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LA PRIERE

Nous pouvons considérer dans ce qu'embrasse \q mot prière, ce qu'on appelle généralement la piété ou la dévotion.

La piété de vos filles doit être sincère : ce n'est autre chose que l'épanouissement de l'amour de Dieu, la poésie de la religion, pour

répéter le mot de Joubert. La dévotion alimente la piété.

Mais la dévotion doit être éclairée. « Vous aimerez en esprit et en vérité », a dit Notre- Seigneur. Cela ne veut pas dire que nous ne devions pas à Dieu un culte extérieur : tout ce que nous tenons de lui doit lui rendre hommage ; mais le culte extérieur, s'il n'a une âme, ne saurait honorer le Seigneur.

Trop de femmes font consister leur dévotion à passer un certain temps à l'église, et surtout à réciter uue quantité déterminée de prières plus ou moins bien dites^ plus ou moins accompagnées de distractions. Trop d'entre elles encore font passer avant tout ce qui n'est pourtant pas indispensable, et se font une obligation, souvent fastidieuse pour les autres, de ce que leur seule volonté a établi ; elles ont même une complaisance erronée pour leur exactitude, qui, pourtant, en maintes circonstances, aurait dû céder le pas à la charité.

Que vos filles aient une idée plus juste de la piété et de la dévotion. Une femme qui vit dans le monde ne doit pas se créer d'obligations de ce genre. Des prières en petit nombre, mais animées d'une foi profonde et vivifiées par le sentiment de la présence de Dieu, sont préfé-

rables à des oraisons sans fin, dont l'attention serait presque toujours absente. Les exercices religieux doivent être tenus en grand honneur, mais subordonnés, en ce qui n'est pas d'obligation, au devoir d'état. C'est ainsi qu'une mère de famille qui négligerait ses enfants pour assister à des cérémonies religieuses de surérogation, comprendrait mal son devoir.

Cependant, il importe de faire une remarque. Trop de femmes prennent le prétexte de leurs devoirs d'état pour se dispenser des exercices religieux auxquels répugnent leur légèreté ou leur tiédeur ; elles oublient que la prière et la réflexion sont l'âme de leurs obligations, et qu'elles puisent dans les sacrements la patience, la force et la lumière pour les bien remplir. Il n'est personne qui ne puisse dérober soit à son sommeil, soit à ses plaisirs, soit à sa toilette, quelques instants à consacrer à Dieu. La famille et même le ménage y trouvent leur avantage. Une jeune femme qui avait pris récemment l'habitude d'assister quotidiennement à la messe me disait : « Tout, chez moi, se ressent en mieux de mon lever matinal ; jadis, je prolongeais mon sommeil, n'ayant pas le courage de me lever; maintenant, la pensée de la messe, d'une part, et de l'autre, l'impossibilité d'y as-

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sistcr si ce n'est de bonne heure, me stimulent ; je commence en somme plus tôt ma journée, sans parler de la disposition meilleure où je me trouve vis-à-vis des gens et des choses. »

Ce que je voudrais, c'est une piété qui établît entre Dieu et Tâm.e un lien intime, une vie commune ; ce qu'il faudrait, c'est convaincre les jeunes filles que Dieu réside en elles : « Si quelqu'un observe mes commandements, nous viendrons à lui^ et nous ferons en lui notre demeure. » Pénétrées de la présence de cet Hôte divin en elles, elles iraient joyeusement à leurs devoirs, à leurs plaisirs, même, se recueillant rapidement, mais souvent^ pour l'adorer, lui demander son aide, le remercier, lui dire une parole d'amour. Je voudrais que chacune d'elles prît l'habitude de se retirer quelques instants en elle-même le matin, pour élever son cœur à Dieu, lui offrir sa journée, se nourrir à' une. parole de l'Kvangile. Quelques minutes de ce cœur à cœur avec Dieu valent mieux que de longues prières vocales.

Je voudrais encore que la journée ne s'achevât pas sans qu'elle ait lu deux ou trois pages d'un bon livre. Quant au reste, il dépend des circonstances. Il est indiscutable que l'assistance quotidienne à la messe, quand elle est possible,

communique à la fois force, grâce et douceur. Un confesseur sage et prudent devra déterminer les conditions dans lesquelles on doit s'approcher des sacrements, et le devoir de la mère sera de s'incliner devant sa de'cision.

Enfin, je rappelle ici ce que je disais de la liturgie, et j'insiste également sur la dévotion jt?jroissiaîe.

Il y a des grâces spéciales attachées à la paroisse, et il est dans l'esprit de l'Eglise d'assister aux offices. Ils sont de la plus grande beauté, et s'exercer à en pénétrer l'esprit, c'est s'ouvrir une source intarissable de piété.

Les jeunes filles doivent encore apprendre à écouter les sermons et les instructions avec respect et bonne volonté, ne les considérant pas comme des séances littéraires, mais comme des secours donnés par l'Eglise, et s'isolant de la forme pour recueillir avec foi la parole de Dieu.

Avant d'abandonner ce sujet, que les mères me permettent de leur adresser un double conseil :

D'abord, de ne pas fatiguer leurs filles en leur imposant des actes de dévotion que Dieu ne leur demande peut-être pas, et qui risqueraient de les dégoûter de la véritable piété. Et aussi de

ne pas apporter de puérilité dans la pratique, de se garder de ce que sainte Thérèse appelait les dévotions niaises, dans lesquelles il entre plus de superstition que de vraie religion.

Ensuite, d'éviter l'excès contraire, qui est de redouter pour leurs enfants une note de piété trop prononcée. Dans leur intérêt comme dans le vôtre, vos filles ne connaîtront, n'aimeront, ne serviront jamais trop Dieu. Que craignezvous? L'excès ne vient pas de la piété, mais de son aveuglement ; à vous de l'éclairer.

Il faut le dire, beaucoup de mères redoutent, en laissant leurs filles suivre Télan de leur cœur et l'impulsion de la grâce, qu'elles n'arrivent à la vie religieuse. Je n'ai pas l'intention de traiter ici la grave question des vocations. Je dirai, en deux mots, qu'il y a eu des saints dans le monde comme dans le cloître, et que, selon saint Paul, « la piété est utile à tout ». J'ajouterai que l'on risque le s?.lut et même le bonheur de ses enfants, et que, d'autre part, on fait abus de son autorité en les détournant d'une vocation reconnue, et enfin, j'affirmerai que l'appel spécial de Dieu pour la vie religieuse est indépendant du développement de la piété, et que celle-ci consiste justement à chercher et à accomplir la volonté divine.

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