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CHAPITRE XVIII

Charles-Denis Chouet et Louise-Françoise Ledemé.

La famille Chouet était noble et portait fascé d'or et d'azur de 6 pièces , au lion d'or brochant sur le tout , s'il faut s'en rapporter aux Armoiries peintes des Echevins, au lion morné de gueules, d'après l'Armoriai manuscrit. Elle présente dans son histoire un cas fort curieux , c'est qu'en moins de cent ans sa noblesse lui a été contestée cinq fois par des étrangers et une autre fois par quelques-uns de ses propres membres.

Toutes les entreprises tentées pour enlever aux Chouet les privilèges, dont ils jouissaient , ont tourné à la confusion de leurs auteurs. C'est un des Chouet de Chères, qui a repoussé dignement et avec un plein succès la dernière attaque.

Il n'est donc pas étonnant que nous ayons trouvé parmi nos documents un grand nombre de pièces de tout genre , exploits, procédures, mémoires et correspondances ayant

trait à cette affaire. Nous en avons tiré les rensaignements qui vont suivre.

Pierre Chouet, écuyer, sieur de la Morelière, est le plus ancien membre connu de la famille. Il vivait au XVI» siècle et laissait en mourant :

Zacharie Chouet , qui suit ;

Marguerite Chouet, mariée avec Pierre Catinat, conseiller au Parlement de Paris et grand-père du maréchal de France ;

Renée Chouet, qui éjousa Charles Crestot, sieur delà Gasline, lieutenant-particulier de Mortagne (4).

Zacharie Chouet, écuyer, sieur des Fourches, au Perche, eut pour femme Marie Le Roy. Il était un des cent gentilshommes de la garde du roi depuis le l*^"^ mai 1023, et il assistait en cette quahté au siège de la Rochelle, lorsqu'il fut tué d'un coup de canon à côté de Louis XIII, le 3 octobre 1623.

De son mariage il avait eu :

Jacques Chouet, qui suit ;

Guillaume Chouet, écuyer, sieur dô la Cicoyre ou de Cicqrie, trésorier de France à Tours. Sa fille, Catherine Chouet, épousa M® Lefebvre de la Falluère, doyen du Parlement de Bretagne, d'où : N. de la Falluère, conseiller au Grand-Conseil, et N. de la Falluère, conseiller au Parlement de Paris ;

Catherine Chouet, mariée avec M. de Chalus, sieur de la Besnardière ;

Pierre Chouet, écuyer, sieur de Geverot, secrétaire du

(i) La grand'mcre du Maréchal s*appe1ait Geneviève Ligier ; mais Pierre Catinat avait pu épouser en premières noces une des sœurs de Zacharie Chouet. Ce qui tendrait à le confirmer, c'est que sa propre sœur, Ucnée Catinat, s'était mariée avec Galeran Crestot , receveur des décimes et greflier du bailliage du Perche. (Père Anselme.)

roi. Son fils, Pierre, conseiller au Parlement de Bretagne, eut une fille, nommée Marie- Anne, qui épousa M. de Brillac , premier président au même Parlement ;

N. Chouet , mort religieux.

Jacques Chouet, écuyer, sieur de la Gandie, devint conseiller au Parlement de Bretagne, le 23 mai 1622. Il épousa, vers Ja fin de 1625, Anne Le Vayer, fille de François Le Vayer, lieutenant-général de la sénéchaussée et siège présidial du Mans , et de dame Marie Le Maire. Des lettres de vétérance lui furent accordées, le 26 décembre 1643. Il était encore revêtu de la même charge , lorsqu'il mourut au Mans, le 13 juin 1662. Son corps fut inhumé le lendemain dans Téglise de Saint-Pavin-de-la-Cité.

De son mariage avec Anne Le Vayer étaient nés :

René Chouet de Mauny ;

Jacques Chouet de la Gandie ;

Denis Chouet de Vilaines ;

Zacharie Chouet, écuyer, sieur d*Erbenne, mort avant ses parents ;

Anne Chouet, mariée en 1670 avec Gilles -Phihppe Le Forestier, sieur de la Chesnuere, et décédée à Paris sans postérité, le 27 novembre 1719 ;

Marie-Madeleine Chouet, morte religieuse.

