‹ Le fils d'AntonyChapitre 13 sur 34 · CHAPITRE V LA FIN d'un mystère · texte numérisé non relu

CHAPITRE V LA FIN d'un mystère

Le docteur Delaunay avait envoyé atteler une voiture pour reconduire Antony à Nice. Le mutisme de son ami l'inquiétait. Mais en le quittant à Nice, ce fut pis encore, lorsqu'Antony lui dit :

— Adieu, Olivier, je vous quitte, dégagé maintenant des promesses que je vous ai faites, je reprends ma liberté d'agir à ma guise.

— Que voulez-vous dire, mon ami?... Vous me faites peur.

— Je ne sais pas ce que je ferai. Mais je vous prie de ne plus vous occuper de moi. Dans quelques jours Adèle sera rétablie... C'est à elle que je m'adresserai.

— Vous ne ferez pas cela...

— Olivier, mon ami, lorsqu'il s'est agi de sa vie, de son honneur, vous m'avez vu agir... Vous n'avez rien à redouter, je ne veux qu'une chose, une explication avec elle, la dernière.

— Si vous tentiez pareille chose, on ce moment, vous pourriez la tuer...

— Je no (lis pas aujourd'hui; je dis dans quelques jours...

— Soyez raisonnable, mon ami; retournez à Menton; de là ftiiles un voyage en Italie. Dans quelque temps, vous reviendrez plus calme; vous rencontrerez à Paris M"' d'IIervey, et vous aurez alors sans danger l'explication que vous sollicitez.

Antony sourit amèrement et ne répondit pas, pressa la main do son ami et se disposa à partir.

— Je ne veux pas vous quitter ainsi; je veux votre promesse que vous n'agirez pas ainsi... Vous allez partir.

— Non : je veux rester à Nice quelques jours...

— Antony, je vous en prie; je ne partirai pas, je ne vous quitterai qu>vec l'assurance que vous ne reviendrez pas A Cannes.

Antony hocha la tète, puis prenant le bras d'Olivier, il dit changeant de ton :

— Venez toujours avec moi ce soir A mon hôtel, nous dînerons ensemble, et je vous dirai ce que je souffre, ce que je rêvais... ce que je veux.

— J'y consens, je ne retournerai à Cannes que demain. — Je saurai bien vous prouver que votre devoir est m;iintenant d'oublier la baronne.

— Les deux amis se dirigèrent vers l'hôtel. — Ils entrèrent dans le salon, lorsqu'un garçon se précipita, tenant une carte, et vint dire à Antony que depuis trois heures un homme l'attendait. Antony lut le nom qui se trouvait sur la carte, et exclama en fronçant les sourcils;

— Sf^journetici, que me veut-il encore?

— Séjournet, fit le docteur.

Le garçon dit :

— Ce monsieur est dans votre chambre, il vons attend, il a dit qu'il ne pouvait partir sans vous voir.

— Qu'est-ce que cela veut dire? Olivier, vous connaissez Séjournet. Je n'ui pas de secret pour vous, montez avec moi.

— Volontiers.

Les jeunes gens montèrent rapidement l'escalier. Olivier espérait qu'un incident allait modifier les intentions do son ami. Dès qu'ils entrèrent dans la chambre, le vieux Séjournet salua rapidement et dit :

— Monsieur Antony, je viens vous chercher; il faut absolument quo vous veniez avec moi, tout de suite. C'est un heureux hasard qui fait que mon>ieur le docteur vous accompagne.

— Ah çAl que voulez-vous dire? fit Anlony ennuyé, et comment ète>-vuu.s ici? Vous m'épiez donc?

— Eh bien, oui, monsieur Antony, on vous épie depuis votre dépait de Paris, (^n est parti derrière vous, on s'est installé à quelques pas d'où vons dem« ur (Z. vous étiez d'abord à Menton, nous y étions vous êtes rev»Miu à Monaco, nous y sommes revenus. C'est qu3, lit le vieux serviteur eu pleurant

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tout à coup, la catastrophe qu'on préroj^ait était proche, et on voulait être près de vous.

— Mais que me dites-vous là... pourquoi pleurez- vous ?

— Monsieur Antony ! mais... comprenez donc, il m'est défendu déparier — quand je sais que d'un mot vous obéiriez... Je vous en prie, ne me demandez rien, — venez avec moi. Monsieur le docteur, aidez-moi à convaincre monsieur Antony et venez avec nous... Venez ! depuis si longtemps je vous attends et redoute d'arriver trop tard.

Antony avait regardé Séjournet, puis il était devenu très pâle et, d'une voix tremblante il lui avait demandé :

— Ou... c'est votre maître... ou c'est celui qui vous envoie...

— Oui, oui, ne me questionnez pas, venez...

— Mon ami, dit Olivier, obéissons-lui. Le docteur ne voyait qu'une chose, c'est qu'Antony, occupé de ce côté, ne pouvait pendant quelques jours s'occuper d'Adèle et il mettrait ce temps à profit pour faire partir la jeune femme.

