AD R I EN N E
Et... elle se nomme?
d’ave N AY.
Madame d’Alizv.
ADRIEN NE, joyeuse.
Madame d’Alizy! oh! je la connais.
d’avenay. »
Tu la connais?
Oui. Cette dame est venue plusieurs fois au couvent pour voir une de mes compagnes... qui ne pouvait pas la souffrir.
d’avenay.
Et pourquoi? *
A DR IENNE.
Parce qu’elle la jugeait ce que nous l’avions toutes jugée nous-mêmes, c’est-à-dire impérieuse, hautaine, et d’une co-* quetterie!... Crois-moi, petit père, ce n’est pas la femme qu’il te faut.
d’avenay.
Voyez-vous cela 1
ADRIENNE
Tu ne serais pas heureux avec elle.
d’avenay.
En vérité?
ADRIENNE
Si tu tiens absolument à te remarier, je te marierai, moi !
d’avenay.
Toi? Ah! ah ! ah !
ADRIENNE
Ne ris pas; c’est un projet qui me préoccupe beaucoup et depuis bien longtemps. J’aurais préféré te garder pour moi toute seule; mais si tu dois prendre une femme, je veux , du moins, que tu la prennes de ma main.
C’est entendu!
ADRIENNE
Ne ris pas. La personne que je... te destine se nomme mademoiselle de Scrney : elle a vingt-cinq ans; c’est la fille d’un général de division qui, restée orpheline, s’est trouvée réduite à la triste condition de sous-maîtresse. Tu m’écoutes bien, n’est-ce pas ?
D’AVENAY, riant. *
Certes !
ADRIENNE
Ne ris pas !... C’est une personne fort jolie, très-bien élevée, et qui, depuis que je suis au couvent, a été sans cesse mon bon ange, ma providence. C’est-à-dire que, si elle était moins jeune, je dirais qu’elle a été pour moi une seconde mère... Ah ! tu ne ris plus?
, d’avenay.
Non, sans doute ; mais cependant, tu m’avoueras que ce n’est pas une raison pour que... Enfin, je ne la connais pas, moi, cette demoiselle; je... je ne l’aime pas; tandis que madame d’Alizy...
ADRIENNE
Mais puisque je te dis que tu ne serais pas heureux avec elle U.
d’avenay.
Tu me dis!... tu me dis!... moi je ne suis pas forcé de te croire.
ADRIENNE, se levant.
D’abord, j’aurai bien du chagrin si tu épouses cette feramelà...
d’avenay. -
A-t-on jamais vu?
ADRIENNE, frappant du pied.
Je veux que tu épouses ma bonne amie.
d’avenay.
Ah! c’est trop fort !... Eh bien! si je voulais , moi , que tu épousasses mon bon ami le vieux référendaire , qui loge dans l’hôtel à côté?
ADRIENNE
Ce n’est pas la môme chose. Je ne te référendaire, moi.
d’avenay.
Mais, enfin...
propose pas un vieux
ADRIENNE, sens l’écouter'el le caressant.
Elle est si bonne, ma Gabrielle !...
d’avenay.
Je ne dis pas qu’elle soit méchante, mais...
ADRIENNE , de même.
Quand j’étais malade, elle ne me quittait pas... elle passait toutes les nuits à mon chevet.
d’avenay.
A ton chevet?
ADRIENNE
Lorsqu’en comparant mon abandon au sort heureux de mes compagnes, j’avais le cœur bien gros, c’était elle <Jui me consolait et me rendait le courage.
d’avenay.
Ah!
ADRIENNE
Les jours de grande fête, alors que toutes s’en allaient une à une avec leurs familles et que je restais seule dans ce triste couvent, c’était elle qui venait s’asseoir auprès de moi sur le banc solitaire où je pleurais tout bas, et c’étaient ses baisers qui essuyaient mes larmes.
D’AVENAY, ému.
Vraiment?
Et enfin, quand je t’accusais, c’était elle encore qui te défendait. Ah! tiens, tu es un ingrat!
Elle descend en scène.
d’ave N ÀY , se levant et la prenant dans ses bras.
Gabrielle! (s« reprenant.) Adrienne!
ADRIEN NE, vivement.
Ah! tiens, tu l’aimes déjà; car déjà tu nous confonds toutes deux. *
d’aven a y.
Il est certain que... c’est un bon cœur; mais enfin... cependant...
ADRIENNE
Oh ! dis-moi que tu l'aimeras?.... Si tu étais son mari, je ne la quitterais plus jamais; et, d’abord, vois-tu, je ne pourrais pas plus vivre loin d’elle que loin de toi. Je mourrais de chagrin.
d’avenay.
Mourir! toi ! Veux-tu te taire, méchante enfant! adrienne.
A quand le mariage ?
D’AVE N AY , passant à droite.
A quand? à quand? Mais que diable! ça ne s’est jamais vu cela ! Ce ne sont pas les filles qui marient leurs pères, ça ne se fait pas, mademoiselle!
A DR1 ENNE
Bah ! pour une petite fois...
d’avenay.
Il faut au moins que je la voie.
adrienne.
Tu la verras.
d’avenay.
Ah! tu y consens? c’est encore heureux. Et puis, faut-il encore... que ma personne....
adrienne.
Oh! elle te connaît, et je te réponds de son consentement.
D’AV ENA Y.
Ah! il paraît que l’affaire est en bon chemin?