‹ Le fief de Chères et ses seigneursChapitre 10 sur 34 · ANNE DE BEAUVAIS · texte numérisé non relu

ANNE DE BEAUVAIS

Jehan Crespin est le fondateur d'une famille qui posséda longtemps la seigneurie de Chères. Dès le commencement du siècle, on voit lux environs des Crespin, propriétaires

(1) Annuaire de la Sarlhe, année 18ii , pnges 49, 50.

de certains domaines. Ainsi , dès 1414 , le lieu de Courdou était borné d'un côté par les choses feu M^ Guillaume Crespin. Ce titre de maître indi(|ue sans doute que ce Guillaume était homma de loi. Notre Jehan Crespin luimême, suivant un aveu d^ 1473, exerçait les fonctions de conseiller en court laye.

Les Crespin faisaient-ils partie de la noblesss? C'est fort probable. Le fils aîné de Jehan Crespin parait dans un acte avec la qualité d'écuy?r : quelques autres membres de la famille, au XVII<* siècle et au XVIII*', se disent également écuyers, et leurs alliances avec plusieurs familles nobles viennent encore à l'appui de cette opinion.

Jehan Crespin vécut jusqu'en 1483.

Voici les principaux actes, signalés par l'inventaire, pendant les vingt années qu'il fut seigneur de Chères.

Le 30 janvier 1463, la confrérie de Saint-Germain de Savigné rend déclaration pour le lieu de la Mercerie ; pour un petit bois qui joint celui de Gaucher; pour trois quartiers de gast touchant d'un bout le chemin de la Maladrerie à Chères , d'autre bout les gasts du curé de Savigné , d'autre bout les gasts de la Forge de l'église de Savigné ; pour deux quartiers de vigne au clos d'Hauteville , touchant les vignes de l'Hôtel-Dieu de Savigné, et pour trois quartiers de bois et buissons touchant d'un bout aux gasts Menard.

Le 12 mars 1471, à la mort d'Isabeau Gastel, il s'élève une vive contestation entre Jehan Crespin et Jehan Mouschet, à propos de certains règlements. Des amis communs empêchent les deux beaux-frères de pousssr les choses trop loin et finissent par leur faire accepter un arrangement, que les parties signent le 30 a\Til 1472. C'est une copie de cet accord, qui nous a révélé les noms des enfants de Jehan de Beauvais, et ceux des deux gendres Mouschet et Blanchard.

Le 16 septembre 1472, pardevant Pierre de Courthardy, licencié es loix^ juge ordinaire du Maine, comparaissent les religieux, abbé et couvent de Saint-Vincent, en la personne

de Jehan de Cordon leqr procureur : ils sont condamnés payer à Jehan Crespin , seigneur de Chères, demandeur, les arreraiges de dix sous deux deniers de deux ans eschettz du jour Faint Jehan Baptiste , pour raison de certains heritaiges, que la dit abbé tient au fief de Chères.

Le 9 octobre 1473, le seigneur de Forges rend son aveu. Cette pièce nous représenta fort bien ce qu'étaient alors les petits fiefs aux environs du Mans. Par les restes de fortifications, que beaucoup d'entr'eux conservaient encore, ils apparaissaient comme les témoins muets et désolés de l'état de guerre, oCi avaient si longtemps vécu nos ancêtres, et de la lutte afl'reuse soutenue récemment contre les Anglais.

« De vous , honorable homme et saige monseigneur Jehan Crespin , conseiller en court lave , seigneur de Chaeres a cause de madame Anne vostre espouse , je Jehan Caucher tiens et advoue a tenyr a foy et hommaige simple a cause de vostre dicte seigneurye de Chaeres, mon lieu et apartenances de Forges, ainsi qu'il se poursuit et comporte, tant en fief que en domaine, duquel la déclaration sensuit, et premièrement de m)n domain? l'aistre maisons ou est logie le matuier, granche, courtil, verger, pastiz du Casseau avecques le circuit de la Mote da dict lieu et douves denviron, en laquelle mote a deux maisons »

Jehan Caucher parle ensuite de sa garenne à connins, nommée Gresillon, bornée d'un côté par le chemin tendant de la Croix-de-Forges à l'étang de Roullecrotte, de sa garenne à lièvres et à perdrix, et d'une pièce de terre de trente journaux, partie en bois, partie en labour, en laquelle sont con^rin"* Vaistre et la mote du Feu.

Ainsi, sur un domaine si peu étendu, deux mottes, qui servaient de défenses aux seigneurs de Forges I

Jehan Caucher, poursuivant la description de son fief, déclare encore près de soixante-quinze journaux de terre, sans compter les prés et les vignes. Ce petit vassal a lui-même des vassaux, dont il donne les noms avec une complaisance

mêlée de vanité. Il exerce la justice foncière , a droit de prendre en son fief grosses bestes rouges ^ rousses et noires.,. Il termine par ces mots : « lequel adveu jay signé de mon seing manuel et a ma requeste ont signé M*' Jehan Le Joyant et Guillaume Duperrier, et pour plus grand confirmacion jay faict sceller le dict adveu du petit scel des contractz du Mans. »

Le 4 juin 1476, Jehan Crespin fait un échange avec sa belle-sœur Loys? de Beauvais. Il lui donne vingt cinq sols tournois et deux chapons de cens et devoir à prendre chacun an au jour siint Uémy sur un bordage contenant quatre journaux de terre et trois quartiers de vigne en gast, sis au tertre Ysambart, en la seigneurie de Chères; et, en récompense, Loyse de Beauvais donne à son beau-frère les hommages que hiy sont tenus fnive : Jc^han Thibergeau, une foy et hommage simple à caus3 de sa terre de Boysrier en Sillé-le-Philippe ; Pierre des Arglentier.^, dit Possay, une foy et hommage simple h causa de son lieu de Jaglolay ; Pierre de la Becquanne, foy et ho nmage simple à cause de sa terre de Feumusson, idiu.c hommages autrefoys donnés en partaige à la dite Loys\

Enfin, au mois de juin 1477, le curé de Savigné, nommé Jehan Le Pennetier, rend déclaration pour six quartiers de vigne au clos de Obérais, sept quartiers au clos de Montchevrier, et trois quartiers de bois sis dans les bois de Chères.

Nous ignorons la date précise de la mort de Jehan Crespin ; mais il n'est pas possible de la reculer au-delà du printemps de 1483. Nous lisons, en effet, dans l'inventaire, que, le 30 mai de cette année, Jehan Crespin faisait un échanga avec Denis Péan, sieur de Beaufeu , et que, le 8 décembre suivant, Anne de Beauvais était remariée avec Gilles Prieur.

La précipitation, avec laquelle Anne de Beauvais avait convolé en secondes noces, ne prouve pas de sa part une

grande affection pour son premier mari. Malheureusemsnt, nous n'avons aucun renseignement sur les circonstances au milieu desquelles s'accomplit cette nouvelle union.

Jehan Crespin laissait trois enfants : Emery, Jehan et Renée. Emery, en qualité d'aîné, deviendra seigneur de Chères. Nous voyons, en 1505, paraître Jehan comme possesseur de la métairie des Bussonnières. Quant à Renée, elle épousa Jehan de Favières et lui apporta en dot la moitié du lieu et domaine de Montchevrier (1).

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