Antony était fiévreux, il allait et venait dans la chambre, tout à coup il revint se placer devant le vieux serviteur et lui prenant les mains, il dit :

— Sé-ournet, celui qui t'envoie est...

Séjournet l'interrompit aussitôt en suppliant :

— Ne me demandez rien, rien, j'ai juré, je ne puis rien vous dire... Il faut nous hâter, tout dépend de l'état dans lequel nous allons le retrouver, et j'ai bien peur. — Oh! docteur, ne m'abandonnez pas, venez avec nous.

Olivier allait parler à Antony pour l'engager à partir, mais celui-ci, allant au devant de son désir, dit à mi-voix :

— Olivier, viens avec moi, je crois que le mystère de ma vie va s'éclaircir.

— Je vous accompagne, mon ami.

Puis haut :

— Monsieur Séjournet, nous allons partir avec vous, il faudrait commander une voiture.

— Oh! messieurs, tout cela est prêt, nous n'avons qu'à nous mettre en route, la voiture attend dans la cour de l'hôtel, j'avais juré de vous ramener,— mon Dieu! faites que nous n'arrivions pas trop tard.

— Vite, vite, fit Antony, oubliant Adèle et tout entier à ce qu'il croyait deviner, Olivier le suivit accompagnant Séjournet et lui demandant bas :

— Où allons-nous, monsieur Séjournet, près d'un malade?

— Oui, monsieur le docteur, nous allons à Monaco, où celui qui m'envoiemalade depuis trois jours, n'était plus qu'un moribond lorsqu'il m'a fait partir. Depuis plusieurs jours, il sentait son état, il ne voulait voir M. Antony qu'à sa dernière heure. Chaque jour j'allais m'informer des agissements d'Antony pour le trouver lorsque cela serait nécessaire. Une crise épouvantable avait failli emporter M. le... mon maître — se reprit-il vivement — il m'a fait partir aussitôt. C'est une inconcevable fatalité, M. Antony, qui depuis que je l'épie

ne s'éloignait jamais, était parti dans la direction de Cannes. Heureusement, il avait dit qu'il ne resterait i)as quelques jours en route... et je pus l'atteindre... quel malheur s'il n'était pas là...

— Que voulez-vous dire?

— Rien... rien, mais je suis bien content, docteur que vous nous accompagniez, monsieur mon maître peut avoir besoin de vos services... hélas ! pour lui donner la force de faire ce qu'il veut... si nous arrivons assez tôt... car c'est fini, il est perdu...

Et le vieux serviteur se mit à pleurer. Il fit monter les deux hommes dans la voiture et, malgré les instances d'Antony, il refusa de se placer à côté d'eux, il craignait d'être interrogé, et monta près du cocher. La voiture partit au grand galop, deux heures après, les chevaux fumant, s'arrêtaient devant un hôtel. Séjournet sauta du siège. A la première question qu'il adressa, on ré»pondit :

— Hâtez-vous si vous voulez le revoir, il ne parle plus, il vous demandait sans cesse.

— Vite, vite, messieurs, fit Séjournet, en entraînant les deux hommes, qui descendaient de voiture. Ils montèrent au premier étage. Là, Séjournet prit Antony par la main, et l'entraîna dans une vaste chambre, au milieu de laquelle était un lit ; sur le lit, un vieillard qui semblait dormir.

Séjournet dit :

— Monsieur le duc... le voici... le voici!

Alors, le moribond ouvrit les yeux, il essaya de se dresser sur le lit. Antony et le docteur se précipitèrent, le docteur soutenant le vieillard ; celui-ci prit Antony dans ses bras et ébauchant un sourire, laissait tomber sa tête sur son épaule ; il dit d'une voix faible comme un râle :

— Mon fils... je te vois... pardon.

— Oh! mon Dieu! fit Antony, et comme la tête pesait plus lourde sur son épaule, il cria: Olivier... Olivier.., soutenez-le...

Le vieillard râla encore :

— Je t'attendais pour mourir.

C'était un saisissant tableau que celui de cette chambre d'hôtel, dont les deux hautes fenêtres donnaient sur la mer; l'hôtel était un vieux palais abandonné, il avait conservé son aspect luxueux, le temps l'avait rendu un peu sombre. Dans le grand lit à baldaquin, le vieillard se raidissait dans les dernières aff'res de la mort. Le vieillard, c'était le vieux duc de Gesvres. — Il avait un fils, capitaine de vaisseau, que ses extravagances avaient éloigné de lui. — En entendant le nom de celui qui l'appelait mon fils, Antony tressaillit ; il connaissait l'excentrique capitaine de vaisseau, dont la vie scandaleuse occupait souvent Paris ; il était le frère de cet homme !

Il ne pouvait rien demander au vieillard ; celui-ci ne vivait plus que par les yeux et son regard restait fixé sur Antony. — En se penchant, le jeune homme entendait dans son râle:

— Pardon... tu m'aur2is aimé, toi... Mais la loi me défendait de te reconnaître, pardon.

Séjournet était près du moribond ; à un signe de ses yeux il comprit et fouilla sous l'oreiller ; il en tira une large enveloppe sur laquelle était écrit :

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