit l'enthousiasme, en restant indifférente devant quelque spectacle que ce soit, en regardant froidement passer le bien et le mal sans un battement de cœur, ni un sursaut d'indignation. Et quand un jeune, je parle d'un de ces jeunes de tous les âges, qui possèdent le don d'être émus et de vibrer, quand un de ceux-là témoigne quelque chaleur, quelque enthousiasme : Quel lyrisme, dit-on en souriant. Si l'on a l'oreille juste, on enetndra : Quel emballement ! Ce n'est pas en agissant ainsi que l'on donnera de l'élan à la volonté ; pour qu'elle se porte en avant, il faut qu'elle soit sollicitée, attirée, et l'enfant qui aura vu ramener en d'étroites limites le sentiment vif provoqué par quelque chose de beau et de grand, aura honte
de le manifester, dans la crainte de paraître naïf; la jeune fille n'osera avouer ses préférences pour un ouvrage où le sentiment, la foi dominent, dans la peur d'être appelée « clair de lune », ou « vieux jeu ». Aimer les étoiles autrement que dans la chevelure, pour briller au feu des lustres, ou se passionner pour un grand homme, une grande renommée ? Chimère ! Les grands hommes ? Il n'y en a plus. — C'est possible ; ce n'est que trop vrai ; mais il 3^ en a eu, et c'est parce qu'on a détruit la foi à ceux du passé en montrant l'histoire sous ses plus petits côtés, sous prétexte d'informations, que l'on a tué peut-être un germe de grand homme dans tel ou tel qui n'avait besoin que de foi pour faire quelque chose.
Réagissons contre ce courant moderne qui tend à éteindre toute flamme, ne craignons pas l'enthousiasme, c'est un feu sacré que nous devons entretenir ; la vie se chargera bien assez tôt d'y jeter des cendres ! Les ombres et les défauts, qui sont la part de toute chose humaine, sont là pour rétablir l'équilibre, si l'on craint que l'enfant n'en voie le trop beau côté. Laissonslui l'admiration, « qui est le signe, a dit Cousin, d'une raison élevée servie par un noble cœur; elle est, pour ainsi dire, la partie divine du goût».
L'obéissance
Si elle n'est pas tout pour la formation du caractère et de la volonté, elle constitue du moins une des questions les plus importantes et les plus compliquées, quand on songe aux qualités qu'elle exige de la part de celui qui la demande et de celui qui la donne. Eneffet, parce qu'on aura obtenu l'obéissance d'un enfant, tout ne sera pas gagné ; il pourra être vaincu, plié à l'habitude d'une soumission extérieure ; mais combien ce sera loin d'être tout! Ce qui importe, c'est que l'enfant obéisse avec la conviction qu'il fait bien, non pas seulement au point de vue du devoir imposé par le quatrième commandement, mais parce que la chose faite est bonne en ellemême, et qu'on a raison de la lui commander.
Tout ce qu'implique du côté de l'éducateur l'obéissance ainsi obtenue, il faut le redire ici.
Elle ne peut reposer que sur la confiance, et cette confiance n'existe que si l'enfant trouve son maître impeccable. Si celui qui commande n'a pas la parfaite possession de soi, s'il cède sans contrainte à tout ce qui agite son esprit et son cœur^ si la prévention, le caprice, la personnalité entrent pour quelque chose dans ses ordres,, qu'il ne songe point à re'clamer l'obéissance ; il pourra, par les moyens que l'autorité lui met entre les mains, obtenir des actes positifs : mais le sentiment inné de justice qui est gravé au fond de la conscience sera froissé. L'enfant peut se révolter contre la gêne, l'ennui que lui impose l'obéissance ; mais cette révolte s'apaisera si elle n'est pas soulevée contre le principe lui-même.
Une mère ne commandera donc jamais rien que de juste. En rester là serait toutefois trop facile ; il faut tenir compte de l'opportunité, de la justice; c'est-à-dire que ce qui peut être bon en soi ne l'est pas indifféremment pour tous. Le caractère, les circonstances, le moment, mille considérations devront être consultées. C'est donc demander à la fois au maître de l'intelligence, du tact, la possession de soi qui sait faire taire une impression, refouler une impatience et attendre. Pour gouverner les autres, il