‹ Le fief de Chères et ses seigneursChapitre 21 sur 34 · PHELIPEAUX · texte numérisé non relu

PHELIPEAUX

Nous ignorons si des ordres aussi précis préservèrent les biens du seigneur de Chères. Ce qu'il y a de certain, c'est que les environs du Mans souffrirent cruellement, en 1651, du passage des troupes royales et de celles des princes.

Devenue veuve , Anne Crespin avait fait démission de la plus grande partie de ses droits mobiliers et immobiliers au profit de Jean Vasse, dès la fin de décembre 1649.

Mais, six semaines après, elle avait voulu revenir sur ses dispositions, prétendant que la pension, qu'elle s'était réservée, était trop modique, eu égard à sa condition et aux infirmités de son âge. Elle avait donc commencé une instance au siège de la prévôté, et son fils en appelait h la sénéchaussée.

Que s'était-il passé ? Jean Vasse avait-il , par des prodiga-

lités, alarmé sa mère qui, disait-elle, avait besoin de prendre ses sûretés ?

Les parents et les amis s'efforcèrent d'apaiser cet orage. L'évoque lui-même, Philibert-Emmanuel de Beaumanoir, daigna s'interposer. Ce fut devant lui, dans son palais, en présence de noble M® Julien Jariay, avocat du roi au siège présidial, et de noble Jean Le Breton, Elu en l'Election du Mans, que les parties s'accordèrent. Les notaires étaient MM" Pierre Plaisance et Louis Le Pelletier. L'acte porte la date du 17 février 1650.

Anne Crespin y maintient la démission qu'elle avait faite de ses biens, se réservant seulement la jouissance de la Perrière et du lieu des Goislardières. De plus, elle continuera de demeurer dans sa maison de la Grande-Rue, moyennant cent li\Tes de rente, que Jean Vasse prélèvera sur les revenus de la Ferrière.

Seize mille livres ou environ, qu'elle a entre les mains, et qui consistent tant en argent qu'en contrats de constitution, obligations et autres effets, seront employées au paiement de partie des dettes contractées par elle et par son défunt mari pour acheter l'office de lieutenant des gardes.

Elle sera quitte de toutes dettes jusqu'à ce jour, et ces conventions seront approuvées par l'épouse du sieur Jean Vasse, son fils, dès qu'elle aura atteint son âge de majorité ; sinon, elles seront nulles et pleinement révoquées.

Si le sieur Jean Vasse meurt sans enfants avant sa mère , celle-ci rentrera de plein droit dans tous les biens, dont elle fait présentement démission.

En outre, elle cède à son fils les objets suivants, faisant partie du mobilier de la maison sise en la Grande-Rue : deux flambeaux , deux salières, six cuillers et six fourchettes d'argent ; la tapisserie de la grande chambre haute ; un lit de damas vert, un violet ; la moitié de la vais.selle d'étain ; deux douzaines de draps de lit et ce qu'elle estimera lui être superflu, tant de .son linge que de sa batterie de cuisine

Dix-huit mois après, Anne Crespin, tourmentée de l'idée de la mort, fit son testament parJevant M® Louis Le Pelletier. L'acte est daté du 18 septembre 1651.

Après avoir recommandé son âme à Dieu, à la sacrée vierge Marie, et à toute la cour céleste, a ce qu'elle puisse obtenir pardon et rémission de ses fautes et péchés, elle expose ses dernières volontés avec une abondance de détails qu'il ne nous est pas possible de reproduire.

Entre autres choses, elle veut que son corps soit ensepuliuré en leglise des révérends pères Gordeliers du Mans, sous la tombe et au lieu de la sépulture de son mari ; que les obsèques soient f aides sans aucune, pompe , mais seulement qu'à son enterrement assiste le sieur curé de la paroisse où elle décédera, avec quinze ou seize prêtres séculiers, ensemble les d. pères Gordeliers, les pères Jacobins et les enfants de la Maison-Dieu.

Puis vient l'énumération des messes basses et des services, qui devront être célébrés pour le repos de son ûme et de celle du feu sieur de Courtœuvre, son mari.

Le 27 novembre de la même année, Anne Crespin retourna chez son notaire et fit ajouter un codicille, dans lequel elle ordonnait deux services dans l'église de Savigné et la distribution aux pauvres de la paroisse de tout le blé, qui se trouverait dans le grenier des Goislardières lors de son décès.

Le 2 décembre suivant, les révérends pères Gordeliers, capitulairement assemblés es personnes de Louis Gaultier, docteur en théologie de la Faculté de Paris et Gardien du couvent, Jacques Pelisson, son vicaire et bachelier en théologie, François Reau, Nicolas Buon, Jacques Pillon, Bernardin Goujon, Mathurin Rochard, Gharles Olivier, procureur , François Laplante , Thomas Hardy , Pierre Marsault, Pierre Gandon et Noël Volant, tous prêtres, faisant la plus grande partie du d. couvent, déclarèrent accepter le testament ci-dessus et promirent de l'exécuter,

en ce qui les concernait, sous l'hypothèque de tous les biens de leur communauté. Ils reconnurent avoir reçu de la d. damoiselle Crespin , pour la célébration des messes et des services ordonnés par elle, la somme de six vingt livres, qui seront immédiatement colloquées a constitution^ et celle de cent sols pour faire graver son nom avec la date du jour de son décès sur la tombe du deffunct sieur son mari, incontinent qu'elle sera decedée

Au mois de juillet 1653, nouvelles additions de la part de la testatrice.

Enfin, le 23 janvier 1658, Anne Crespin était encore saine d'entendement et de corps, et, devant W Antoine Foureau , elle confirmait toutes les dispositions qu'elle avait dictées, à plusieurs fois, à feu M® Louis Le Pelletier.

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