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LA CONNAISSANCE DE DIEU

Je ne peux jamais relire sans admiration ces paroles du catéchisme que je citais tout à l'heure : « Connaître, aimer, servir Dieu. » On

ne les remarque pas assez, quoiqu'on les sache par cœur, et beaucoup de chrétiens ne s'avisent pas d'en noter la sage, merveilleuse progression.

Connaître, d'abord, connaître, qui mène à aimer lorsque l'objet de la connaissance est souverainement aimable. Et aimer, qui mène à servir, parce que l'amour entraîne, soulève les fardeaux, ôte l'amertume, supprime la peine.

Il est indipensable de suivre cette progression. Je sais bien que, lorsqu'il s'agit de Dieu, la connaissance, Tamour et le service doivent être simultane's. Mais tout en formant les enfants à obéir aux lois divines, il faut, de toute nécessité, observer l'ordre que l'Eglise indique sagement.

Or, ce qui fait le plus défaut dans l'éducation de l'âme, c'est la base elle-même : la connaissance, autrement dit l'instruction religieuse.

Les mères chrétiennes parlent toutes à leurs enfants d'aimer Dieu. Elles trouvent dans leur cœur des accents touchants, poétiques ; elles font appel à leur sensibilité pour chérir le petit Jésus de la crèche, si pauvre sur son lit de paille, le Jésus crucifié, tout saignant, du Calvaire. Ces émotions, plus ou moins superficielles, aisément ressenties par un cœur d'en-

fant, constituent-elles cependant l'anfiour fort, I immuable, provenant d'un choix éclairé, d'une connaissance réfléchie, et assez vif, assez solide pour supporter, diriger, inspirer la conduite, déterminer le service, soutenir le sacrifice, le dévouement ?

Les mères chrétiennes veillent, d'autre part, très scrupuleusement à ce que leurs enfants remplissent les devoirs de la religion. L'assistance à la messe, l'abstinence, peut-être même une certaine régularité dans h réception des sacrements, seront exigées. On y joindra même des pratiques souvent méticuleuses ou fastidieuses, qui ne répondant pas chez l'enfant à un besoin ou à un désir, s'assimilent pour lui à une ennuyeuse corvée. Mais l'esprit, l'âme de la pratique religieuse, où est-elle? On agit sur la volonté sans songer à la préparer par la connaissance et l'amour !

Il faut le reconnaître, trop de femmes manquent d'instruction solide, et cela à une époque où elle est plus nécessaire que jamais, où la femme peut être appelée à réfuter une erreur, à établir une vérité, à combattre un préjugé; où il lui appartient de défendre la foi de ses fils, et où, au milieu des idées troublées d'une société mêlée d'éléments si divers, elle

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doit tenir dans mainte circonstance difficile le flambeau de la foi, de la règle.

Un certain goût pour la religion, une certaine tendresse de cœur ou d'imagination^ certaines habitudes de dévotion, toutes choses qui, aux yeux de beaucoup, sont synonymes de piété, ne peuvent tenir lieu de cette base solide. C'est de cette sorte de religiosité que parlait Joubert lorsqu'il écrivait : « La piété n'est pas une religion, quoiqu'elle soit l'âme de toutes. On n'a pas une religion quand on a seulement de pieuses inclinations, comme on n'a pas de patrie quand on a seulement de la philanthropie. On n'a une patrie et l'on n'est un citoyen d'un pays que lorsqu'on se décide à observer et à défendre certaines lois, à obéir à certains magistrats, et à adopter certaines manières d'être et d'agir. »

J'ajouterai qu'on n'est vraiment religieux qu'à la condition non seulement de pratiquer, mais de connaître sa religion, puisque la connaissance de la religion développe la connaissance de Dieu même.

« On oublie trop que l'histoire de la religion est le fond de l'instruction chrétienne, et l'on n'étudie pas assez l'histoire sacrée, l'Ancien ni le Nouveau Testament, ni l'histoire de l'Eglise ; et les mêmes jeunes filles qui ont résumé sept

OU huit histoires de peuples diffe'rents, n'ont peut-être jamais résumé l'histoire du peuple de Dieu, et n'ont souvent même pas lu avec suite lliistoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ (i).

L'instruction religieuse est trop souvent donnée à côté, et par conséquent en dehors des autres matières, sans qu'il y ait entre des enseignements ainsi séparés la corrélation, la logique nécessaires (2). C'est la plus grave des erreurs. Si Joubert a dit avec vérité que « sans le monde religieux le monde sensible offre une énigme désolante », on peut appliquer spécialement cette parole à l'étude de ^histoire, des sciences elles-mêmes, et aussi de la littérature.

Ce n'est pas assez de faire à Dieu une part, si large qu'elle soit, dans l'éducation : c'est en Lui qu'il faut tout voir. Il est Créateur, Maître, sa Providence dirige toutes choses, il mène l'homme qui s'agite, et qui, tout en restant libre, rentre dans le mouvement des rouages divins. En se déroulant, les siècles nous dévoilent une partie du plan qui demeurait obscur tandis que les êtres et les choses

(i) Monseigneur Dupanloup. — Lettres sur l'Éducation des filles.