Les sieurs da Mauny, de la Gandie et de Vilaines ont donné naissance à trois branches, dont chacune a continué avec honneur le nom de Chouet pendant la plus grande partie du XVIII^ siècle.

§in.

Branche de René Chouet de Mauny.

René Chouet de Mauny, écuyer, conseiller au Grand- Conseil , eut de Marie Maillard , sa femme , dix enfants, dont plusieurs moururent jeunes. 11 laissa trois fils ;

Jacques Chouel, écuyer, sieur de Montbizot, qui se maria, le 14 décembre 1G94, avec Marie-Anne Aubert, fille de Jacques Aubert, sieur de Poillé, conseiller au présidial, et de dame Anne Le More. Par son testament, daté du 20 mai 1720, nous voyons qu'il avait deux fils, Jacques-René Ghouet, sieur de Montbizot, Jérôme - François Ghouet, sieur de Poillé, et deux filles, qui moururent religieuses. Sa descendance s'éteignit en la personne de sa petite-fille, Françoise- Louise Ghouet de Mauny, décédée sans postérité, en 1702, épouse de messire Gharles - François de la Goupillera, seigneur de Brétigny en Dunois, chevalier de Saint-Louis et ancien capitaine des grenadiers au régiment du Roi.

Gharles-René Ghouet, clerc bénéficier au Mans. Il était qualifié, en 1699, chapelain de la chapelle Saii.t-Etienne.

Denis-François Ghouet, écuyer, sieur du Boulay, d'abord capitaine au régiment d'Humicres, puis commandant du second bataillon de Gharost. Il épousa Marguerite Marest, d'une des bonnes familles du Mans, et mourut en 1710. Sa fille, Marguerite-Françoise Ghouet, se maria avec Gharl es- Laurent de Ghenevières , conseiller au présidial, et décéda sans laisser d'enfants, peu de tomps avant la Révolution. M. et M"« de Ghenevières se distinguèrent, lors du rétablissement du bureau de charité du Mans , en 1785 , par leur dévouement pour les pauvres.

Branche de Jacques Ghouet de la Gandie.

Jacques Ghouet de la Gandie , écuyer, nommé échevin en 1681 , avait épousé, le 3 mai 1665, demoiselle Gharlotte Le More, fille de W Glaude Le More, avocat au parlement de Paris, et de dame Gatherine Le Tessier. De son mariage étaient nés huit enfants :

Jacques Ghouet , mort en 1690 au service du roi ;

Joseph Ghouet, décédé en 1688 ;

Anne - Charlotte Chouet, mariée en 1685 avec Daniel- David Deschamps, receveur des tailles à Mayenne ;

Charles-Denis Chouet , qui devint seigneur de Chères ;

Marie-Catherine Chouet, qui resta fille et vécut pensionnaire à l'abbaye de la Perrigne ;

N. Chouet , (

N. Chouet, < morts en bas-âge.

N. Chouet, (

Branche de Denis Chouet de Vilaines.

Danis Chouet de Vilaines, écuyer, fut conseiller et avocat du roi au présidial. Il avait épousé Marie LeJariel, le 21 avril 1671 , et il mourut le 20 février 1711 , laissant deux enfants :

Marie- Anne Chouet, qui fut mariée avec René Richer, sieur de Monthéard ;

Denis Chouet de Vilaines, qui exerça les fonctions de procureur du roi de police , et fut échevin en 1722. Il avait épousé, le 13 février 1713, Anne-Suzanne de Courtoux, dont il eut deux filles. La première était connue dans la société du temps sous le nom de M®"« de Vilaines ; la seconde, nommée Suzanne-Charlotte, devint la femme de François de Maridort, chevalier, seigneur de Sainte-Marie-aux-Bois et fut mère de Suzanne-Scholastique de Maridort, mariée avec M. de Baigneux de Courcival.

§IV

Comme on le voit par la généalogie qui précède et que nous aurions voulu rendre plus complète, la famille Chouet a tenu, pendant près de deux siècles, un rang distingué.

