‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 59 sur 78 · L EXERCICE · texte numérisé non relu

L EXERCICE

L'air ne suffit pas à lui seul. L'exercice est indispensable à la jeunesse, et le D"' Rochard dit avoir rencontré, en pleine campagne, des jeunes filles qui restaient ou devenaient nerveuses et anémiques, parce qu'elles ne marchaient ni ne remuaient suffisamment.

Le plus simple, le plus naturel, le plus hy-

2ôO LE FEMINISME DE TOUS LES TEMPS

giénique des exercices est la marche ; encore faut-il qu'elle soit mesurée sagement à l'âge et au tempérament. Mais elle ne suffit pas à l'âge où l'enfant a besoin d'un mouvement intense. Certaines mères croient avoir assez fait quand elles ont accompagné leurs filles sur une grande route ou une promenade, les faisant marcher d'un pas automatique, ou même quand elles les ont menées faire des visites, ou^ ce qui est fréquent à Paris, entraînées à leur suite dans des magasins encombrés, où l'air est vicié et la circulation impossible.

11 faut ajouter qu'on prêche sans cesse aux petites filles la tranquillité. Elles doivent éviter le bruit, les exercices violents, être de petites femmes, jouer aux jeux paisibles ; c'est là, semble-t-il, l'idéal de leurs distractions. Eh! bien, non, les enfants ne doivent pas se borner à un pas mesuré, automatique, ni au jeu de la poupée. Les petites filles n'ont que trop de tendances à la vie de claustration, et les études prolongées développent, chez un grand nombre, le goût exagéré de la sédentarité.

Pour faire prendre aux enfants l'exercice nécessaire et convenable, il faut évidemment rejeter la surcharge des études ; puis, il faut les habituer à jouer, à courir. ^1

ÉDUCATION PHYSiaUE 289

A la campagne, c'est facile. A la ville, il faut plus d'industrie.

Loin de nous, cependant, l'idée d'assimiler les jeux des filles à ceux des garçons. Rien de ce qui est violent ne leur convient. La gymnastique elle-même, si salutaire, doit être l'objet d'une attention très spéciale; les mouvements de bras sont inoffensifs, ainsi que l'exercice des échelles et des cordes ; mais une mère prudente n'enverra jamais sa fille dans un établissement où il n'y a pas de médecin, et elle proscrira" toujours le trapèze et certains exercices qui ne conviennent absolument pas aux petites filles. Leurs jeux ne doivent exiger qu'un déplacement de force très modéré (i). Le D'' Rochard apprécie la course, à la condition de s'y accoutumer peu à peu, et de garder la modération : la course comprend les barres, le cerceau, les quatre coins, etc. Le saut, qui pour les filles, se réduit à peu près aux j^ux de corde, est plus dangereux. Le D'" Lagrange a calculé que la dépense de force musculaire qu'il exige dépasse celles des exercices gymnastiques les plus fatigants (2).

(i) D-- Rochard.

(2) Physiologie des exercices du corps.

Le féminisme IT

Passant en revue les jeux hygiéniques, le D'" Rochard pre'conise la marelle, le volant, le sabot, l'escarpolette. Il admet les échasses avec certaines précautions. La danse, surtout en plein air, est un exercice excellent. Il ne s'agit pas, bien entendu, de la danse telle qu'on la comprend dans un salon, au bal, mais de « la danse naïve et primitive des petites filles qui tournent en rond sur l'herbe, en se tenant la main et en chantant les bons vieux airs français... Ces danses joyeuses constituent l'exercice le plus complet à tous les points de vue, le mieux fait pour développer la grâce et l'harmonie des attitudes, favoriser le jeu des poumons et des organes de la voix ». Le D' Fonssagrives, qui approuve la danse dans les mêmes conditions, exprime le vœu « qu'elle ne s'en aille pas », et s'arrête un instant au charme de ces refrains qui l'accompagnent, de « ces refrains où l'on répète cent fois, sans se lasser, les mêmes mots aussi vides de sens que pleins de gaieté, où l'on gourmande le sommeil du Meunier, où l'on menace d'abattre la Tour, où l'on célèbre l'amitié de la Jille à Guillaume , où Ton fait le dénombrement des gens qui passent sur le pont d'AvignoUy mélopée charmante qui réunit l'idée historique à l'idée pastorale, Malborough au compagnon de la

ÉDUCATION PHYSiaUE 29 1

Marfolaifie, la Boulangère à Biron, et résout tout cela dont la plus franche et la plus intarissable gaieté ».

Enfin, le croquet a ses avantages, et le lawntennis est essentiellement hygiénique^ parce qu'il joint à l'avantage du plein air un développement des muscles aussi bien que des poumons.

Lorsque fut écrit l'ouvrage auquel nous avons fait des emprunts si autorisés, l'usage de la bicyclette n'avait pas pris, dans nos mœurs, la place qu'il y tient aujourd'hui. Je ne connais pas, à vrai dire, d'exercice plus dangereux, parce qu'aucun ne mène plus facilement à l'abus, et que pour aucun l'abus n'est plus fatal. Je me réserve de parler un peu plus loin de la place prédominante que tendent à prendre, dans la vie des jeunes filles, ces deux sports : l'un, le lawn-tennis, salutaire en lui-même, l'autre, la bicyclette, d'un avantage contestable et contesté.

Enfin, restent, comme exercices adoptés dans certaines éducations, l'équitation, la natation, l'escrime, le billard.

Ce dernier exercice peut être mauvais pour les femmes, il exige des mouvements de bras exagérés. L'escrime est inutile et ridicule ; on pourrait ajouter qu'elle ne convient pas aux femmes comme mouvements physiques.

La natation et l'équitation ne sont ni à recommander, ni à proscrire. Il faut tenir compte du tempérament, de la force des jeunes filles. Il faut éviter les excès, qui amènent la fatigue, l'essoufflement.

Page 1