‹ Le fief de Chères et ses seigneursChapitre 16 sur 34 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Jacques Vasse et Anne Crespin.

Une généalogie manuscrite, provenant du château des Bois, nous apprend que la famille Vasse descendait d'un seigneur anglais fort riche, venu dans le Maine, probablement vers la fin de la guerre de Cent ans (1).

La branche la plus importante de cette famille fut celle à laquelle appartenait Michel, sieur de la Pelerinière, avocat au Mans. Il demeurait dans la paroisse du Crucifix, et de son mariage avec Marie Richer vinrent trois enfants :

Michel Vasse, lieutenant-criminel ;

André Vasse, doyen du Grand-Saint-Pierre, prédicateur remarquable et bienfaiteur de l'Hôtel-Dieu ;

Marie Vasse , mariée à François Joubert , sieur de la Championnière.

L*aîné, Michel Vas.se, eut un fils, Jean Vasse, lieutenantcriminel, mort sans postérité, et deux filles : Renée et Marie.

Renée Vasse épousa René Le Vayer, sieur de la Bavière, lieutenant -général. C'est la mère de nos Le Vayer, qui donnèrent le rare spectacle de cinq frères distingués parleurs vertus et leur savoir : François Le Vayer, lieutenant-général ; Jacques Le Vayer, sieur de la Curie, dont le décès fut marqué par un deuil public ; Michel Le Vayer, grand doyen

(1) Cette pièce a été copiée en 1859, par feu M. Félix Le Joyant, sur un vieux manuscrit possédé par M. de Sevin. Nous eu devons la communication à l'aimable obligeance de M. l'abbé Esnault.

de Saint- Julien ; Roland Le Vayer, sieur de Boutigny, le célèbre écrivain, et Charles Le Vayer, grand archidiacre du Mans.

Marie Vasse, seconde fille du lieutenant-criminel Michel Vasse, fut mariée à Jacques Le Gorvaisier de Courteilles, et donna naissance à l'historien des Evèques du Mans, Antoine Le Gorvaisier de Gourteilles.

Quant à Marie, femme du sieur de la Ghampionnière, elle eut quatre filles, dont les trois premières entrèrent par mariage dans les maisons Le Boindre, de Gennes et Baignçux de Gourcival.

Nous pourrions encore citer bien d'autres noms dignes de mémoire, quoique la généalogie, dont nous avons tiré ces quelques détails, n'embrasse qu'une période d'à peu près cent ans, de 1575 à 1687.

Mais la manière dont la branche de notre Jacque Vasse y est traitée, laisse beaucoup à désirer. Heureusement, nous avons parmi nos documents une pièce qui comble les lacunes et rectifie les erreurs manifestes du travail précédent. C'est un factum composé à l'occasion d'un procès soutenu à la sénéchaussée par Hubert Vasse, conseiller au présidial et par Barbe Trotin, sa mère, contre les habitants de Villaines-la-Juhel.

Hubert Vasse était le neveu du seigneur de Chères. Le but qu'il se proposait dans ce procès, était de faire entériner des lettres obtenues par son père, Baptiste Vasse, vivant sieur de Gourtœuvre, qui l'autorisaient h reprendre la qualité de noble perdue par un de ses aïeux. L'auteur du factum, pour le besoin de la cause, avait été am&né à établir la généalogie d'Hubert Vasse, et il remonte jusqu'à un Jean Vasse, escuier, mort vers 1462. Ce Jean Vasse eut trois fils : Louis, Jean et Jean, et sa succes.sion fut partagée noblement.

De Louis, l'aîné, esctiier , naquit Baptiste Vasse, aussi escuier y sieur de Gourtœuvre et connétable de la ville du

Mans en 1529 (1). Baptiste Vasse laissa deux enfants, Mathurin et Magdeleine Vasse. Mathurin étant mort sans héritiei^s, sa sœur lui succéda : elle était femme de Jacques dç Tucé, sieur de Brestel.