Le plus remarquable de ses membres, si nous ne nous trompons, a été René Chouet de Mauny, conseiller au Grand-

Conseil. C'est le seul, au reste, dont il soit fait mention dans YHistoire littéraire du Maine,

La notice qui lui a été consacrée dans cet ouvrage, est bien courte. Nous pouvons croire que l'auteur aurait donné plus de développement à son article et Taurait même modifié, s'il avait connu nos documents. Les pièces , qui concernent le conseiller au Grand-Conseil , sont nombreuses : elles présentent un véritable intérêt, et sans essayer de grandir ce personnage, nous aimerions à exposer sa vie pleine de contrastes singuliers, à faire connaître plus amplement sa valeur intellectuelle. Mais un pareil travail nous entraînerait trop loin de Chères, malgré les liens de parenté qui unissaient étroitement le seigneur de Mauny et Charles- Denis Chouet de la Candie.

Le nouveau seigneur de Chères, né en 1671, avait été tenu sur les fonts dans l'église de Saint-Nicolas du Mans par noble Danis Chouet, écuyer, sieur de Vilaines, son oncle, et par dame Marie Maillard, sa tante, comme épouse de noble René Chouet de Mauny.

Capitaine à vingt-quatre ans dans le régiment de milice de Touraine, il était retiré du service, lors de son mariage avec Louise-Françoise Ledemé.

Il n'apportait pas la fortune avec lui : quelques mille livres, certaines dettes, dix-neuf ans de plus que sa jeune femme, voilà ce qu'avait pu offrir l'ancien officier. Mais il appartenait à une grande famille ; c'est probablement ce qui avait décidé le sieur et la dame du Lude à lui accorder leur fille.

Les espérances elles-mêmes n'étaient pas brillantes. Jacques Chouet de la Candie, le père de Charles-Denis, n'avait su ni garder son bien propre , ni gérer celui de ses

enfants, qui avaient perdu leur mère, Charlotte Le More, dès 1G81 (1).

Aussi, nous trouvons dans le cours de cette union beaucoup de traces d'embarras pécuniaires. C3 sont des emprunts de côté et d'autre, destinés à éteindre d'anciennes créances, et qui n'aboutissaient en réalité qu'à constituer de nouveaux engagements, souvent plus onéreux que les premiers. Le principal de ces emprunts eut lieu en 1720. Le sieur Plumard, marchand, demeurant au Mans, paroisse de Saint-Nicolas, fournit 5,000 livres, qui devaient être remboursées en or et non en billets de banque. Les fameuses opérations de Law, on le voit, avaient du retentissement jusqu'au Mans, et les bailleurs de fonds prenaient leurs précautions.

Le 10 juillet 1721, Jacques Ghouet de la Gandie fit démission de ses biens en faveur de ses trois enfants, moyennant une faible rente annuelle et viagère. Maîfe la position de Charles-Denis n'en pouvait guères être améliorée d'une manière sensible , quoiqu'il fût l'aîné.

Après avoir tenu compte au seigneur de Chères des avantages qui lui étaient dus, on partagea les immeubles. Quelques-uns venaient de Catherine Le Tessier, mère de Charlotte Le More, et comprenaient la terre, fief et seigneurie de La Chapelle en Sillé-le-Philippe.

Charles-Denis eut le lieu du Perray, situé dans la paroisse d'Yvré-l'Évêque et celui du Chemin-Vert en Sargé, plus le tiers du revenu de la terre des Fourches dans le Perche (2).

(1) Les enrants du sieur de la Gandie avaient droit à une somme de 77,000 livres, venant de la succession de leur mère Charlolle Le Mo e, de celles de Catherine Le Tessier, leur grand'màre, et du chanoine Louis Le More, leur grand-oncle.

(2) Anne Chouet, veuve de Gilles-Philippe Le Forestier, sieur de la Chcsnuère, décédée à Paris depuis deux ans, avait été précédée dans la tombe par sei» frères de Mauny et de Vilaines. Jacques Cliouet de la Gandie, resté seul de tous les enfants d'Anne Le Vayer, avait partagé avec ses neveux la succession de Madame de la Chesnuère, qui consistait princi-

Le lot d'Anne-Charlotte , mariée à Mayenne , se composa du bordage de la Héronnière , en Saint-Marceau, et de la terre de La Chapelle. La dame Deschamps ayant laissé des enfants, son héritage ne devait jamais revenir aux Chouet de Chères.

