ACTE QUATRIÈME
LE COLONEL
Vous ne la niez pas ! Et répétez-vous que c'est ma fille qui vous l'a écrite?
ARMAND
A moi? Oh! mais alors, vous disiez bien, mon oncle, la lettre est fausse !
LE COLONEL
Vraiment ?
ARMAND
Et vous croyez que c'est moi qui... Vous avez cette opinion-lcà de moi! J'aurais... — Mais attendez donc! Nous serions bien bons de croire Mauvergnat sur parole ! Êtes-vous sûr qu'il vous ait dit la vraie raison de monsieur Berteau?
LE COLONEL
S'il n'a pas dit la vraie, dites-la, vous.
ARMAND
Je ne la sais pas.
LE COLONEL
Vous ne savez pas pourquoi vous vous êtes battu ?
ARMAND
Non, sur l'honneur. Mais qu'importe? Je dirai hautement que ma cousine ne m'a jamais écrit !
LE COLONEL
Il vous suffit, en effet, que monsieur Mauvergnat dise le contraire.
Dans quel intérêt Mauvergnat persisterait-il si je le
démens? Je lui ferai avouer qu'il a menti — et qu'il a été hardi de penser que je m'associerais à son mensonge.
LE COLONEL
Oh! vous ne vous y associerez pas. Gomment donc! Vous protesterez avec énergie. Seulement, comme il persistera— malgré vous, le jour où votre cousine serait compromise, vous vous résigneriez à la sauver. Oh! la trame est bien tendue. Vous auriez l'honneur de la protestation et le bénéfice de la calomnie !
ARMAND
C'est vrai, Mauvergnat a dû prévoir mon démenti, il ne se rétracterait pas...
GENEVIÈVE, accourant.
Père, monsieur Berteau ! .Je l'ai vu entrer dans la cour.
^ Elle aperçoit Armand.) Mottsieur ici ! T'aurait-il appris?...
LE COLONEL
Rien.
ARMAND
Il n'y a que monsieur Berteau qui puisse dire la vérité! Mon oncle, permettez -moi de rester ; je suis aussi intéressé que vous à ce qu'il va répondre.
LE COLONEL
Restez.
Laisse-moi l'interroger, veux-tu?
LE COLONEL
Soit. Je jugerai. (Entre Louis.)