Quant à Jean, le puiné de Louis, il avait disparu dès l'enfance, et le second Jean forma la branch? cadette. De Jean Vasse» ii^surent W Michel Vasse, chanoine de l'Eglise du Mans, et Pierre Vasse, sieur de la Racinière. C'est ce dernier qui dérogea .sur la lin de ses joui's. Son fils , Pierre Vasse , sieur de Courtœuvre , avait toujoui-s eu la volonté de se faire restituer , et il avait faict les actions d'un homme noble , comme de porter les annes pour le service du Roy , ce qui appert par les articles de la prise de Laval, où il e.st dénommé au rang des gentilshommes, et ce qui se voit également au procès pour le pillage et l'incendie de son château de Courtœuvre. Mais il n'eut pas le temps d'obtenir lettres de restitution; il fut as.sassiné par Jean de More. 11 avait trois llls : Michel Vasse , qui fut chanoine de l'Eglise du Mans et conseiller clerc au pré.sidial ; Jacques Vasse, mari d'Anne Crespin, et Baptiste Vasse, sieur de Courtœuvre, mari de Barbe Trotin. Les deux aînés, Michel et Jacques, poursuivirent Jean de More pour les euceds commis en la personne de leur père , et leurs efforts furent couronnés par un arrest de mort donné à leur prof fit contre le dict Jean de More. Quanta Baptiste Vasse, il n'épargna pas les démarches pour faire abolir la dérogeance encourus par Pierre Vasse Racinière. Mais il mourut avant V entérinement des lettres que lui avait accordées le roi, en récompense des services rendus par Pierre Vasse de Courtœuvre.

Barbe Trottin et Hubert Vasse gagnèrent leur cause contre les habitants de Villaine-la-Juhel, qui voulaient les

(l)La liste des ofticiers municipaux, imprimée dans V Annuaire de la Sarthe (18U), porte comme échevin du Mans, pour Tannée 1528, Baptiste Vasse de Coulaines, écuyer. C'est notie personnage, que le factum appelle sieur de Coulouonné.

faire maintenir sur le rôle des tailles. En effet, Hubert Vasse est décoré du titre de noble dans une copie de 1657 de l'acte de partage intervenu entre lui et sa sœur Renée , après la mort de Barbe Trotin.

Jacques Vasse dut tout naturellement profiter de la sentence de la sénéchaussée prononcée en faveur de son neveu (1).

Il était, dès 1612, avocat au siège présidial. C'est lui qui, dans le curieux procès de 1613, aida de ses conseils le vieux Guillaume Grespin contre les religieux de Saint-Vincent. Il avait dû épouser la fille du sieur de Ghères , au plus tard à la fin de 1612. On trouve, en effet, dans les registres de la paroisse du Grucilix, qu'il fit baptiser sa fille Marie, le 13 août 1613 : le parrain était M« Michel Vasse, prestre, 'chanoine de l'Eglise du Mans ; la marraine, dame Barbe Gamier. Le 23 novembre 1615 , eut lieu le baptême de son fils Jehan , qui fut tenu sur les fonts par M*^ Jehan Vasse , lieutenant-criminel et par damoiselle Marie Grespin , femme de noble Pierre Rouillet (2).

Tout se réunissait pour faire de Jacques Vasse un homme bien posé dans la ville du Mans. Outre son mérite personnel, il était lié par le sang avec des personnages haut placés, qui avaient dû et devaient contribuer à sa fortune. Il suffit, à ce propos , de lire le compte-rendu de l'Assemblée des Trois- Ordres de la province pour les Etats-Généraux de 1614 (3). On y verra quels rôles brillants y jouèrent le propre frère

(1) Nous ignorons la d le précise de la sentence qui rendit la noblesse à Hubert Vasse. Ce qu'il y a de certain, c'est que Jacques Vasse n'a pris le titre de noble que fort tard. Le premier acte où nous le voyons ainsi qualifié, est daté du 18 juin i6ii. Les armes de la famille Vasse portaient d'azur à la fasce d'or, chargée d'une aigle éployée de sable, accompagnée de trois étoiles d'argent, deux en chef, une en pointe.

(2) Communication de M. l'abbé Esnault.

(3) A7inuaire de la Sarlhe^ 183U.

— (ii —

de Jacques Vasse, M*^ Michel Vasse, chanoine de Saiiit- JuHen, conseilier cLrc au piêsidial, et ses cousins François Le Vayer, le lieutenant-général ; U^ André Vasse, doyen du Grand-Saint-Pierre, et M^ Michel Vasse, le lieutenantcriminel. Malgré ses refus, ce dernier fut nommé député du Tiers-Etat.