Quant à Marie-Catherine, elle fut lottie du lieu des Ouches en Pruillé-le-Chétif , des bordages nommés les Ruelles, le Carrefour et les Fauqueries en Sillé-le-Philippe, et de celui des Marres en Saint-Mars-sous-Ballon. Elle ne s'était pas mariée: elle \1vait déjà, en qualité de pensionnaire, à l'abbaye de la Perrigne. jC'est à propos des biens, qui venaient de lui échoir , qu'eut lieu quarante ans plus tard le procès , d'où la noblesse de la famille sortit encore une fois victorieuse.

Le seigneur de Chères partagea également avec ses sœurs le prix d'une maison considérable, située au Mans dans la paroisse de Saint -Nicolas. C'était dans cette demeure qu'avaient vécu Jacques Chouet et Charlotte Le More, qu'étaient nés et avaient grandi leurs enfants. Elle devait être connue sous le nom d'Hôtel de la Gandie , et bien des fois, sans doute, quand il était tout jeune, Charles-Denis y avait vu sa grand'mère Anne Le Vayer, ses illustres cousins, les Le Vayer, le chanoine Louis Le More, son grand-oncle. La vente, que de vieux et doux souvenirs n'avaient pu empêcher, avait produit la somme de 16,000 livres.

D'un autre côté , une coupe de bois sur le domaine de Chères donna près de 2,500 livres. *

Cette dernière opération montra combien la terre de Chères était boisée à cette époque. Il n'y avait, en effet, qu'une trentaine d'années que le sieur du Lude avait vendu une autre coupe pour 5,000 livres.

paiement dans la ferre des Fourches. En attendant que ce domaine fùL vendu, les cohéritiers en percevaient les revenus : le sieur de la Gandie* pour sa part, avait droit au tiei's, et c'est ce tiers qu'il transmettait à son fils.

Malgré ces diverses ressources, son successeur ne parvint pas plus que lui à fixer l'aisance dans sa maison. Il succomba à la peine, en 1725, âgé seulement de cinquante-quatre ans, laissant une nombreuse lignée , trois garçons et cinq filles.

De ses trois fils, l'aîné, nommé Charles, devint seigneur de Chères à la mort de Louise Ledemé. L'un des puînés , Louis, entra au service et y mourut : plus de vingt ans après son départ pour l'armée, on n'avait pas reçu de lui la moindre nouvelle. L'autre , Bénis - Jean , prit l'habit religieux chez les Jacobins du Mans : c'était la forte tête de la famille, et nous aurons à nous occuper de lui dans la suite.

Le nom d'une des filles nous est inconnu : elle mourut religieuse professe chez les Ursulines. Les quatre autres s'appelaient Louise-Jacqueline, Marie-Jacqueline, Marie et Madeleine-Jacquine (1).

(1) Louise-Jacqueline, née en avril 1709, fut baptisée le 9 octobre suivant : elle eut pour parrain Jacques Chouet de Mauny, écuyer, sieur de Montbizot, son cousin paternel, et pour marraine sa tante paternelle, Marie-Catherine Chouet.

Marie-Jacqueline fut tenue sur les fonts, le 9 juillet 1710, par François Picliard de Bellanger et par dame .Marie Vasse, veuve de Jacques Ledemé.

Charles fut porté à Téglise, le 1'^ avril 1713 : son parrain et sa marraine étaient M* Claude Leconte, prêtre, et demoiselle Catherine Leconte.

Marie fut baptisée, le 3 avril 1714: elle eut pour parrain M* Germain Marguentin, et pour marraine Anne-Angélique Vasse.

Madeleine-Jacquine fut tenue sur les fonts, le 14 novembre 1716, par Jacques-René Chouet de Mauny, écuyer, et par Louise-Jacqueline Chouet de Chères. (Registres de la paroisse de Sa vigne.)

