‹ Le filleul de BeaumarchaisChapitre 2 sur 6 · CÀ · texte numérisé non relu

CÀ

30 mai.

» .... Qu'est-ce donc que cette nouvelle énigme? Il y a deux mois à peine que j'ai perdu ma mère adoptive.... J'ai déclaré bien haut que je porterais son deuil, comme si elle était réellement ma mère.... Et voici qu'on me parle, à moi doublement orpheline, de parures, de fêtes, de spectacle aux Tuileries I... Et tout cela, au nom de très-hauts personnages, refrain qui revient sans cesse sur les lèvres de mon oncle !... Ces gens-là n'ont donc pas de cœur?... Encore une fois, que me veut-on?...

16 juin.

» J'ai refusé, apeetacla et fêtes» Mais, pour ne pas désespérer ce pauYie iaarqDtie, ^ déeidémeni: il me fait pitié, — j'ai' consentit à. assister à une grande revue sur la placedu GarrouseL . . . Onelle es4.donc la fascination, étrange, ejeereâe par eeL-

homme dont les mains sont encore teintes du sang du duc d'Enghien?... J'ai vu là, perdus dans la foule ou se pavanant sous de brillants uniformes, bien des représentants de notre vieille noblesse.... Mon oncle me les nonunait avec une insistance toute particulière ; il échangeait avec quelques-uns des saints et des sourires.... On me regardait beaucoup.... J'éprouvais, à être ainsi regardée, un malaise indéfinissable.... Je me sentais rougir; j'avais envie de pleurer....

» Et pourtant, je l'avoue, il y a eu un moment où ce bruit, cet éclat, ce mouvement, m'ont enivrée.... Je subissais, moi aussi, le prestige de cette pompe guerrière, de ces panaches, de ces drapeaux, de ces armes étincelant au soleil.... Ces tambours, cette musiq^ie militaire, tous ces souvenirs vivants d*une glofa'e qui, dit*on, doit nous consoler de nos malheurs, vibraient en moi comme des cordes longtemps muettes et tout à coup réveillées.... Fille d'une

^F ^MFfev^'^r =*» "■ - *,^ - ^pi f T*** ^

race chevaleresque, je ne pouvais être insensible à ces radieuses images qui réconcilient la France nouvelle avec la France du passé.... G*est donc bien beau, la guerre? Je remarquais, chez les femmes surtout, un enthousiasme ex* traordinaire.... Ces généraux, ces colonels, tout couverts de broderies et d'aiguillettes, passant devant nous , comme des éclairs , au galop de leurs chevaux, excitaient dans les groupes un mélange de curiosité et d'émotion dont ils doivent être bien fiers.... Moi-même, j'ai senti deux ou trois fois mon cœur h|ttre.... Et je m'étais flattée de ne pas ressembler aux autres femmes!... Qu'aurait dit le docteur Berval, qu'aurait dit le malheureux Pierre , devant ces magnificences soldatesques où la liberté, l'humanité et la justice ne sont assurément pour rien?... Ahl je crois les entendre répéter ces paroles de plus en plus vraies :

« Tant de panaches l Tant de sang versé ou à » verser encore I L'apothéose de la force , de

S7a LE FILLEUL DS B&A.UUAACI1AIS » la gaerre, dt !& dfistruction de rhomme par^ >> rhomowl.,. A, quoi àaac aaeni de faire une » révolutioaî... »

»P(unQi cw-gâtt^BK, — la. plupart, sont jeunes, — il y an avait uk qui-apaBsédaTuat nous à phis)«ttrs ra^rtsw,... U a raWiLti son,. cheval^ ae»yeiix se sont fij«B ^r moi.... Phy* sioDomie marUAle et £raaehât.>. Uao oncla s'est empreiHéde- ne âir» : « Voilà une dea » plus Jeunes gloixas-de l'arméa.,.. Tr«nte ans, > de splendidQsâtiitad«: service; 1&' conâ^ac* " et t'anftié de l'Ëoaiwflreiu'; d'id i-quatre ou » cinq aoâ, il sera maréehal de l'ËinpiFe.... les " femmes l'adorent.,.. BL»iaarqii|is ne tarissait pas.... Je l'ai interrompu pour lui demander, sans songer i mal : comment s'appelle-t41î — Ahl damel a-t-tl répondu avec ujte oertainc impatience, il ne s'appelle nlRohan, ni Montmorenqr.... — Le dialogue en est resté là que m'importent tous ces détaila?... pauv»

Pierre!...

