‹ Le fief de Chères et ses seigneursChapitre 14 sur 34 · GUILLAUME CRESPIN, 2° DU NOM · texte numérisé non relu

GUILLAUME CRESPIN, 2° DU NOM

L'aîné des enfants laissés par Charles Crespin s'appelait Guillaume. Il est connu sous le nom de Guillaume Crespin le jeune , pour le distinguer de son oncle , le sieur du Vau , que l'on nommait Guillaume Crespin l'aîné.

Suivant un acte de 1603, il avait quatre sœurs : Antoinette, Renée, Marguerite et Anne.

Crespin l'aîné avait accepté la charge de curateur de toute la jeune famille.

Le nouveau seigneur de Chères étudia le droit et devint avocat, comme ses ancêtres. Il épousa Marie Le Barbier, fille de François Le Barbier, avocat, et de Marie Jardin. Son contrat de mariage, passé devant M® Estienne Meslé, notaire à Montreuil, ne se trouve pas parmi nos documents. C'est une perte regrettable. Nous aurions su peut-être, grâce à cette pièce, à quel degré Marie Le Barbier appartenait à la famille du célèbre Gervais Le Barbier de Francour.

Crespin le jeune se voyait à la tête, non d'une fortune , mais de dettes nombreuses, dont nous ne savons pas l'origine. Dans les temps de troubles et de guerres que Charles Crespin avait traversés, il pouvait avoir subi des pertes sérieuses, et son héritier, loin d'être homme à rétablir les affaires de la maison, avait souvent recours à la bourse du sieur du Vau. Les embarras d'argent allaient

tailles à Château-du-Loir (Généalogie de la famille Aubevt, par M. Le Joyant.). — Pesche cite un Guillaume Surgan, seigneur de la Courbe en 1650. Ce fief était situé dans la paroisse de Beaumont-le-Vicomte.

donc croissant d'année en année , et les conséquences d'un pareil désordre devaient se faire sentir tôt ou tard.

Nous trouvons, dans un acte de 1605, des détails trèsétendus sur ces misères intimes.

Le seigneur de Chères devait à son oncle diverses sommes, dont le total montait à cette épocjne h deux mille cent vingtcinq livris, intérêts au denier douz3 compris. Il avait été, sur les poursuites de Crespin l'alné, condamné deux fois par le sénéchal, et il n'avait rien payé. Cependant las autres créanciers, et ils étaient nombreux, perdaient patience. Les choses en vinrent au point que, vers l'an 1598, ils firent vendre par décret la terre, fief et seigneurie de Chères.

Le sieur du Vau s'en rendit acquéreur, sans doute pour ne pas laisser les biens de ses pères tomber dans des mains étrangères. Sur le prix d'acquisition, il désintéressa les créanciers et paya tous les frais de la vente.

Voici le compte de distribution des deniers provenant de la dicte vente :

Pour droit de consignation. . . 229 l. 10 s. » d.

Pour frais de justice et de distribution. 349 4

Aux chappelains de Saint-Michel, pour frais 190 4 9

Aux mêmes pour ferme de la Mercerie. 100

Pour frais du compte rendu par Magdeleine Sui^an à Crespin le jeune, et pour délivrer sentence et payer les espices dHcelle donnée entre le dict Crespin et la dicte Surgan. . . . 421 5

A François de Villebedon. . . 508 4

A noble homme Jehan Guillon , sieur de Monthebert 1204 4

Aux maistre et administrateurs des i4n/^;îsduMans 233 10

Aux doyen, chanoyiics et chapitre de l'Eglise du Mans 1315

Aux mêmes 169 l. 11 s, 8 D. *

Aux dicts chappel nus de Saint-Michel. 2029

A Sumon No?l 261 9 ,

A GÂiillaume DagueiT. ... 870 16 8

Au dict Syiîîon No3l 917 13

A maislre Mich?l Aubourg. . . 120

AudictNoel 74

A noble homme Jacques de Mont?sson. 4

Au dict Grespin rainné pour frais,

privilège de la curatelle des puisiu's •

minfntrs du dict Grespin le jeune. . . 138 18 9

Ge dernier n'avait pu trouver dans le prix de vente de j

quoi s'acquitter envers son oncle. Il dut y avoir de la part *

du sieur du Vau de nouvelles réclamations, et le neveu, pour échapper à des poursuites pressantes, eut recours aux ruses oi'dinaires de la chicane. Il fit appel, devant le Parlement, des anciennes sentences prononcées contre lui par le sénéchal, et attaqua la distribution des deniers de la vente.