L'Inventaire ne nous fournit rien dMmportant pour la période qui s'étend de 1708 à 17*25. Parmi les sujets de la seigneurie, qui baillent déclaration lors de Vavénement de Louise-Françoise Ledemé, nous citerons Catherine- Marie Thomas, fille du seigneur de Beaumont et de Jupille : elle avait perdu son mari, l'avocat Jacques Le Teissier. Une autre veuve, celle de messire Jacques-.\ntoine Guitton, se présenta à la place de sa mère. Renée Vasse, qui venait de mourir : c'était Marie de Vahais.

Quelques feuilles de notre registre de remembrances nous montrent plusieurs fois Charles-Denis présidant les assises de son fief. 11 signait : c. d. de la Gandie. En 17*20, parait devant lui M^* Pierre-Denis de Renusson, écuyer, conseiller au présidial et garde- scel de la chancellerie du dit siège. Ce magistrat rend déclaration pour raison de vingt quartiers de

§ VI

Louise -Françoise Ledemé devait survivre h son mari pendant près de trente-quatre ans. Elle lutta de son mieux contre les difficultés que son veuvage précoce n'avait fait qu'augmenter ; mais elle ne put établir que deux de ses filles, et encore dans des conditions fort modestes.

Louise -Jacqueline épousa, le 14 octobre 1738, Pierre- François Thoulet, bourgeois, fils de feu François Thoulet, écrivain du roi en sas galères , et de dame Renée Lucas. Le sieur Thoulet habitait la petite terre de Montargis en Savigné : il avait fait un apport de 1,400 livres, et il recevait de sa mère une rente de 500 livr ^s. Sa femme avait eu en dot une rente de 150 livres.

Marie-Jacqueline se maria au mois d'août 1748, à l'ûge de trente-huit ans, avec Charles-Louis Grespin, sieur de l'Orme, en Torcé. Elle n'était pas mieux dotée que sa sœur, et son mari possédait peu de bien.

Dans l'intervalle de dix ans, qui sépare ces deux mariages, Jeanne Vasse, veuve de M« Germain Marguentin, était morte, laissant pour unique héritière sa nièce, la dame de Ghères. Elle avait tenu à cons Tver les biens, qui lui étaient échus lors du partage de 1088 : elle n'avait vendu que le fief de Villechenon. Le Petit-Montchevrier , les Hautes et les Basses-Bussonnières , ainsi que les bois, taillis, garennes et pavillon y attenant, rentrèrent ainsi dans le domaine de Ghères , dont ils étaient détachés depuis cinquante-six ans.

vigne et d'un petit lieu nommé les Jeunoiies, qui lui étaient venus, en qualité d'héritier portionnaire, de M« Pierre-Alexandre Bouvet, sieur de la Mazure, ancien curé de Savigné, mort chanoine de r Église du Mans. L*année suivante, également en présence de M. de la Gandie, M« Jean- Baptiste Vaultier, sieur de L/iorme, exhibe son contrat d'acquêt de la terre, fief et seigneurie de Mortrie, et s'avoue sujet de Chlres pour partie de son lieu de la Blanchardière.

Mais ce résultat n'avait pas été atteint sans d'assez grands sacriûces de la part de Louise Ledemé et de son mari. Ainsi, dans le courant de 1723, ils avaient fourni à leur tante la somme nécessaire pour rembourser M. de Blanchardon , et nous pensons que, depuis ce temps, elle n'avait pas toujours été bien exacte à payer les arrérages des 3,000 livres qu'elle avait reçues (1).

Anne Vasse n'avait pas imité sa sœur : après avoir vendu les Goislardières , elle avait aliéné successivement les autres

(1) Dans le compte rendu par M* Roland Choppelin, vicaire à Savigné, exécuteur testamentaire de Jeanne Vasse, on lit ce détail, à propos de la chapelle bâtie par Jean Vasse : « Plus la somme de 40 livres, que la deffuncte a donné pour faire faire une balustrade devant Tautel de la chapelle Saint Jean, appartenant à la dicte dame de la Gandie » (9 juin 1744.)

