‹ Le feu au couvent comedie en un acte, en prose (volume 2)Chapitre 17 sur 86 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

Les Mêmes, ADRIENNE.

ÂDRIENNE, cbargén de parutions, dont quelques-unes lui échappent^ et avec un

petit cri.

Oh ! ça, tombe ! ça, tombe ! (Dc Môriel s’élance et la débarrasse. Adnenne

riani.) Dicu ! que c’est lourd à porter la gloire, (dc Mmci a puw u

musique sur le piano; il salue Adrienne et retourne auprès dc d'Avenaj.j .Mcrci ,

monsieur ! (Disposant sa musique.) Papa, je ne vous gène pas?

d’aVE.N AY, qui rèrait.

Non, non, mon enfant.

adrienne.

D’ailleurs, je ne vous entendrai pas. (niant.) Vous ne vous entendrez pas vous-mêmes.

Elle prélude très- bruyamment. Motif très-gui. Puis continue pianissimo. — Tout ce qui suit entre d’Avenay et de Mériel doit être dit très-vite et à voir basse.

d’ave N AY, comme s'il venait de prendre une grande détermination.

Écoute, mon ami. Tu ne peux plus être mon témoin.

DE MÉRIEL, étonne.

Hein ?

LE FEU Al! COUVENT.

d’ave N A Y.

Il faut que je m’cn procure un autre.

DE HÉRIEL.

Parles-tu sérieusement?

d’av e n ay.

Oui, très-sérieusement... Ne m’interromps pas, et surtout ne me refuse pas.

Il se met à écrire tout eu continuant de parler et s'assied sur la petite chaise, entre la table et le canapé.

DE HÉRIEL.

Qu’écris-tu là?

4 d’aven AY.

Tu le sauras tout à l’heure. (Reprenant.) Dans un instant, je vais partir ; Dieu seul sait si je reviendrai.

de HÉRIEL.

Oh! Paul!

d’aven AY.

Eh I mon cher, on se bat mal dans les dispositions où j.e suis... D’ailleurs, sans mettre les choses au pire, je puis être , blessé grièvement; et, je te l’ai dit, je n’ai pas de parents, pas de famille. Mon Adrienne ne peut pourtant pas rester sans protecteur, sans appui ; en supposant même que le sort me favorise tout à fait, je ne veux pas qu’elle soit complètement seule pendant le temps que durera mon absence. Tu vas donc rester ici ; c’est à toi que je la confie.

DE HÉRIEL, surpris.

 moi?

A D R I K N NE , s'anrt'Unt.

Trouvez-vous cela joli? Écoutez-vous un peu?

DE HÉRIEL.

Oui, mademoiselle.

d’av EN AY.

Oui, oui, mon enfant; continue.

DE HÉRIEL, i voix basse, (il est allé s'asseoir sur le eanapé et parle dans l'oreille de d'Avenay, qui écrit toujours.)

Tu veux me confier ta fille? à moi? Mais... es-tu fou? que dira le monde?

d’ave N AT.

Le monde !... Est-ce lui qui protégera Adrienne?

DE MÉRIEL.

Mais réfléchis donc, ai-je le droit, aurai-je la force de m’ériger en gardien de l’innocence d’une jeune fille? Moi, ton compagnon de folies, et qui, quoique plus jeune, serais presque ton maître.

d’aven AY.

Ce qui n’empêche pas que tu sois un homme d’honneur; je te connais, tu rempliras dignement la mission que je te confie.

DE HÉRIEL, •oultnt encart refuser.

D’Avenay !...,

d’ave N AY.

Quant à ton cœur, que tu crois complètement desséché, il n’en est rien, et la preuve (lui prenant la main), tiens, la voilà : malgré les railleries impies, tu as toujours gardé à ton doigt les cheveux de la mère, parce que cette humble petite bague, c’était ta mère elle-même qui, en mourant, l’avait placée là.

DE UÉRIEL, rirement.

Et elle y restera toujours.

d’ave N AY.

Tu crois donc encore à quelque chose? (lui prenant la main.) Eh bien 1 mon ami, jure-moi sur cette relique de protéger et de défendre Adrienne...

DE HÉRIEL, ému.

Je le jure; mais...

d’aV E N AY , lui donnant le papier sur lequel il écrirait.

Lis maintenant.

DE HÉRIEL, lisant à demi-roii.

H En cas de malheur, et si le sort m’était contraire dans le « duel que je ne puis éviter, je lègue à mademoiselle Ga- « brielle de Serney, institutrice de ma fille , la somme de « cent mille francs pour les soins qu’elle voudra bien, je « l’espère, lui continuer jusqu’au jour de son mariage avec

« l’homme qu’elle aura choisi. El je nomme mon exécuteur « testamentaire M. Jules de Mériel, le tuteur de ma fille a Adrienne. » (s interromparn.) Oh ! pour le coup c’est de la déraison .

Trois heures commencent à sonner. — Adrienne, tout en riant, reprend forté pour couvrir le bruit des pendules.

d’ave N AY , tt levant.

Trois heures ! Allons, il faut partir.

ADR lENNE, à part.

J’espérais lui faire oublier l’heure 1

V DE MÉRIEL, ae levant et bas i d'Avena;.

Écoute-moi 1

d’aVENAY, bas.

Prends garde I

ADRIENNE, à son père.

Ne sois pas longtemps.

d’ave N AY.

Non, non.

DE M ÉR JET. , bas à d’Avenay.

Encore une fois, je t’en supplie...

d’ave N AY.

Ne me refuse pas, je serai plus tranquille, (souriant.) Je me battrai mieux. (Haut.) Adrienne, Monsieur attend un de nos amis qui doit venir le prendre ici ; il reste donc. Tu es la maîtresse de la maison, tu lui en feras les honneurs.

adrienne, qui est venue à son père.

Je ferai de mon mieux. (eIIo a pris ta main de son père.) Tu as encore la fièvre, et plus fortement que tantôt môme; ne sors pas.

d’aven AY.

Oh ! il le faut, Adrienne.

adrienne.

Je vais être inquiète.

D*AVENAY, s’efforçant de rire.

Enfant!

ADRIENNE

. Demeure... je t’en prie!

LE FEU AU COUVENT. d’aVENAY, tris-flgilé.

C’est impossible, te dis-je... Allons, adieu; au revoir!...

(n l’embrasse en a(Tect.snt toujours la gaieté.) A bientôt ! à, bientôt !...

II serre furtivement la main de de Jlériel, puis, sur le point de partir, il saisit de nouveau A drienne, l’embrasse longuement sur le front et sort très -vite. — Advienne, qui depuis un instant est devenue triste et sérieuse, le suit longtemps des yeux.

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