Un long procès allait donc s'engager devant la cour, lorsque des amis communs s'interposèrent et firent conclure ^ j

un accord, dont voici quelques extraits :

« Furent presens et comparurent persoimellement pardavant Germain Desmarquetz et Glaude de Troyes, notaires du Roy n"*^ sire en son chastellet de Puris sobsignez, maistres Guillaume Grespin laisne, sieur du Vau et de Ghcres, damourant au Mans et de présent estant en ceste ville de Paris,

logé aux faulxbourgs Sainct Germain des Prez, rue de Bussy !

d'une part, et Guillaume Grespin le jeune, advocat au Mans

et y demourant aussy estant de présent en ceste d. ville de '

Paris, logé en la rue de la Harpe daultre part, lesquels de leurs bons grez, pures franches et libéralles voluntez, recongn eurent et confessèrent avoir faict convenu accorde transige pacifié et appoincte en la manière qui ensuit cest ascavoir que led. Grespin le jeune a recongneu et confesse

les sommes demandées par led. Grespin laisne luy estre î

justement deues pour les causes rapportées par lesdicls i

jugrîinens.... lesquelles sommes led. Crespin le jeune a promis promect et soblige paier aud. Crespin laisne avecques

p les interestz a la raison de lordonnance et sest departy et

départ de l'appel parluy interjecte des dictz deux jugemens... Aussi sest departy Crespin le jeune de lapp3l par luy interjecte du procès verbail de distribution des deniers proceddez de la vente de la d. terre de Chères, de la Pierre et autres héritages, a voulu consenty, veult et consent quil sorte son plain et entier effect sans aucunement y desroger,

* a quicte Crespin laisne de la somme de neuf mil quatre

cens quinze li\Tes quil debvoit pour tous les d. acquestz, pour lavoir payée par vertu du d. jugement de distribution

, et ordonnance du sieur seneschal du Mayne....

¥ Plus sest departy Crespin le jeune de lappel interjecte par

luy du décret de la d. terre de Chères et a voulu quil sorte son plain et entier elTect, sest oblige et soblige a l'intention dii d. décret, au moïen que Crespin laisne a promis desduire et desduict par les présentes a Crespin le jeune la somme de quatre cens livres a luy deue, en sorte que Crespin le jeune demeure seullement tenu et oblige paier a Crespin

laisne la somme de dix sept cens vingt cinq livres

A promis en oultre Crespin le jeune et sest oblige faire cesser linstance encommencee par Marie Le Barbier sa femme, soy disant auctorisee a la poursuitte de ses droictz contre Crespin laisne en la demande quelle luy faisait de la somme de cinquante escus pour épingles lors de la vente de

' la terre de Chères, daultant que ceste somme est entres au

prix des contractz, et luy fournir jugement absolutoire delà d. Le Barbier pour ceste demande »

k Suivent de nombreuses précautions, prises par Crespin

l'aîné contre les recoui's, que pourraient exercer les sœurs de Crespin le jeune, lors de leur majorité.

Il est probable que ce dernier trouva les moyens de payer la somme, qu'il avait reconnu devoir h son oncle. Du moins, nous n'avons plus rencontré, parmi nos documents, la moindre trace des difficultés, qui avaient existé entr'eux.

Voilà comment la branche directe des Crespin fut définitivement dépouillée de la terre, fief et seigneurie de Chères.

C'était dur d'abandonner tout espoir de recouvrer un licU, où l'on avait été élevé, et les honneurs, qui y étaient attachés. Mais l'affreuse nécessité était là, et il fallait se soumettre.

Nous laisserons les Crespin de la branche directe suivre leurs destinées, pour nous attacher à la branche collatérale, devenue maîtresse de notre llef. Plus tard, nous reviendrons à Guillaume Crespin le jeune et à ses descendants, dont le dernier doit rentrer par héritage en possession de biens perdus depuis plus de cent cinquante ans.

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