Deux ans avant sa mort, la veuve de M« Gervais Marguentin avait vendu à un autre vicaire de Savigné, M*** Etienne Bouvet, quelques quartiers de vigne, au clos de Montchevrier, pour le prix de 45(> livres payées comptant. Louise Ledemé, vivement blessée d'un pareil procédé, que rien ne justiOait à ses yeux, s'était empressée d'écrire la lettre suivante à M« Raison, avocat au Mans :

« Monsieur, « Un de nos prestre, a linsseu de M' le cueree, a surprinl une bonne famme de tante que je qui est demis an anfanse, il la a chetee saint quartier de vingne délie pas a moitiee de ce qui valle, en voisla la copis que je prans la liberlee de vous envoiee en vous priant de macorder la grase de me conduire pour en faire le retret ligniager ous faitosdal et tant sytuee dans mon fiée, join que les vingne sont agran marchee, ces que je suis sa seuUe héritière, il est de mon in terrest de faire ce letret, a fmt de rompre le cour a ce quelle pouret vandre, elle a six sans livre de rante sortit de la composition de ma taire, étant la seur de ma mère, ce nés pas le besoin qui la fait vandre, ce prestre luy avet mint en lesprit de les luy vandre et qui priret dieu pour elle, et comme sy je ne retires quapres sa mort, it me feret paier linterret de sont argent, sy vous jeugee qui fut nesesere que je vous aille t ouvee, quoyque malade, je tachere a alez le jours que vous soiteree , et sy nés pas nesesere pour la sit nation que ji ses, je vous suplis dant chargée un sergant que vous jugeree a propos, quarje croit que le sergant de notre bourg ne seret pas au fait de cela, comme cela est difisile, jalant de vous cete grase et celle de me croire avec toute la considerasion.

Monsieur, votre très humble

obeisante servante, Ce 29 avril 1742. : DE LA GANDIE DE CHAIRE. »

M* Raison arrangea cette affaire à Tamiable, le vicaire ayant consenti à

^ Ul —

parties de son héritage. A sa mort, arrivée en 1724, la dame de Chères n'avait recueilli qu'une somme de 600 livres.

Madame de la Gandie, ayant été mise en possession des biens de sa vieille tante, fut pressée par ses enfants de régler la succession de leur père. Les affaires étaient loin d'être claires, et il en était résulté de fortes brouilles au sein de la famille. On avait été jusqu'à solliciter l'intervention de messieurs du présidial.

Pour ne pas donner suite au procès , on fit l'arrangement

céder ses droits, moyennant 450 livres et les loyaux coûts. Ajoutons que ce n'est pas pour donner un échantillon de Torthographe de Louise Ledemé que nous avons reproduit cette missive, mais bien plutôt pour montrer avec quelle sollicitude elle veillait à la conse^^ation de ses droits. Sous ces mots, défigurés par une ignorance littéraire des plus rares, on sent au reste un esprit net, vigoureux, alerte. Jacques Ledemé avait eu grand tort de ne pas cultiver une plante de cette nature. Devenue veuve, chargée de famille et absorbée par toutes sortes d'affaires, sa fille n'avait pu trouver le temps de refaire son instruction. Mais, ce qu'on doit lui reprochera elle-même, c'est d'avoir, à Tégard de ses propres enfants, renouvelé la faute du sieur du Lude. Tous, à l'exception du jacobin, apprirent à peine à écrire leur langue. Qu'on en juge par ce billet de Charles Chouet, l'ainé, adressé à Monsieur Moynerie « a vosca au presidialle du Mans •.

«< Je vien de recevoir unne lestre de mamoiselle Nicole quelle est sui^ prise que je nés pas parle a monsieur Martinié pour faire les partache, elle a gran tord de me marquer quil ne tien qua moy, elle se elle mcsme que je ette ché monsieur Martinié le jour de la foyre et le lendemain pour lencager de les faire le plustot, je vous prist, monsieur, de luy fer dire qui fasce le plustot ce partage, davoir la bonté den prendre la lelure ', sy vous les trouvé bon, je pasceré par ou que vous désideré, connessen vostreet quité, ce qui mencage de mestre tout ma confience en vous, je Ihonneur destre avecque respect,

Monsieur, Voslre très humble

A Cher, ce 15 novembre obeisen serviteur,

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