14jiUU«l.

».... Je^ comprend» tout maàntoiiiMit!... ler sousnentamius et les alltisîeii9 de' mon onele, se» compUo^eiits sur ma* Imauêé^ L'expressioi]^ chaque jour plus TJTC'dei se» regrets «u sujet de son château de Trévière» et: de s» fortune perdue^ son offîre de me. enduire au théâtre des. Tuileries, sea ini^tanee» pour me faire as* sister à la revue du Carrousel, lejenne général de brigade ralentissant déviant moi le trot de son cheval pour oiirax me regardier, son éloge' dans la bouche du martpiis, tout tfei^ plique.... C'est moi que l'on yeut... C'est la pauvre héritière du noble duc d'firlange que Ton prétend marier.. . à qui? A un des lieuta^ nants favorL^ de Ffimpereur, *- satellites de cette éblouissante planète t.. . Kzarre destinée que la mienne I II y a seire an»^ quand je suis venue au monde, on eûti dit que toutes les bonnes fées se groupaient autour de mion ber-

ceau pour me prodiguer leurs dons.... Six ans après, je n'étais plus qu'une malheureuse orpheline recueillie par la charité d'une veuve de barbier.... Et aiyourd'huil... Aujourd'hui, je tiens une place dans la politique de ce conquérant superbe qui fait trembler tous les rois de TEurope... n parait, en effet, que c'est une de ses idées, n travaille à fonder une société nouvelle avec les débris dé Tancienne ; un de ses procédés pour y réussir, est de saisir, au retour de l'émigration, des familles bien nobles et bien pauvres, et, si son ceil d'aigle (style à la mode) y découvre une fille à marier, de la demander pour un des glorieux compagnons de ses victoires ; moyennant quoi , on restitue aux parents leurs hôtels , leurs châteaux et leurs terres ; on lève les séquestres ; on transforme les ducs et les marquis en chambellans ou en maîtres des cérémonies, et on permet à leurs fils d^aller se faire tuer en criant : « Vive l'Empereur I» On a interrogé mon blason,

constaté les dispositions de mon oncle , tâté le pouls à ses scrupules, mesuré le contraste entre sa pauvreté actuelle et sa richesse passée ; on m'a regardée comme on regarde l'objet d'un marché, et j'ai paru digne de prêter mon nom à un chapitre d'histoire contemporaine, de personnifiier cette alliance entre les survivants de l'ancien régime et les parvenus de l'Empire.... Je n'en suis pas plus aère.... Que dis-je? C'est maintenant que je vais devenir humble.

» Je ne dis pas que ce système manque d'habileté ou même de grandeur.*.. Je n'en veux pas à ce jeune général, dont on prétend faire mon mari, et qui est, m'assure-t-on , un modèle de loyauté et de bravoure.... Mais, sire, avez-vous réfléchi? Vous possédez toutes les qualités de l'homme de génie.... Seriez -vous dépourvu des délicatesses de l'homme bien élevé?... Ignorez-vous ce qu'il y a d'odieux à trafiquer ainsi de la naissance et de la beauté

274 LE FILLEUL J>E BEAUJCABCOAIS

d'ooe Me denoUesse, à s^enj^er deccaimaio sans consulter son cœur?... On jolte sons les roues d'une machine ées mÉtam on des étoffes.... Y j«ter un eorfs ibrwùk, «e atrait un crime.... Etvous, siro, yoqb Toutas y broyer une Ame!...

» J'ai reftisé; niais que de eonflita, que de chagrins je iprévoisl... 'Mon iMade -est «ombre, anxieux, eouMesuél... CSmcun de ées regards est une plainte muette,* diaonne de ses paroles un reproche détourné.... J'aurais pourtant ^té « heureuse de Tendre ' à 'aa 'fieillesae nn peu du bonheur et de Péelat de wb jeunes années I... Mais eela, jenele pnispas.... N(m,c'«st impossible.... LeeouTenir'âeflnesdeQZ m^es, la charrette Mate, ma «aiasflEnee, :ma -pauvreté même, l'image de mon compagnon d^enfiunee, disparu, 'errant, mort peirt*4tre par amour pour moi, tout me -le défend I...

