LE FEU A U COUVENT
jeté à la porte parce que je taquinais son chien depuis
treize ans.
DE MÉRIEL, liant.
Tu es fou !
JEAN, rentrant une lettre à la main.
Une lettre pour monsieur.
Il la remet à d'Avenay.
D’AVEN A Y, qui a*bri*é le cachet, k de Mériel.
Ah ! c’est de Maxime... (parcourant ta lettre.) 11 connaît la retraite de madame d’Alizy.
D'A-venay et de Mériel viennent en scène.
DE MÉRIEL.
Bah !... ' «
d’avenay.
Elle est à Nice, chez sa sœur. — Oh! je veux la rejoindre, je la rejoindrai... Je partirai... demain matin. Jean, vous ferez tout préparer pour ce voyage.
Jean se retire.
FORTUNIEN, debout à la cheminée.
Comment!... là, sérieusement, tu vas courir après cette dame?... Quelle singulière idée !
D’AVENAY, riant.
Oh ! toi, tu peux parler : je ne t’écoute pas.
Il passe à gauche.
FORTUNIEN, allant à lui.
Tu m’entendras toujours, et lu ne nous quitteras pas; tu ne peux pas nous quitter à l’heurc où les orchestres résonnent, où les raouls foisonnent, où la question d’Oricnl elle-même, quand le soleil est couché, cède le pas à la mazourke et au cotillon; et enfin, ce n’est pas au moment où l’on organise des fêtes au profit du malheur que ta charité peut se mettre en voyage.
Tu prêches dans le désert.
FORTUN1 EN.
Ah! ne me pousse pas à bout, je te fais arrêter à la frontière. — C’est bien assez de transfuges comme cela; c’est-à-dire que si ça continue, nous allons demeurer tout seuls à Paris, de Mériel et moi ; car voici déjà notre brillante colonie russe qui prend sa feuille de route pour la Belgique, où elle va attendre les événements. Mais ce départ est motivé, du moins; tandis que le tien... D’abord, madame d’Alizy est une beauté trèsordinaire....
D* A VEN A Y, riant.
Va, va, tu es dans ton rôle.
FORTUNIEN, sppujc sur la table.
Mais je parle très-sérieusement. De plus, c’est une coquette, une femme sans cœur...
D’AVENAY, riant.
Fortunien, est-ce que tu chercherais une affaire ?
FORTUNIEN.
Avec toi? pas si sot ; tu gagnerais ton pari.
d’avenaÿ.
Quel pari?
FORTUNIEN.
Celui que tu fis l’an dernier à pareille époque, jour pour jour.
d’aven A Y, riant.
Ah! oui, je sais.
FORTUNIEN.
Oui, cher, oui. Le 5 février 1853, à minuit sonnant, tu as parié que le 5 février 1854 tu aurais eu six affaires d’honneur; tu n’en as eu que cinq, et ce soir, à minuit, tu auras perdu.
D*AVENAY, riant sous cap*.
En tout cas, j’ai encore douze heures devant moi.
FORTUNIEN.
Ta, ta, ta, ta, les affaires d’honneur, après tout, ne poussent pas sur le pavé de Paris comme les fausses nouvelles sur le parquet de la Bourse. — Me battre avec toi? J’aimerais mieux
te faire des excuses et une rente viagère. (Regardant à sa montre.) Ah ! diable! mais je bavarde ici, et je vais manquer la course, moi; je me sauve! N’oublie pas que nous dînons tous chez toi. Ah ! à propos, tu as invité Volnav, n’est-ce pas?
d’avenay.
Oui.
FORTUN IEN.
Bon. Je le ferai enrager; je lui parlerai de sa femme. (Revenant encore.) Ah! dis donc ! Est-ce que cela te taquinerait que je ne vinsse pas diner?
d’avenay, riant.
Non, au contraire.
FORTUNIEN.
Alors, tu peux compter sur moi, je viendrai.
Il sort par le fond.
DE MÉRIEL.
Raoul ne revient pas; je vais te chercher un témoin. A bientôt !
d’avenay.
A bientôt !
Il sonne. — De Mériel s’éloigne par la gauche, où Jean parait en même temps.