‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 48 sur 78 · LE DEVOIR · texte numérisé non relu

LE DEVOIR

moments fixés, il répugne à certaines natures. Cependant, il faut le remplir, sous peine d'avoir une vie creuse, inutile, coupable.

Il y a des devoirs qui s'imposent, comme ceux d'une mère, d'une maîtresse de maison. Mais un devoir est si nécessaire à la dignité de la vie, à la formation du caractère, au perfectionnement de l'âme, qu'il faut s'en créer quand on n'en a pas de très précis.

Ici, les mères faibles protestent encore. Nos filles, disent-elles, connaîtront assez tôt le sérieux, les charges de l'existence; rien ne les oblige à travailler, à s'ennu3'er, laissons-les jouer.

Et est-ce donc dans ce Janiiente moral et extérieur qu'elles trem.peront leurs forces pour l'activité et les labeurs de la vie ? Les ressorts immobilisés se rouillent et se faussent, et c'est causer un tort réel aux jeunes filles que de ne pas appliquer leur énergie à un but déterminé. Qu'on adoucisse ce devoir, qu'on le facilite, qu'on le proportionne à leur courage, soit; mais qu'il existe. Il n'est pas difficile à tracer : des soins de ménage définis et réglés, des travaux utiles entrepris pour les parents ou pour les pauvres, une part dans l'éducation des frères et des sœurs plus jeunes, voilà des devoirs dont il

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est juste, bon, nécessaire de charger une jeune fille- Elle y développera ou acquerra des qualités propres à sa tâche future : l'amour du travail, l'utilisation du temps, la patience, la douceur, l'abnégation surtout. Elle apprendra cette grande science essentiellement féminine, si indispensable à la paix du fo^'er domestique et au bonheur d'autrui : savoir se gêner, se contraindre, s'oublier.

Le devoir ! il faut en donner l'esprit à vos filles, leur en inspirer la passion, si vous le pouvez ; ce sera souvent le meilleur moyen d'employer des forces vives qui ne savent où se porter. Surtout, n'allez pas vous dire que la passion est nécessairement l'ennemie du bien ; elle peut être son plus puissant auxiliaire; sous prétexte que la flamme peut brûler, éteindrez-vous le foyez? Dirigez, voilà tout ; n'étouffezrien que les germes mauvais.

Et pour que l'enfant aime son devoir, allez-y vous-même gaiement, le prenant par ses grands côtés, sans vous appesantir sur les ennuis du détail, regardant toujours et en tout le but plutôt que les moyens. Ne posez pas comme

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