LES CHRETIENNES DANS LE MONDE
Dira-t-on encore que l'Eglise encourageait seulement chez les femmes les études religieuses? Nous pensons avoir prouvé le contraire en montrant que nombre de ses saintes ont cultivé la poésie, les sciences naturelles, la philosophie, la grammaire, les languesanciennes et modernes.
C'est encore sous son inspiration qu'à travers les siècles troublés et orageux les femmes eurent part à l'instruction. Alcuin et ses compagnons ne bornaient pas leurs leçons aux fils de Gharlemagnc et de ses seigneurs : sa sœur, sa femme^ ses filles, Gisèle et Richtrude, suivaient avec
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avidité leurs cours de grammaire, de rhétorique et de philosophie.
Les filles du peuple elles-mêmes n'étaient pas privées de ces avantages : selon le vœu de l'empereur, Théodulphe, évêque d'Orléans, instituait dans les villes et les villages de son diocèse des écoles pour les fils et les filles des artisans et des pa3^sans, et formait des prêtres à cet enseignement populaire.
Même dans les siècles les plus obscurs, les écoles religieuses subsistèrent, et il y eut des femmes s'essayant au savoir et à la poésie. Dès le xii^ siècle, on voit croître leur nombre. C'est Helena Cornaro, reçue docteur à Padoue, c'est Christine de Pisan, écrivant la Cité des Dames, réfutant ceux qui prétendent interJ.ire l'instruction aux femmes, et citant à l'appui de sa thèse cette poétique Novelle, fille d'un canonistede Bologne, qui, à l'occasion, le remplaçait en chaire, mais avait soin de cacher son visage « derrière une petite courtine », de peur que sa beauté «n'empeschâtlapensée des escoutants».(i)
Aussilarge, dans le vrai sens du mot, que nos féministes, la religion reconnaît les voies extraordinaires, mais à la condition que les talents y répondent, et que la mission les exige. C'est
(i) Mgr Dupanloup. — Lettres sur l'Education des Filles.
LE FEMINISME I9
ainsi qu'elle a soutenu et inspiré « une Pulchérie qui, à quinze ans, gouvernait l'empire d'Orient,... une Irène relevant un instant le trône de Constantinople, une Anne Comnène qui, trahie par l'incapacité de son mari auquel elle était sur le point d'assurer la couronne, achève sa noble v^ie dans la retraite et l'étude (i) ». Et que dire d'une Clotilde, « qui prépare les destinées catholiques de la France, d'une Bathilde, qui eût affermi, peut-être pour des siècles, la royauté mérovingienne, sans la faiblesse de son fils et l'ingratitude du tyrannique et sanguinaire Ebroïn ? Plus tard, n'est-ce pas Blanche de Castille qui a doté la France du plus saint et, je ne crains pas de le dire^, du plus grand de ses rois après Gharlemagne, en le formant dès sa jeunesse, et en l'aidant toute sa vie à soutenir l'éclat de sa n^ble couronne ?... Sainte Hedwige civilise la Pologne ; une seconde Hedwige convertit au xiv^ siècle Jagellon et la Lithuanie, et sainte Adélaïde reçoit à la fois le témoignage de l'histoire et celui de l'Eglise... Mathilde de Toscane,surnommée la grande Comtesse et la grande Italienne, défend avec gloire contre les Empereurs d'Allemagne la cause de la papauté et la liberté de l'Italie... Elisabeth de
(i) Mgr Dupanloup. — Lettres sur VEducation des filles.
Portugal laissa la renommée d'une pacificatrice des peuples... En Espagne, la grande Isabelle sut inspirer son époux sans prétendre l'effacer, et la reconnaissance des peuples lui décernera toujours la principale part de gloire dans l'expulsion des Maures et dans les découvertes de Christophe Colomb, qu'elle voulut croire et armer, en dépit de tous les dédains du temps (i) ».
Et si nous ne parlons pas de notre plus pure gloire française, de notre chère Jeanne d'Arc, c'est que sa mission, inspirée directement de Dieu, n'a rien emprunté aux ressources hum.aines, ni à aucun genre d'éducation intellectuelle.
Tout ce génie déplo3^é, ces glorieux rôles remplis, ne supposent-ils pas des lumières, de la culture, le développement large, indéfini de toutes les facultés de la femme ?
« Au XVII' siècle, dit encore Mgr Dupauloup, quelle pléiade de talents et de vertus ! Et d'abord la Mère de Chaug}^ : quel charmant écrivain au commencement du grand siècle français !... Et comment oublier Marie deMortemart, l'illustre abbesse de Fontevrault, qui étudiait les Pères et traduisait Platon ! »
(i) Mgr Dupakloup. — Lettres sur l'Education des filles.