SCÈNE VIII
D’AVENAY, DE MÉRIEL.
DE MÉRIEL, quand Fortunien a disparu.
Eh bien, mon cher ami, l’affaire est faite; j’ai ton témoin.
D’AVEN Aï, passant A droite.
Tais-toi 1
Qu’v a-t-il donc?
DF. MÉRIEL.
ij’avenay.
Bien.
DE MÉRIEL.
Qui donc peut nous entendre?
d’avenay.
Qui?... Eh bien! ma fille!
DE MÉRIEL.
Hein? ta fille? dis-tu... Toi, tu es père?
d’avenay.
Mais, oui, mon ami, je suis père... Père et... veuf.
DE MÉRIEL.
Tu as été marié?
d’avenay.
Tout ce qu’il y a de plus marié.
DE MÉRIEL.
Mais raconte-moi donc...
Il s'assied sur le fauteuil à cité du piano.
D’AVENAY, s'assejant sur le pouff.
Oui, mon cher, et aune femme charmante!... un pauvre ange qui s’est envolé trop tôt ; car, veuf à vingt-sept ans, et pardessus le marché maître d’une immense fortune, je devais fatalement faire ce que j’ai fait.
DE MÉRIEL.
Comment?
LE FEU Àl] COUVENT. 29
d'avenay.
Eh! sans doute, il faut, dit-on, que jeunesse se passe; et malheureusement la mienne a commencé à l’âge où elle aurait dû finir. Afin de rattraper le temps perdu, j’ai beaucoup couru. '
DE MÉRIEL.
Tu cours même encore.
d’avenay.
Et, je l’avoue à ma honte, j’avais presque oublié que j’étais père, et père d’une grande fille de seize ans, bientôt bonne à marier.
DE MÉRIEL.
Tu as une fille de seize ans, toi? Mais quel âge as-tu donc?
Est-ce que je le sais? Mais le fait est que cette chère petite vient de tomber tout à coup dans ma vie... irrégulière.
DE MERIEL, rianl.
Soyons polis...
d’avenay.
Et que pour elle il va me falloir rompre avec mes habitudes joyeuses, mener une vie patriarcale, entendre des messes en musique, et donner enfin au monde le spectacle de toutes les vertus.
de mériel.
Ah 1 le fait est que c’est cruel. *
d’avenay, se levant.
J’ai déjà eu tout à l’heure un assaut terrible à livrer à la fureteuse indiscrétion d’Adrienne.
DE MÉRIEL, sc levant.
Ah! elle se nomme Adrienne?
d’avenay.
Ces lieux, tout remplis de souvenirs profanes, il m’a fallu les purifier à l’improviste; juge un peu, mets-toi à ma place.
DE MÉRIEL.
Non, merci. Je ne me sens nulle vocation pour l’emploi des pèresnobles, attendu, d’ailleurs, que poury réussir honorable-
ment il faut débuter d’abord dans l’emploi des maris; à vingt ans, peut-être eussé-je pu y faire mon chemin tout comme un autre; mais aujourd’hui, il serait trop tard, et, je le vois bien, cette carrière-là m’est fermée... oui, fermée, car la satiété a brisé chez moi le prisme des honnêtes désire; et quant à mon cœur, il finit de sécher tranquillement entre deux pages de Voltaire.