‹ Le fils Auguste VacquerieChapitre 50 sur 73 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

que je garde l'argent. Tout est pour le mieux. — Ah ! pour- ' quoi monsieur de Bray ue m'a-t-il pas tué? Maladroit que je suis de Tavoir blessé ! — Qui , tout est pour le mieux* Je vivrai du travail de cet liomme pour qui ma vie est une offense. Ce n'est pas assez de l'avoir volé tant qu'il a été au monde, je le volerai jusque dans sa tombe i Et je continuerai mon métier, je serai avocat, je défendrai le droit, je protégerai la propriété, je ferai restituer les biens volés! Allons, la cause est mauvaise, je ne la gagnerai

pas ! (U iumbe assis sur uno chaise.-- Tout à conp U se relève.) MaiS,

ah çà, je suis incroyable. Je raisonne depuis le commencement comme s'il m'était prouvé que la lettre fût vraie. Qu'est-ce qui le prouve ? Avec cela que ce serait la première fois qu-on aurait imité une écriture! Cette lettre, je l'ai lue en courant, j'étais troublé de ce que cet homme me disait, j'avais le sang dans les yeux, je ne l'ai pluspour la relire, c'était un faux. Ce n'est pas ma mère qui l'a écrite, et celui qui l'a reçue n'çst.pas mon.... (ses yeux

rencontrent le portrait.) Ah 1 VOUS VOUà, VOUS. ÊteS-VOUS mon

père? Non, n'est-ce pas? Sil vous l'êtes. Je vous renie parce que vous ' étiez pauvre. Je comprends à présent pourquoi on me faisait payer ses dettes le jour de mon mariage ; on voulait l'associer un peu à mon bonheur et , que le père eût une pensée du fils ce jour-là. Je comprends tout. Quelqu'un a dit que je lui ressemblais, il a voulu s'expatrier pour ne pas me nuire, mais il n'a pas eu la force de vivre loin de son enfant, il est revenu, il s'est caché, il a assisté invisible à mon bien-être^ et moi j'étais riche, et moi je riais, et moi j'avais tout, pendant que mon . père mourait misérable. Et maintenant je le renie. Je suis son iilsi je suis ton ûlsl je suis ion iilsl — C'e^t dit. Je

me résigne. Je ne reverrai personne, que dirais-je? J'écrirai. Qu'est-ce que j'emporte? Riea que ce portrait. Allons. (Il prend le portrait.) Pcnser quB dans ce moment je serais

marié! — Adieu* (U son. Aa même momuut, oa entend léê voix' éperdues de madfme Beiteau et de OenevièTe. II rentre préeipitamment et cache le portrait dans une bibliothèque. )

SCËNË lil.

LOUIS, MADAME BERTKAl , GEiNEVrÈVE, *

GOLOiSËL.

HAbAUE B£RTEAU

Vivant!

' GENEYIÉYE. i

' Tu n'es pas blessé (BUes se jettent sur lui et le couvrent de baisen auxquelft il t&cbe de se dérober. )

MADAME, BERTEAU^ pendue à une épaule.

Ah I quel bonheur! ,

CENETIÂTE, pendue à l'atKtre.

MADAME BERTEAU. ' '

Méchant garçon qui fais de ces peurs-là à ta mère ! U me semble que j'étais morte et que je revis. . .

Ça faU du bien de pleurer I

MADAME BEETEAU.

• Mais embrasson8-4ious' donc t '(BUes reeomilaenceat leurs bai-

sers malgré lui. ) • ' •

ACTË XaOISIÈME. 89 LE COLONEL.

Ah çài quand vous aurez fini? Si voua vouliez bien m'en laisser uni peu !

bENEVIÉVE. •

Oh 1 toi, père» tu n'en mérites pas, tu n*as pas eu assez peur.

IiE COLONEL, serrant la main de Loais.

Mon cher Louis, ne me croyez pas si brave. La preuve de ma^ poltronnerie, c'est que, quand j'ai vu que vous ne' reparaissiez pas, je n'ai pas pu m' empêcher de planter là tout notre monde et d'accourir ici. Je les ai rencontrées qui s'en retQumaient^ et elles ont voulu revenir avec moi. — Mais que je vous fasse donc compliment. Vous n'avez rien attrapé du tout?

Loni$.

Rien.

Et lui?

Blessé.

Pour de bon ?

Légèrement.

Tant mieux !

LE COLONEL

£0C1S« LE COLONEL

LOUIS

GENEVIÈVE

LE COLONEL

Tant pis I II lui était dû plus que cela. Ce drôle a eu rins9lence de venir vous chercher querelle I

LOUIS , à part.

Ah ! ou croit?..*

LE COLONEL

C'est votre première ailàire?

LOUIS

Oui.

LE COLONEL

Bravo, moo gendre! Et contre un pilier de salles

(l'armes. J'ai tiré avec lui, il est de seconde force. Vous ' voilà posé!

GEiMiVIÈVE.

C'est cela, encourage-le, pour qu'il recçminence.

' LE COLONEL

Il né le fera plus. Mais, voyez-vous, on n'a pas été soldat impunément. Au fond, ^Ue-mème vous sait gré de

i'iacident.

GENEVIÈVE

Oh 1 non, par exemple.

LE COLONEL

Elle ne dit pas ce qu'elle pense. Les femmes aiment que les hommes se battent.

GËI^EVIÈVE.

^Non, non, non.

LE COLONEL

.Tu ne l'aimes pas davantage depuis qu'il s'est battu?

OENEVIEVE. • *

* Non.

Page 1