‹ Le féminisme de tous les tempsChapitre 70 sur 78 · LA LITURGIE · texte numérisé non relu

LA LITURGIE

A cette liste, d'ailleurs incomplète, je tiens à noter très spécialement une addition, indispensable à cette connaissance intime et pratique de Dieu qui mène à l'amour et se confond avec lui : c'est le paroissien, complété par un livre sur la liturgie.

C'est encore une chose qui m'étonne profondément de voir un si grand nombre de femmes choisir pendant la messe, non les prières liturgiques^ mais des effusions souvent banales, ou torturées pour rappeler les textes tout en les diversifiant. L'Eglise a été inspirée dans le choix

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de ses prières. Sa liturgie, qui remonte pour le fond à ses origines, et conserve pieusement des paroles qui étaient déjà dites dans les catacombes, est merveilleusement adaptée, non seulement aux fêtes qu'elle célèbre, mais aux dispositions qu'elle désire éveiller en nos cœurs. Des grâces très spéciales, une vertu très parti-' culière y sont attachées.

Je me souviens d'avoir un jour exprimé à un pieux évêque mon admiration pour l'émotion de ses allocutions et le choix de ses textes ; je n'ai jamais oublié la réponse qu'il me fit : « Je prends toujours mes textes dans le bréviaire, et les tire de la fête du jour. L^Eglise est une mère, qui nous distribue la nourriture quotidienne avec sagesse. En choisissant dans les aliments de chaque jour, on est toujours sûr de répondre à un besoin de l'âme (i). »

Aimer Dieu, c'est aimer l'Eglise, et la connaissance de l'Eglise mène à ce profond attachement, tout filial, qui doit caractériser les catholiques. La liturgie, sortie du cœur de l'Eglise, nous la fera donc connaître et aimer. Elle a des détails merveilleusement beaux, et la tendresse maternelle en est la note caractéristique. Quoi de

(i) Mgr Jourdan de la Passardicre.

plus touchant que ce prénom^ rappelé aux funérailles ? N'est-ce pas la mère qui recommande l'âme à Dieu par le nom qu'elle lui a donné au baptême, nom qui la spécialise en quelque sorte dans son amour? Quelle pensée plus délicate que celle qui préside à la fête des saints Innocents? Alors que pour les autres martyrs elle prend des habits de fête, elle adopte en ce jour ou le rose, pour célébrer ces « roses naissantes, prémices des martyrs », ou plus communément le violet, par respect, par sympathie pour la « voix qui s'élève dans Rama />, pour Rachel, « qui pleure ses enfants » et qu'elle loue « de ne vouloir pas être consolée»? Elle a des accents pour tous nos besoins, elle adapte sa prière à toutes leurs nuances. J'assistais l'autre jour à la bénédiction d'un navire. Elle s'attendrit sur ce nouveau-né gigantesque, elle loue Dieu du succès de ce travail qui l'a enfanté. Invitant les assistants à mettre leur confiance dans le Seigneur, elle demande instamment la protection d'en haut pour le navire, pour « ceux qu'il aura la mission de conduire à travers les mers ». Elle supplie le Maître de « leur tendre la main dans les moments d'angoisse, comme il a tendu la main à Pierre marchant sur les eaux ». Et, le conjurant de les conduire au port, elle étend sa solii-

citude sur leur mission et sur leur fortune terrestre : « Protégez le navire qui les porte, et le trésor qui lui est confié ! »

Il n'est pas de circonstance où l'Eglise n'intervienne, et n'ouvre les abîmes d'amour qui sont en elle. L'étude de la liturgie nous rendra, encore une fois, sa tendresse familière, et nous invitera à l'aimer.

Est-il, par exemple, un sentiment, un besoin, un état d'âme qui ne trouve dans les Psaumes le langage qui lui convient? Les chrétiens ne savent pas assez quelle source merveilleuse non pas seulement de grâce, mais encore de poésie leur est ouverte dans la sainte Ecriture. David n'était pas uniquement un grand pénitent et un grand roi; il fut aussi un grand poète, et il a des accents merveilleusement diversifiés. Quelle image plus saisissante que celle de l'impie élevé comme le cèdre, avec le contraste du verset suivant : « Je n'ai fait que passer, il n'était plus? » Quelle douceur reposante dans ce psaume : « Le Seigneur est mon Pasteur... Il me conduit le long des eaux sans me fatiguer... Quand même je descendrais dans la vallée des ombres de la mort, je ne craindrais rien... »

(i) Nous ne saurions trop recommander ici VAiince liturgique, " de Dom Gucrangcr, et le Livre de la prière antique, par Dom Cabrol .

Et cette description des bénédictions promises au juste : « Ses enfants entoureront sa table comme de jeunes plants d'olivier... » Et cette comparaison de la vie humaine et de l'herbe vite séchée, — de la terre qui change comme un manteau, comme un vêtement, du ciel que Dieu repliera comme une tente, — et ces louanges, empreintes d'un enthousiasme du plus haut 1}'rique, auxquelles sont conviés les êtres animés et inanimés, — et cette confiance, proclamée dans les termes les plus doux : « Le Seigneur vous gardera à l'ombre de ses ailes... il a ordonné à ses anges de prendre soin de vous, de peur que vous ne heurtiez vos pieds contre la pierre.,. » Et la douleur, enfin, s'exhalant comme le gémissement du « passereau solitaire sur le toit »;, tandis que l'âme, avide de Dieu, demande « les ailes de la colombe pour voler et se reposer» ?

C'est l'Esprit-saint lui-même qui s'est fait l'interprète de tous les sentiments de notre âme. Et nous négligeons le merveilleux, le divin manuel de prières qu'il nous a préparé !

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