II
Nous avons sur Gilles Prieur fort peu de documents. Il était sans doute de la même famille que François Prieur, qui eut l'honneur d'exercer les fonctions de connétable de la ville du Mans pendant Tannée 1486 (2).
Dès le 8 octobre 1483, l'inventaire nous le présente comme faisant acte de foi et hommage à Philippe de Luxembourg, évêque du Mans, pour raison des fiefs et domaines de Villechenon et de Binon, dépendant de la seigneurie de Chères et appartenant h lui, Gilles Prieur, à cause d'Anne de Beau vais, sa femme.
Dans un acte du 2 février suivant, il est qualifié écuyer, seigneur de Chères et des Goislardières, à cause de sa femme.
Il ne devait pas être en bonne intelligence avec Emery Crespin, fils aîné d'Anne de Beauvais, et cela se conçoit facilement. L'inventaire signale un acts du 24 septembre 1491, par lequel Guillaume Duperrier reconnaît a retraict led. Emery des choses qu'il a acqui.ses de Gilles Prieur et d'Anne de Beauvais.
(1) Voir plus loin, page 351.
(2) Annuaire de la Sarlhe, année I8il, p. il. Ce Ti-ançois Prieur étaitil de la maison Prieur, noble de nom et d'armes, qui possédait la seigneurie de Chantelou dos le X!V« siècle?
Quand Gilles Prieur mourut-il ? Rien ne Tindique d*une manière précise. Une transaction, passée en juin 1498, montre qu'il vivait encore à cette époque. D'un autre côté, Eraery Grespin paraît comme siigneur de Chères, au mois de juin 1503. On peut en conclure que son beau-père est décédé au plus tard vers la fin de 1502.
Anne de Beauvais, devenue veuve pour la seconde fois, avait sans doute cédé ses droits à son fils aîné, se réservant une rente et quelques terres pour finir .ses jours tranquillement.
Une déclaration du 3 juin 1510 pour le champ des Guichardières, joignant d'un bout la veufve Gilles Prieur, d'autre bout Jehan Grespin, firait croire qu'elle était encore vivante à cette époque.
GHAPITHK V.
EMKRY CRESPIN.
Il y avait au moins dix ans qu'Emery Grespin était marié avec Isabeau de Moulins, quand il entra en possession du fief de Ghères (1). Des 1504, Isabeau était morte sans laisser d'enfanU^. G'est une procuration, datée du 14 juin de cette année, qui nous donne ces détails et nous fournit les seuls renseignements que nous ayons sur la famille de cette jeune femme :
« En la court royal de Bourgnouvel, damoyselle Renée de Germaincourt, veufve de noble homme feu Estienne de Moulins, seigneur des Angevinières, en son nom et comme ayant le bail de Robert de Moulins, escuyer, son filz aisné et principal héritier, nomme pour ses procureurs generaulx et certains messaigers especiaulx nobles hommes Jacques de Germaincourt, escuyer, seigneur de la Gitere, et Guillaume de la Pemere, escuyer, seigneur de la Barrière, a l'efl'ect
(l) Voir l'inventaire, ailicle 85.
de vendra et recepvoir Iss deniers de la vente de tous les biens meubles appartenans a ladicte Renée de Germaincourt et a sondict filz, a cause de la mort de damoyselle Isabeau de Moulins, en son vivant espouse de noble homme Emery Grespin, escuyer, seigneur de Chères, et aussi de recepvoir la somme de 350 livres tournoys ou 17 livres tournoys de rente ou de la vendre, laquelle somme ledict Grespin eust en mariage avec ladicte Isabeau de Moulins, sœur dudict feu Estienne de Moulins. Faict en présence de honneste homme Mathurin Goustu, notaire en court lave, Pierre Haultpas et Jehan Roesne, tesmoings. »
GONGNIART.
Emery Grespin se remaria, sans doute, peu de temps après. Sa seconde femme se nommait Guillemine de Langlée.
Elle était d'une famille de jurisconsultes, dont le nom devait devenir tristement célèbre pendant les troubles religieux de la fin du siècle. Aux Etats du Maine, en 1508, on remarque, parmi les licenciés es loix, un Gharles de Langlée, et parmi les avocats et procureurs en court laye, un Jehan de Langlée, lieutenant du bailli de Beaumont (1).
En 1507, le cardinal Philippe de Luxembourg avait résigné son siège du Mans en faveur de son neveu François. Le premier jour de mai, le nouvel évêque partit du château de Touvoie pour aller coucher h l'abbaye de Saint-Vincent et pour faire le lendemain son entrée dans sa ville épiscopale.
