‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 49 sur 78 · LE DEVOIR · texte numérisé non relu

LE DEVOIR

axiome que devoir est synonyme de peine, d'ennui, pas plus que vous ne poserez en principe que le travail est un châtiment. Sans le péché, le travail aurait existé, les facultés et les forces de l'homme ayant été faites pour s'exercer; la peine, la fatigue résultant du travail, voilà ce qui est le châtiment.

Non, le devoir n'a pas nécessairement une figure maussade; s'il s'appelle souvent sacrifice, abnégation, il a nom amour, tendresse, et soulève alors tous les poids ; il a des ailes.

Ce qui est vrai, c'est que, sous quelque trait qu'il se présente, il faut l'accueillir, lui faire bon visage, en le regardant de haut, en le prenant à son origine, et non plus sous la forme qui peut nous rebuter, et qu'en elle-même nousavonsdroit de ne pas aimer. Il faut alors remonter au principe, et trouver en Dieu la raison des choses. Sans Lui rien ne s'explique, rien ne tient debout, tout croule à un moment donné. Nous n'avons des devoirs que parce que Dieu a des droits, que nous pouvons reconnaître ou méconnaître, notre liberté allant jusque-là; mais les droits n'en restent pas moins des droits, et les devoirs des devoirs. Etre esclave de son devoir, quand on l'a compris, c'est être maître, puisqu'on use de

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sa liberté pour choisir et accomplir ce que l'on reconnaît bien et bon.

Accomplissons-le donc largement ; ne nous contentons pas de ce que nous pourrions appeler le strict devoir. Je ne dirai pas néanmoins ; allons au-delà; il n'y a pas d'au-delà pour celui qui le voit dans sa vérité et sa beauté; il le suit naturellement jusque sur les cimes.

Quel qu'il soit, pour beaucoup il est l'ami qui sauve de tout, guérit des plus dangereuses maladies. Que l'enfant sache qu'il est si sacré que l'on meurt pluiôt que de le trahir, et que pour une femme, le plus humble, le plus secrètement accompli est souvent aussi le plus glorieux ou le plus méritoire.

Lu mobile

Il est indispensable de donner à l'enfant un mobile qui s'empare de ses pensées, les élève, et anime toute sa jeune existence.

Sans ce mobile, qui deviendra un moteur, sans un mobile élevé, invariable, il est livré à toutes ses impressions. Or, si ces impressions sont parfois généreuses, elles sont, chez l'enfant, plus souvent égoïstes. Il cédera à certains mouvements de bonté, se laissera emporter par un élan de tendresse, mais lorsque ces mouvements ne lui coûteront pas d'efforts. S'ils impliquent un sacrifice, une peine, ou même une dose de persévérance, une seconde impulsion viendra arrêter la première, et ramener au moi les pensées et les sentiments.

En outre, l'enfant est essentiellement léger. Ce qui lui a plu un jour l'ennuie le lendemain. Si vous n'avez, pour obtenir et forcer son obéissance, que votre autorité toute sèche, que le

droit maternel qui, pour lui, n'est trop souvent que le droit du plusfort^ vous n'agirez que sur sa conduite extérieure ; mais l'œuvre de l'e'ducation ne sera pas même entamée. Il se soumettra parce qu'il est le plus faible, il sera maté par la crainte d'une punition ou stimulé par l'attente d'une récompense, mais vous n'aurez rien changé, rien formé, rien élevé en lui, et lorsqu'il se verra en dehors de votre surveillance ou sera sûr de l'impunité, il s'abandonnera à tous ses penchants.

Il s'agit donc de trouver un mobile qui agisse dès ses premières années sur sa conduite extérieure, qui pénètre ses sentiments et ses pensées, dirigeant les unes et élevant les autres, qui, en déterminant l'obéissance, en fasse quelque chose de raisonné, de volontaire, et par conséquence d'efficace, qui, s'il laisse subsister dans une sage mesure la crainte du châtiment et le désir de la récompense, place cependant cette petite âme au-dessus des moyens dont, après tout, on se sert envers les animaux.

Quel sera ce mobile, offert à l'enfant dès ses premières années, capable d'être compris par ses facultés encore confuses ?

Plus il sera élevé, plus il sera fort. Si vous savez vous y prendre, si vous êtes ce que vous

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