» C'est dommage I ce 'braro 'général^ ayant gagné tous ses ^grades sur le champ de batail-

le, ne me déplaît pas.... Et puis, ce serait le eofii^éiseiit de la leçon que je mérite. ... Il est le fils d'un tisseFand, et il e'ailpeUe unichotM... Ah! Tien ne mmqwfait au (Mtimentl Un jour, lorsqae j'étsjis petite fille, ^t quMl m'était permis d'écouter aux ' pertes, j'ai -entaidu maman Genevière dire tristement au docteur Bgrval : « Ë116 ne «e résignera jamais à. » s'appeler madame Gauâard...v » £t maintenant, si je voulais obéir au plus hautain des^ marquis de 17 70, je m'appellerais madame Gruchotl...

y> Ainsi que je m'y attendais, ma situation n'est pas tolérable.... Hélas 1 dans les derniers jours que j'ai passés rue de rAncienne-Comédie, j'ai été garde-malade.... Je n'ai pas changé

1. U est bien entendu que ce général Gruchot n'a jamais existé; U me suffit qull soit naisvmhUblf^

de fonctions.... Seulement, cette fois, c'est une maladie morale.... Mon oncle a la nostalgie de son manoir, de ses équipages, de For qui sonnait dans ses poches, de tout ce qui composait son existence de grand seigneur. — « Quel y> beau temps ! me disait-il hier ; voici le moment » par excellence pour habiter la campagne.... 3» La saison des chasser... . J'étouffe dans cette » chambre.... Ah! si je redevenais propriétaire 9 et châtelain de Trévières, je voudrais rendre » à ces fêtes d'automne toute leur ancienne » splendeur. . . . Mes piqueurs, ma meute, qu'étes- » vous devenus?... J'ai soixante-quatre ans, » c'est vrai; mais je me sens encore de force 9 à monter à cheval, à tirer un chevreuil, à 3» faire à trente convives, gentilshommes du » voisinage, les honneurs de ma salle à man- » ger.... Pardon I j'oublie que tout cela dé- » pend de vous, et que vous ne voulez pasi... » Au fait, vous n'êtes pas forcée de vous sa- » crifier pour votre vieil oncle !..• Je ne vous

» demande que de me fermer les yeux, le jour » où je mourrai de chagrin. ... »

» Il avait d'abord paru content de recouvrer un peu de bien-être ; à présent, il ne s'aperçoit plus que de ce qui lui manque : « A mon » âge, un valet de chambre me serait néces- » saire.... J'ai lié connaissance avec un médecin » qui m'assure que Texercice du cheval me fe« » rait beaucoup de bien.... Les courses à pied » me fatiguent horriblement, et je suis obligé x> d*y regarder à deux fois avant de prendre » une voiture.... Gomment faire? Se passer » de ce qu'on n'a pas, ou de ce qu'on n'a » plus.... »

» Autre variation sur le même thème : « En*

» core, si nous étions sûrs de garder le peu

» que l'on nous a rendu)... Mais qui me dit

» que vos refus, vos dédains, n'irriteront pas

» nos protecteurs au point de les amener à

» tout nous reprendre?... Le ministre est fu-

» rieux, et sans doute sa colère n'est que le

te

878 JLB FILLEDL DB BJEAUMABOHAIS

• reflet d'uD conrnrax plus redontable.... » — Là, mon oncle estpwjt-Jétre^ans ïeTrai; j'avoue que'cette'îâée in''épovTtiite.

n 'Oe tbkiUd, il -était on pea 'moins li^utire : — «Je VDÛ ce qxii'TOBS t^ff&nne, m'ttrtril dit » enrejnmisiit on peu âe 'ses sHares ^ iaîon » rmxge; il tous Tépugne de TOBsaomBiflrma* > dame Oniehot.... C'est '4kir,-«n «flbt, trés- »dar....'MÙE'royez-TOB8,'patite'e[tti6t^? Tai a retrouvé ici quelques '«Dciqiw'MaiiB, fort bien » eB'cotrr,qai'm'i}Bt fait presseatir la pensée » 4u maître.... Il htifmt'UDe'Hoblesse.... qui » soit Bienne.... 11 la' febriqvent snr les ttnmps » de bataille ou dans les proviBoès''(xmiïui-

• ses.... Avant 'Cinq ans, 'te Gmotiot aura dis-

• paru daSB quelque nwgtifâque -Bom de ct^î- -» taie ou ée victoire.... » — 'G'eet peut-être vrail...

