D’AVENAY, ADRIENNE
ADRIENNE, regardant sortir de Hériel et s'appuyant d’une main sur la table.
Quel est ce monsieur, petit père?
D’AVENAY, un peu inquiet.
Un de mes vieux amis.
ADRIENNE, souriant.
Oh! ohl vieux!...
d’avenay.
Je veux dire un de mes plus anciens amis.
ADRIENNE
Il est très-bien! Oh ! mais... très-bien !
d’avenay.
Ah ! tu trouves que... (a part.) Est-ce que le coquin aurait eu raison? Demain je le consigne.
Dis donc, père, je viens de voir arriver trois grands messieurs tout de noir habillés... Est-ce que ce sont des notaires?
d’avenay.
Des notaires?... Oui! ils ont à parler à de Mériel.
ADRIENNE, venant à d’Avenay.
Je te dirai que j’ai visité mon pavillon du haut en bas; j’y serai très-bien. Ah! je te dirai aussi que j’ai fait ma liste, comme tu me l’avais recommandé : la voilà. Je n’aurai plus besoin de rien avant six mois.
d’avenay.
Vraiment?
ADHIENNE.
Ah ! il faut aller à l’économie.
D’AVENAY, l'admirant.
Elle est charmante!... Et dire que c’est ma fille!... Sais-tu que tu me ressembles?
ADRIENNE
Moi?... Oh! vous avez bien de l’amour-propre.
Plaît-il ?
ADRIENNE
C’est pour rire, va; tu es très-bien.
d’avenay.
Comme ce monsieur?
Presque mieux.
D’AVENAY, riant.
Attrape, de Mériel!
ADRIENNE
Et quand nous nous promènerons au bois, que notre calè-
chc nous suivra au pas, et que je serai à ton bras, comme ceci, parole d’honneur, je serai fière de toi !
d’avenay.
Cher petit démon!
Que dis-tu ?
D*AV E N A Y, avec amour.
Je dis... je dis que tu m’as déjà ensorcelé et que je n’avais pas éprouvé depuis bien longtemps un sentiment aussi doux que celui qui remplit aujourd’hui mon cœur.
ADRIENNE
C’est gentil ce que tu me dis là. Mais ce sentiment-là, s’il y a longtemps que tu ne l’as éprouvé , entre nous, c’est bien ta faute.
Ne gronde plus.
ADRIENNE
Non, non; c’est fini! Mais tu ne le feras plus?
d’avenay.
Plus jamais, je te le jure. D’ailleurs, tu ne retourneras pas au couvent.
ADRIENNE
Oh ! non.
d’avenay.
Tu es une grande demoiselle maintenant; tu as seize ans, tu es bientôt en âge d’étre mariée.
Il s’assied sur le fauteuil à côté du piano*
AD RIENNE
Oh ! cela ne presse pas.
d’avenay.
Soit. Mais, cependant...
ADRIENNE
Vous avez donc bien bâte de vous débarrasser encore de moi?
d’avenay.
Par exemple ! Mais nous ne nous quitterions pas pour cela ;
nOUS pourrions Vivre tOUS ensemble... (Avec on peu d'embarras pour
« qui suit.) L’hôtel est assez grand... môme... pour deux ménages...
ADRIENNE
Pour deux ménages! Que veux-tu dire?
d’avenay.
Je veux dire que... si... quelque jour... je me décidais, par hasard, à me... remarier...
ADRIENNE
Est-ce que tu y as songé?
Peut-être.
d’avenay.
ADRIENNE
Ah!
d’avenay.
Est-ce que cela te fâche?
Non; mais...
d’avenay.
Mais?
ADRIENNE
Rien. Et... dis-moi, père... as-tu déjà jeté les yeux sur quelqu’un ? ,
d’avenay.
Oui, je te l’avoue... J’avais jeté les yeux sur une personne une jeune yeuve pleine de distinction, de qualités...
✓ ADRIENNE, boudant.
Ah ! c’est fâcheux.
d’avenay.
Que cette dame ait des qualités?
ADRIENNE
Non. Continue.
d’avenay.
On ne lui reproche qu’un petit défau!...
ADIUENNE, .«*a«seyanl vivement «ur 1c poufT.
Un défaut! lequel?
d’ave n ay.
Celui d’aimer un peu trop le monde, qui, du reste, le lui rend bien; car elle y est recherchée, adulée!...
ADRIENNE
Et c’est cette personne-là que... Quel âge a-t-elle?
d’ave N AY.
Vingt-quatre ans.