SENSIBILITE ET SENTIMENT
Il est nécessaire, ici, de dire un mot d'un ccucil assez fréquent dans certaines éducations de jeunes filles.
Souvent, voulant développer en elles l'amour de Dieu, on n'arrive qu'à stimuler leur sensibi' lilé, à produire en elles des émotions qui, essentiellement liées à certaines circonstances, sont fugaces, éphémères, sans influence sur la conduite, et qui, en outre, offrent un réel danger : celui de tromper les jeunes filles et celles qui les dirigent, en leur faisant prendre pour une piété réelle, profonde, ce qui n'en est que l'apparence ou l'ombre.
En matière de piété, il importe essentiellement de distinguer entre \q sentiment et la sensibilité. Un sentiment très vrai, très profond peut fort bien ne pas avoir d'écho extérieur, et être indépendant des émotions. Le sentiment religieux naît de la bonne volonté, et l'amour de Dieu est un libre choix, une préférence de cette volonté, avant d'être une inclination naturelle du
cœur. Celle-ci, qui vient de la sensibilité, peut être un hommage à Celui qui a créé notre cœur et qui s'est fait homme pour le conquérir. Mais elle n'est pas indispensable, parce qu'elle ne dépend pas toujours de nous. Jésus-Christ a pris soin de tracer lui-même les règles à l'aide desquelles on reconnaît le véritable amour: « Celui qui m'aime gardera m.a parole, » et : « On connaîtra que vous êtes mes disciples si vous vous aimez les uns les autres. »
Donc, l'observation de la loi divine et l'amour du Christ visible, des membres du Christ, le prochain, voilà les marques de l'amour de Dieu dans une âme.
Il importe extrêmement de graver ces vérités dans les âmes des jeunes filles. Elles sont sujettes à des élans de dévotion auxquels succèdent des périodes de sécheresse ; dans le premier cas, elles secomplaisentvolontiers dans une piété de théorie, dans le second, elles sont tentées de croire tout perdu. Qu'elles apprennent à consulter ce critérium infaillible : remplissentelles leurs devoirs envers Dieu et le prochain, sinon sans défaillances, du moins avec bonne volonté ? Si oui, elles aiment Dieu malgré les obscurités et les sécheresses. Si non, elles se paient de mots et de sentiments imaginaires,
et elles ont de la sensibilité sans posséder le sentiment.