> Ohl del^ârl'^raii't'qBelqae «base qui me TfsV^re T%xm\ Vn «oufSe d'hi^ïsme et d'honnenr quine d^robe-l obb plates réalités!

LB FILLSUL DB BJEIAUMARGJL^» 279

•^Mk» aussi, jeudis eomma mon oncle : «J'é* » kmffe.... Queiliairet »

27 septembrai

» Tai fiBi psr où j'^aunds dû coamieiicer...

J'ai consulté l'abbé DenDont; j'ai prié Dieu, et un0ré9olutk)ii'qae je croîs bonie a remplacé

mes^ mcertititâe9.

» L'autre jour, répoutdant* à de nouvelles in* sinuations de mon oncle, je me suis armée de courage :

» — Eh bieni mon oncle, lui ai-je dit d^un ton ferme, voulez-vous ftiire nos contMons"?

» On rayon d'espérance et de joie a passé sur sa figure r

» — J'accepte d'avance les vôtres, a-t-il répliqué:

» — Le haut et puissant personnage qui veut me marier au général, c'est l'Empereur, n'est* ce pas?

» — Vous le savez bien.

» — Et rhomme qui s'est chargé de traiter cette affaire, — car c'est une affaire^ — c'est le ministre de la police?...

» — Oui.

» — Eh bien I je veux avoir une entrevue avec le ministre de la police.

» Le marquis a paru fort étonné ; il n'ignore pas l'extrême répulsion que m'inspire ce loup devenu berger. Il m'a répondu après un moment d'hésitation :

3» — Je m'y engage.... Je ne crois pas que ce soit bien difficile.

» En effet, le surlendemain, j'obtenais l'audience demandée. — Ne vous gônez pas, m'avait dit tout bas mon oncle; appelez -le monseigneur!...

» Il m'a fallu d'abord subir des compliments mythologiques. Puis le ministre a igouté d'un air paterne:

» — Voyons, ma belle enfant 1 je puis donc vous être bon à quelque chose?...

» — Monseigneur, — et s'il n'a pas compris l'ironie, à quoi sert d'être un roué? -— Monseigneur I Votre Excellence m'a fait l'honneur de songer à moi pour seconder les vues politiques de Sa Majesté TEmpereur.,.. J'ai refusé.... Il dépend peut-être de Votre Excellence de me faire changer d'avis....

» Il paraissait ravi de ces formules d'ancien régime.... Je vous dis que cet homme finira par être duc et par oublier qu'il ne l'a pas toujours été.

» — Expliquez- vous, mon enfant la-t-il répondu avec un redoublement de bienveillance.

» ~ Je suis orpheline, par le fait des monstres de la Terreur, — soubresaut du ministre. — Le jour même où mon père mourait sur l'échafaud, j'ai été recueillie par une sainte et digne femme....

-^> — La veuve du barbier Goudard, je le sais.... Nous savons tout....

» — Ahl Votre Excellence sait tout?... Alors,

il lui sera facile de m^accorder la faveur que je demande.. .« Adoptée par cette veuve qui avait adouci et consolé l'agonie de ma^ mère, je me suis regardée comme sa.ûlle.... J'ai vécu, grandi dans sa maison.... Je Tai tendrement aimée«... Elle avait un âls, de quati:» ou cinq ans plus âgé que moi, qui est devenu le compagnon de mon enfance.... Malheureusement, tandis que je le chérissais comma un frère, il m*a aimée....

» — Autrement.... Je ne m'en étonne pas, a-t^il repris avec son fade sourire.

» — Et, lorsqu'il a appris le retour de mon oncle, se figurant que le marquis de Trévières venait nou& séparer, il s'est enfui.... Il ne sa doutait pas, le malheureux I que sa mère, gravement malade, n'avait plus que six jours à vivre, et que cet acte de folie achevait de la Kier ; il n'est pas revenu... . Ella est morte sans le revoir....