Le i*^"* mai 1011 , Jac(iues Vasse fut élu procureur du général des habitants , et pendant deux ans, il défendit avec honneur les intérêts de la cité. Leséchevins, qui avec lui formaient le Corps de Ville ^ étaient Simon Le Vayer, sieur de Laubrière, esleu ; Julien Le Maignan, udvocat ; W Elisée Trouillard, r/rene^icr; Thibault Boisseau, sieur de Martray. Ils eurent à lutter contre une contagion terrible, qui s*abattit sur la ville, et contre la misère, qui en fut la suite.

Panni les précautions adoptées dans ces tristes circonstances par les échevins, nous en citerons quelques-unes, qui méritent d'être relevées, tant elles sont étrangères à nos mœurs.

< Il est laict défense a toutes pei'sonnes suspectes de contagion de vaguer le jour sans baguette blanche , et la nuict sans la dicte baguette et sans chandelle, a peine

d'amende et d'cstre chassé a coups de pierre Sera faict

commandement par le prevost de la Santé a deux compagnons tisserans de \-uider la ville dans trois jours , et cependant défense de vaguer, et en cas de contravention, il est permis de les tirer a coups de harquebuza »

A la fm de Tannée 1611 , la peste avait cessé : il s'agissait alors de combattre la misère. Il y eut une Assemblée générale convoquée à Tévêché le 16 mars suivant, où le généi*al approuva les frais faits pendant la contagion et consentit h une levée pour la nourriture des pauvres jusqu'à la récolte. « Après le dernier procureur de paroisse parlèrent les échevins et procureur de ville, lesquels consentirent ce que dessus, aussy bien que M. l'Evesque pour le clergé ; ensuitte fut donné acte. »

Le 6 mai de la même année, les sieurs Le Vayer de Laubrlère et Lemaignan sortirent de charge et furent remplacés par M° Jean Le Chartier, sieur de la Mahotière, conseiller au présidial et Jean Moreau, apothiquaire,

La contagion reparaît pendant Tautomoe , et les échevins obtiennent du roi un arrêt du 25 octobre, par lequel la ville est déchargée de la moitié de la taille de 1613, eu égard à la misère générale (1).

Jacques Vasse, en sa qualité de procureur, avait dû prendre une part active aux démarches qui amenèrent une pareille faveur. Le 5 mai 1613, il était remplacé par maitre François Moreau , advocat.

Au mois de mai 1616 , il fut nommé échevin avec maître Gilles Montreul , advocat.

Dans le cours des deux années quMl fut en charge, la ville éprouva le contrecoup des intrigues dont la Cour était le théâtre. Le comte d'Auvergne, Charles de Valois, vint au Mans et y commanda pour le roi. C'est lui, qui communiqua aux échevins l'ordre royal de démolir le château, et Ton cherche vainement dans les Extraits des Registres de VHôtelde-Ville une remontrance quelconque de la paît de Jacques Vasse et de ses collègues.

Les paroisses, assemblées pour recevoir communication d'une décision, qui allait priver la ville d'un de ses monuments les plus curieux, se contentèrent de fixer un prix pour les matériaux provenant de la démolition. Puis, Ton proposa de clore les faubourgs avec les pierres du château, et l'on nomma des commissaires pour estimer les terres, sur lesquelles seraient bâties les nouvelles murailles.

Dans le même mois de février 4617 , qui vit la condamnation de l'antique forteresse de Guillaume le Conquérant, le roi avait écrit aux échevins pour leur faire défense de

(1) EsUraits des R&jistres de VHôlel-de'Ville, fol. 34 et suivants.

laisser entrer dans la ville M. le marquis de Lavardin. Il leur écrivit de nouveau, le 16 juin suivant, pour les informer qu'il était de son intérêt, que M. de Lavardin jouit de la charge de gouverneur au pays du Maine, comme il faisait avant le voyage de M. le comte d'Auvergne. Tristes vicissitudes de la politique! Il leur fit don en même temps de la place du château, et il y eut arrêt du parlement, portant enregistrement du dict don, a condition que la dicte place ne pourvoit entre destinée a autre usage que pour y bastir un hostel de ville [i;.

C'était un pauvre dédommagement, et l'Hôtel-de-Ville est encore à construire.

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