Le bailli de Touvoie, M® Jean Salles, a raconté, en forme de procès-verbal, tout ce qui s'est passé pendant ces deux journées. On ne saurait trop louer Dom Piolin d'avoir fait connaître cette curieuse relation. Elle a pour nous un charme que ne sentaient pas les contemporains : on y trouve en même temps uns naïveté et une grandeur, qui attachant, frappent et émeuvent fortement tout esprit un peu cultivé.
(1) Annuaire de la Sarlhc^ année 1839. — Claude de Langlée, maréchalgénéral des logis, camps et armées du Roi, fils de messire Alexandre de Langlée, était seigneur de la Grange-Moreau, à Vallon, en 16i2.
Comme vassal de Tévêque pour les fiefs de Villechenon et de Binon, et surtout comme un des principaux seigneurs de la paroisse de Sa vigne, Emery Grespin se trouvait au château de Touvoie, lorsque François de Luxembourg s'apprêtait à gagner le Mans, et il accompagna à cheval jusqu'à l'abbaye de Saint- Vincent le prélat, dont l'escorte , peu nombreuse au départ, se grossit à mesure qu'il
avança <r Et à la pailie du dit château fut accompagné
de révérend père en Dieu et sieur monsieur Gilles de Luxembourg, évèque et comte de Ghâlons, pair de France, vêtu d'un sayon dô velours noir et mantelure de camelot noir par dessus, avec leurs gens; le sieur de Feumusson, le sieur du Mesnil, le sieur de GheiTes, et nous Jean Salles, licencie es-loix, bailly ; maître Jean Dollery , greffier de la baronnie de Touvoye; la plupart des sergents de Touvoye, garnis de masses esquelles étaient les armes de mon dit sieur (4) :/>
L'inventaire mentionne une centaine d'actes de 1507 à la mort d'Emery Grespin : la plupart n3 présentent aucun intérêt. Voici les plus remarquables :
En 4508, les administrateurs de l'Hôtel-Dieu de Coëffort font acte de foi et hommage pour leur fief de Beaucé et obtiennent composition de rachat à douze écus.
En 1509, le curé de Savigné, Jacques Abot, rend déclara-, tion pour six quartiers de vigne joignant d'un côté les terres de Jehan Grespin, et pour les deux parts de dix-huit sous et de deux boisseaux de blé, affectées sur la terre de Ghères à la rétribution d'un service fondé par Anne de Beauvais.
En 1512, Emery donne à l'administrateur de l'Hôtel-Dieu de Savigné une quittance et ensaisinement pour l'acquisition d'une pièce de terre, en laquelle est la justice patibulaire.
En 1513, les maître, frères et administrateurs de l'Hôtel- Dieu de Goëffort rendent aveu pour raison d^ la terre, fief
(1) Histoire de VÉyîive du Mann, t. V, p. 264-265.
et seigneurie de Beaucé et des boi-dages de la Gauterie et du Vivier, le tout ahoiitant d'un bout les choses de Château- THermitage, d'autre les choses di Fontenailles, d'autre les fiefs des Hospitaliers de TEpine en Belin.
Eniery a dû mourir au plus tard vers Ir» conunencenient de 1528. Le 12 mai de rette année, Guillemine de Langlée, sa veuve, faisait acte de foi et hommage au Roi pour raison du fief de Chères.
Nous n'avons pas trouvé d'acte concernant le paitnge des biens du défunt.
Il laissa trois enfants : Guillaume, Jehan et Marie. L'alné, Guillaume, lui succédera ; Jehan, le puîné, entra dans les ordres et devint prêtre. Il était connu sous le nom de sieur de la Mercerie et habitait la paroisse de Savigné, comme l'indique une pièce de 1540.
Quant à Marie, elle épousa M«^ Julian Péguyneau. De leur union naquirent plusieurs enfant^, enti*e autres Marie et Françoise les Péguyneau.
Marie Péguyneau devint la femme de honneste homme Pierre Sabeau, seigneur de Forges. Dans l'acte qui nous fournit ces quelques données sur Marie Crespin et sur sa postérité, figurent comme témoins }JL^^ Jehan Crespin, preslre, sieur de la Mercerie, et W Julian Péguyneau, praticien en court laye^ demeurant en la paroisse de Neufville (22 septembre 1549. )
La famille Péguyneau avait occupé un rang distingué dans la ville du Mans dès le commencement du XV« siècle. On voit un André Péguyneau, lieutenant-particulier du juge du Maine en 1419. C'est peut-être le même qui, en 1452, était lieutenant-général du sénéchal (1). Au XVII« siècle, il y avait des Péguineau, imprimeurs - libraires au Mans. Appartenaient-ils à la même famille?
(l) Pesohc; D'iclionnçiu'C de la Sarlhc, t. lU, p. iiG-U7.