» ^ Et maintenant?.*

» — Maintenant, monseigneur, avant de dire un mot qui m'engage, je voudrais payer ma dette à la mémoire, de m^ bienfaitrice, de ma seconde mère.... Je voudrais tenter un suprême effort pour savoir ce quiest devenu son fils.... Des bruits sinistres ont couru dans le quartier.... On a prétendu qu^il s'était jeté dans la Seine.... Je suiâ conv^aincue qU'On se trompe..... Quelque chose me dit qu^il est vivant.... Mais où est-il?

» — Vous voulez que je vous aide à le savoir.... Ce n'est pas imposable;... Quel jour ce jeune homme a-t-il disparu?

3» — Le 21 mars, à midi.

» Il a froncé le sourcil :

i> — Il ne s'occupait pas depolitfcque? a-t-il ajouté négligemment.

3» — Jamais.

» — C'est plus étrange alors Et je pencherais à croire.... Mais je ne veux pas vous désoler.... Avenme piété comme la vôtre, on doit aitoiB en horretur le suicida.....

9 — Oui> monseigneur,... comme tous les autres crimes.

» Nouveau soubresaut; un silence. Puis il a repris de bonne grâce :

» — Il n'y a rien que je ne sois disposé à faire pour vous être agréable... et pour vaincre les résistances de notre charmante ennemie.... Je vais lancer deux ou trois de nos plus fins limiers. . .C'est aujourd'huile 2 5 septembre. . . Le 1" octobre, j'espère pouvoir vous donner un renseignement certain, en guise de traité d'al* liance.... ^

y> Il s'est incliné poliment; l'audience était finie ; j'ai fait une belle révérence, et je suis sortie.... Ne m*étais-je par pad trop abandonnée k notre péché mignon? Nous autres vaincus, nous prenons trop aisément nos ironies pour des revanches.

3 octobre.

3» Pierre, mon ami, mon frère ! pardonnez à

votre sœuri Elle vous accusait d'ingratitude filiale ; elle vous soupçonnait d'un acte de folie, d'un crime.... Et vous étiez sous les verrous, pour avoir cédé à un mouvement d*indignation généreuse! Ahl vous ôtes plus noble que nous tous, et chaque incident nouveau m'apporte une nouvelle leçon I Le fossé de Yincennes garde encore les traces d'un meur^ tre abominable.... Les antichambres du meurtrier n'en regorgent pas moins de solliciteurs, de courtisans, dont quelques-uns sont des nôtres.... et vous, fils de barbier, vous, mon cher et brave Figaro^ comme je vous appelais dans notre bon temps, vous avez vaillamment protesté au nom de Thumanité et de la justice I C'est bien, -c'est beau.... vous valez cent fois mieux que moi, et je ferais preuve d'un orgueil ridicule en vous disant que je vous rends tout un arriéré d'estime et de tendresse. Désormais, — toujours comme dans le bon temps, — il m'est permis de ne plus vous séparer, dans

mon affection» de maman Geneyiève.... Yous êtes digne d'elle !..«

» Mais, à côté de cette joie profonde, quelle angmsse I La note qui. m'a été trantmise de la. part du minÈ^a» est d'une sédheresse qui m'effiraye.... « Le jeune homme auquel s'iutér- » resse mademoiselle d'Erlange a été acrèté, le » 31 mnrs 1804, à sept heures du ioir, place. » Saint- Michel, aU' sortir du café Bellope, pour » injures et outrages contre le Premier Consul. » n a été conduit au fort de Joux. Il y est eu-- » core. )> Et, au^essous de cette note ofScielLe, le ministre a ajouté de sa main : « Il y restera » longtemps-, à moins.... » Pas un mot de plus. Cette réticence n'est que trop claire.... Ainsi, c'est au moment où mes soupçons et-mes dou* tes font place à une admiration sincère, à uu redoublement d'amitié fraternelle, qu'il me faudrait déchirer ce noble cœur et acheva" de m'éloigner deluil...

LE FILLEIUJ^-DE BEAUMARCHAIS Ml

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