LES SPORTS
Lawn-tennis, bicyclette.
J'ai dit ce que Je pense du lawn-tennis. C'est un exercice essentiellement salutaire. Mais comme les goûts, dans la jeunesse, s'exagèrent facilement jusqu'à la passion, notre génération tend à transformer en passion et même à faire dévier de son objet une distraction saine et agréable.
Le tennis ne devrait, évidemment, tenir dans la vie des jeunes filles que la place réservée au délassement et à l'exercice. Il devient souvent une occupation^ une fureur.
Et ce n'est pas seulement pendant les vacances, ou à certains jours qu'on se livre à ce jeu : on loue de toutes parts des terrains, on organise des groupes, et il y a des villes où, d'un bout à l'autre de l'année, on consacre au tennis la meilleure partie de l'après-midi. N'est-il pas déraisonnable, disproportionné avec les autres occupations de l'existence, de vouer trois ou quatre heures par jour à ce seul, à cet absorbant plai-
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sir? Les jeunes filles n'emploieraient-elles pas plus utilement au moins une partie de ces heures ?
Il faut le dire, pour beaucoup le tennis est un prétexte. On rassemble des jeunes gens et des jeunes filles qui se retrouvent tous les jours pendant plusieurs heures ; ce peut être un excès, une erreur, et, déplus, une imprudence au sujet de laquelle les mères doivent réfléchir sérieusement.
Outre l'abus du temps, il y a là l'abus d'une familiarité qui peut amener maints inconvénients, et qui est essentiellement contraire à la réserve, à l'absence de coquetterie qui doivent caractériser une jeune fille.
L'usage de la bicyclette est tellement entré dans nos moeurs, qu'il a débordé les plus récalcitrantes. Celles mêmes qui se sont préservées de cette contagion ne peuvent ou n'osent se montrer trop catégoriques vis-à-vis des autres.
En ce qui me concerne, mes filles n'ont jamais fait de bicyclette, parce que ce sport est contraire à mes idées, que je le crois, en somme, dangereux pour les femmes, et que mes filles ont
eu assez de confiance en moi pour admettre les raisons que je leur donnais.
Mais, je le répète, devant la généralisation de la bicyclette, il est presque impossible d'exprimer autre chose qu'une préférence.
On ne saurait en trouver l'usage inconvenant, à la condition que les femmes aient un costume féminin. Il est pour moi hors de question, en effet, d'adopter cet horrible^ monstrueux, indécent pantalon qui, en leur ôtant l'apparence de leur sexe, semble leur en enlever la légitime coquetterie, et même la pudeur, puisqu'on voit des femmes entrer ainsi vêtues, à l'église... quand une défense spéciale, et à mon avis justement inspirée par le respect du lieu saint, ne les arrête pas sur le seuil. Mais il y a deux abus. D'abord, l'excès. Si, de l'avis de la plupart des médecins, et des plus sérieux, l'usage de la bicyclette peut avoir sur l'organisme de la femme une influence funeste et souvent irréparable, une excessive modération est nécessaire, indispensable, pour éviter la fatigue exagérée^ les refroidissements, les congestions pulmonaires, les pleurésies, les affections cardiaques, toutes choses qui peuvent atteindre des natures délicates à la suite d'une dépense de forces excessive.
L'autre abus est la tendance fatale à devenir masculine.
Cet exercice entraîne, en effet, des allures qui ne sont certainement pas celles d'une jeune fille. Il la fait déserter la maison et prendre des habitudes d'indépendance bien éloignées, non seulement de l'idéal de la Romaine qui « restait au logis et filait de la laine », mais même de la femme en général. C'est chose très tentante d'entreprendre sans frais des promenades, des excursions, de se griser de grand air, de voir du pays, — beaucoup plus tentante que de faire un paisible exercice avec sa mère, de lire, de dessiner ou de travailler à l'aiguille. Mais cela dégoûte aussi de ces devoirs plus humbles et plus féminins. Le jour où cette jeune fille, qui fait de la bicyclette avec passion, devra rester chez elle pour surveiller son ménage, habiller ses enfants ou leur apprendre à lire, elle trouvera l'existence singulièrement terne.
Je me souviens, à ce sujet, d'un dessin humoristique assez amusant; un mari, rentrant chez lui, trouvant le salon emmitouflé,, la chambre en désordre, la marmite renversée, et comme épigraphe : Oh est mon foyer ? Le dessin suivant représentait une bicyclette et une silhouette féminine dans un lointain, et le mari, enfour-
chant son propre instrument pour la suivre, se retournait d'un air satisfait pour dire la réponse : Il est à bicyclette.
Enfin, cette liberté ou cette indépendance se traduit encore par la fréquentation trop habituelle et trop familière des jeunes gens. Ce ne sont pas, en effet, les parents qui peuvent, en général, accompagner les jeunes filles ; il y a les frères, mentors douteux, qu'abordent volontiers des camarades ; — il y a de jeunes ménages, mentors étourdis, souvent accompagnés par des jeunes gens. Dans ces courses par monts et par vaux, les convenances peuvent-elles être gardées dans toute leur rigueur?
Ne se trouve-t-on pas trop souvent tenté de traiter en camarade la jeune fille en pantalon ou en jupon court qui, grisée par le plaisir et l'indépendance, se montre de son côté plus libre qu'elle ne le serait à l'ombre de son foyer?
Je livre ces réflexions à la sagesse des mères, afin que, si elles ne peuvent empêcher leurs filles de monter à bicyclette, elles règlent et maintiennent, dans une mesure juste et prudente, l'exercice de ce passe-temps.
Education de l'àuie
L'éducation des facultés, dont nous nous sommes entretenues jusqu'ici, profite naturellement à l'âme, puisqu'elle forme l'être moral. Mais par ce mot âme^ j'entends particulièrement l'être intime, « le principe caché de nos pensées, de nos émotions, de notre volonté (i), » la puisj sance qui met en jeu les facultés.
Il faut tout d'abord rappeler que, pour quiconque admet le dogme catholique, l'âme est susceptible, en dehors des conditions naturelles d'existence inséparables de son essence, d'une vie supérieure, qui lui est communiquée par la pure et gratuite bonté de Dieu, et qui, l'unissant à Dieu même, s'appelle la vie surnaturelle.
(i) Bossuet.
C'est cette vie que vos filles ont reçue au baptême, que vous êtes non seulement obligées de conserver dans la mesure de vos forces, mais rigoureusement appelées à entretenir par les moyens divins qui en sont Taliment, et que Dieu a confiés en grand nombre à vos mains maternelles.
C'est elle qui est en vos filles le principe du bien, et la seule force capable d'accomplir ce bien sans erreur et sans défaillance. C'est elle seule qui est capable, par son expansion intérieure, de combattre et de détruire l'égoïsme, la vie personnelle, en y substituant la loi divine, l'amour divin, la vie divine. Et ici, ne vous récriez pas : ne dites pas que c'est là un langage mieux approprié au cloître qu'au monde. Si la forme d'existence varie selon les vocations et les individus, le principe intérieur reste le même, et chacun de nous doit puiser à la même source ce qu'il emploiera différemment, mais pour une fin unique.
L'éducation de l'âme consiste donc à entretenir et à accroître en nos enfants, par tous les moyens qu'offre la religion, l'étincelle divine qui y est déposée, qui consumera le mal, produira le bien, et les appropriera à leur destinée éternelle.