LE DEVOIR D ETAT
Et que de choses il y aurait à dire du devoir d'état !
Il est le sentier particulier trace' à chacun de lîous dans la grande voie générale où nous sommes engagés. Si nous ne le suivons pas, nous dévions de la voie elle-même. A ce devoir est lié pour nous le plan divin que nous sommes appelés à réaliser. A ce devoir sont attachés les secours spéciaux, la force, la grâce, le succès de notre vie chrétienne. De ce devoir, enfin, dépendent le bien et même le salut de ceux dont nous sommes responsables.
Chaque être, dans la création, a son rôle particulier, dont il ne peut s'écarter. Seul l'homme, doué de liberté, est appelé à accepter un devoir dont son choix fera le mérite, mais dont le rejet a pour lui des conséquences fatales.
Toute jeune fille doit être mise à même de reconnaître son devoir d'état, et, l'ayant reconnu, de le suivre de préférence à toute autre obligation moins impérieuse. Faute de lumière pour
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distinguer ce devoir, et d'énergie pour le pre'férer à tout le reste, on a des femmes dévoyées, des vies faussées, et l'on assiste à de véritables catastrophes sociales et domestiques.
Cela semble très simple de reconnaître où est le devoir, beaucoup plus simple, en tout cas, que de le pratiquer.
Il est cependant indéniable que beaucoup de femmes, dont le jugement n'est pas droit, se donnent beaucoup de peine en dehors de leur voie, et même se sacrifient à des devoirs imaginaires ou tout au moins secondaires.
J'ai connu une jeune femme qui a laissé son mari seul pendant des années, dans la ville où le retenait sa situation, pour vivre auprès de sa mère malade. Soigner sa mère, c'est bien, c'est louable, c'est un devoir dans certaines limites ; mais ces limites elles-mêmes sont tracées par la parole divine : « La femme quittera son père et sa mère pour s'attacher à son mari ; » et la fille très dévouée, très admirable, dont je parle, était une épouse égarée, responsable devant Dieu des révoltes de son mari, de son foyer détruit, de l'harmonie conjugale rompue.
Je connais d'autres femmes qui, pour ne pas accompagner leur mari en province où elles redoutent l'ennui, prennent pour prétexte les
études d'enfants très jeunes, qui ne souffriraient évidemment pas d'un changement de collège.
On en voit encore qui passent leur vie à faire au-dehors de bonnes œuvres, tandis que leur maison est abandonnée et leurs enfants négligés.
Ces personnes, évidemment, n'ont pas l'intention de manquer à leur devoir. Elles vous diront^ et c'est réel, que leur vie n'est qu'un long dévouement. Mais est-ce ce genre de dévouement que Dieu exige d'elles ? Tout est là.
Donc, il est plus important qu'on ne le pense d'apprendre aux jeunes filles à reconnaître ce que leur état exige ou exigera d'elles, et de leur faire comprendre que se dévouer, se sacrifier au détriment de ces obligations, c'est chose inutile et même répréhensible. 11 faut les prévenir contre les devoirs imaginaires, contre l'illusion.
11 est très rare, d'ailleurs, que le devoir soit douteux. Les enseignements divins, la voix intérieure de la conscience, le bon sens lui-même, s'il a été cultivé, éclairent suffisamment ce point. J'ajouterai que Dieu nous donne une assistance spéciale en tout ce qu'il exige de nous, une assistance qui s'appelle grâce, et qui se compose de lumière et de force. Mais si l'on se trou-
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vait dans une situation embarrassante, comme on ne saurait nier qu'il n'en existe, on peut et l'on doit prendre un conseil autorisé.
Et a3^ant reconnu son devoir, il faut y être fidèle. C'est dès les premières années, qu'une mère, qu'une institutrice doivent intervenir, inclinant vers le devoir le cœur des enfants, y formant leurs habitudes, et les pénétrant de l'impossibilité morale d'y manquer. Pour l'enfant, le devoir d'état consistera dans l'obéissance et le travail. Que ce soit une loi inflexible, que tout cède à ce qui doit être. On peut modifier les détails et les circonstances, mais le principe doit demeurer immuable. C'est là une formation dont les conséquences sont de la plus haute gravité, puisqu'il s'agit de l'orientation de la vie tout entière, du but indiqué par Dieu luimême.
Un prélat me disait un jour : « Si j'avais à fonder une confrérie, le nom en serait tout trouvé : je l'appellerais, sur de répondre à un besoin intense, et de combler une lacune plus que regrettable, la confrérie du devoir d'état ( I ). *
(i) Mgr Dulong de Rosnay.