(2) L'instruction religieuse n'a pas une place suffisante dans l'éducation si elle n'a la première. (P. Lacordaire).

concouraientinconsciemmentàrexécuter. Quelle lumière sur l'histoire et les destinées des peuples, que ce point de vue chrétien qui les subordonne aux desseins de Dieu ! C'est en nous y conformant que « nous puiserons dans la connaissance du passé ces sentiments qui font la grandeur des nations et que les plus belles théories ne sauraient inspirer^ une confiance abio'je dans cette Providence qui veille sur les peuples comme sur les individus, une conviction profonde de nos droits consacrés par tant de siècles, payés par tant de sacrifices, un respect absolu, réfléchi pour l'autorité, principe de force et de puissance, enfin, le vrai patriotisme (i) ».

Ainsi, montrer toutes choses à la lumière de la foi, en tirer une conclusion chrétienne, y puiser des raisons qui fortifient le sentiment religieux, voilà déjà une grande force et une connaissance éclairée.

L'étude religieuse doit avoir, cependant, des côtés encore plus précis. Il faut que la foi s'éclaire et s'étaie de toutes les clartés, de tous les appuis dont l'Eglise surabonde. Elle prise trop haut la raison humaine, ce flambeau allumé par Dieu même dans l'âme, pour ne pas la con-

(i) OzANEAUX. — Histoirt de France.

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vier au grand ouvrage du salut. Elle offre à notre foi des vérités qui peuvent être au-dessus de la raison, mais alors même elle explique les droits qu'elle a de les imposer.

Le dogme doit donc être enseigné fortement. Les jeunes filles, grandes ou petites, doivent posséder la lettre même du catéchisme, et l'entendre expliquer mot par mot, et historiquement, selon le conseil de Mgr Dupanloup.

En effet, l'étude en est beaucoup plus intéressante si l'on fait connaître aux jeunes filles les circonstances de telle révélation, de telle définition, l'origine des enseignements, les occasions dans lesquelles les vérités ont été promulguées, les conciles et les saints qui les ont défendues, les hérésies qui les ont combattues, etc.

Il y a encore un enseignement religieux historique spécial.

-«: Il faut, dit Fénelon, ignorer profondément l'essentiel de la religion pour ne pas voir qu'elle est tout historique : c'est par un tissu de faits merveilleux que nous prouvons son établissement, sa perpétuité, et tout ce qui doit nous la faire pratiquer et croire... Anciennement on instruisait par les histoires. C'était la méthode et la pratique universelle de l'Eglise. Elle consis-

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tait à montrer, par la suite de l'histoire, la religion aussi ancienne que le monde, Jésus-Christ attendu dans l'Ancien Testament, et Jésus-Christ régnant dans le Nouveau ; c'est le fond de l'instruction chrétienne. . . Cela demande un peu plus de temps que l'instruction à laquelle beaucoup de gens se bornent; mais aussi on sait véritablement la religion quand on sait ce détail, au lieu que, quand on l'ignore, on n'a que des idées confuses sur Jésus-Christ, sur l'Evangile, sur l'Eglise, sur la nécessité de se soumettre absolument à ses décisions, et sur le fond des vertus que le nom de chrétien doit nous inspirer.

« Toutes ces histoires importantes, singulières, merveilleuses, pleines de peintures naturelles et d'une noble vivacité, ne sont pas seulement propres à réveiller la curiosité des enfants ; mais, en leur découvrant l'origine de la religion, elles en posent les fondements dans leur esprit (i). »

Donc, une instruction religieuse forte, solide, je dirai même virile, doit être donnée aux femmes. C'est en cela que l'on peut, que Ton

(i) FÉNELON. — Traité de V Éducation des filles.

doit dire tout haut qu'elles ont les mêmes droits que les hommes. Bien que les discussions religieuses ne servent pas à grand'chose, et qu'il soit dangereux et inutile de les provoquer, il peut se produire telle circonstance où la femme, sous peine de lâcheté, est obligée de relever une parole injurieuse à la religion, ou une de ces erreurs qui ont cours dans le monde par suite de faux points de vue. Les femmes,, comme les hommes, sont enrôlées dans la grande armée chrétienne, et tout soldat doit, à l'occasion, défendre son drapeau. Qui n'a été, en pareil cas, tristement frappé de la pauvreté d'argumentation de la plupart des femmes? Elles émettent des lieux communs, des raisons de sentiment, et manquent presque toujours de savoir comme de tact, alors qu'il faudrait combattre les contradicteurs avec leurs propres armes : la logique, les sources historiques, etc.

Enfin, l'instruction religieuse est encore indispensable pour fortifier la foi, pour la rendre capable de subir, sans atteintes, les attaques directes ou indirectes auxquelles elle peut être en butte. Il n'est pas de femmes qui ne soient exposées à entendre énoncer des sophismes, des erreurs subtiles ; et si elles ne sont armées à l'avance, elles peuvent se laisser prendre à une

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apparerice de science et à de prétendues preuves historiques.

Toutes les jeunes filles devraient, en plus d'un cate'chisme détaillé, raisonné, expliquant le dogme, les sacrements, la liturgie, etc., étudier une apologétique, c'est-à-dire une réfutation des arguments le plus communément soulevés contre la religion, et des erreurs et des mensonges historiques. Depuis Tcrtullien et saint Cyprien, les saints, les docteurs de l'Eglise, les savants catholiques n'ont pas cessé de semer par le monde ces réfutations et ces explications. La science moderne elle-même leur a fourni des armes défensives, et l'on peut dire que pour les âmes de bonne foi, pas une attaque n'est restée debout en ce qui touche à la Vérité.

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